PHILOSOPHIE

Le rôle de « mouchard », bien involontairement joué par le moteur de recherche Google, me fait tomber fort opportunément sur le site d’un de mes plus virulents détracteurs, depuis que j’ai établi l’incohérence de sa pensée, telle qu’elle résulte de ses propos ici et là, et que je l’ai donc chassé de mes groupes, faute de temps pour démontrer ses contradictions et affronter ses propos désobligeants sans véritables arguments contraires.

 

Les visiteurs de ce blog auront déjà la preuve manifeste de son incohérence en se reportant à l’article « Dieu existe : en voici une preuve irréfutable », publié ici le 8 juillet 2006, où je rapportai ses propos élogieux sur moi, après avoir adoubé Brunner, puisqu'il écrivait :

 

« C'est ici que nous devons présenter notre option, dont on se rendra vite compte qu'elle est "forcée" (et on le démontrera) mais pour ce faire je prendrai le détour du spinozisme de Constantin Brunner tel qu'il est présenté sur un ensemble de sites gérés par la même personne  : "Philosophie contre superstition", cf par exemple:

http://groups.msn.com/PhilosophieetSuperstition

dont j'extrais ceci :

 

"L'analyse des facultés de notre entendement humain par le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937), développant celle de Spinoza dans Éthique II, proposition XL, scolie II, distingue trois genres de connaissance :

- l'entendement pratique,

- le penser spirituel ou penser de l’Esprit,

- le penser superstitieux ou penser de Analogon de l'Esprit

 

A ces trois facultés de l'entendement humain correspondent trois « réalités » - ou vérités –, pensées spécifiquement par chacune d’elles.

Ce sont respectivement :

- la réalité ou vérité « relative » de l'entendement pratique

- la réalité ou Vérité « absolue » du penser spirituel

- la réalité ou vérité « superstitieuse » de l'Analogon de l'Esprit, ou vérité relative « absolutisée »

Chez Brunner, l' « entendement pratique » regroupe l'expérience des sens ou penser en images représentatives, source des concepts génériques (Homme, cheval, etc.), correspondant à l' « imaginatio » spinoziste, et le penser des abstractions (langage, causalité, mathématiques, et autres constructions auxiliaires, théorie des atomes, par exemple), équivalant à la « ratio » chez Spinoza. Ce penser pratique nous sert uniquement à vivre et à nous orienter dans notre monde des choses, pas à « philosopher » ! "


Cette personne, qui gère aussi un groupe "philosophie contre superstition" sur Yahoo, fait du bon boulot en intervenant sur divers sites et en écrivant systématiquement aux différentes "élites médiatiques" (journalistes, hommes politiques, "philosophes", etc..), on s'en rendra compte en tapant par exemple sur Google les mots clés : "Brunner Spinoza Allah" et en lisant sur le groupe Google de philo :

http://groups.google.com.bo/group/af.philo?hl=es

les envois où il a démasqué les tentatives de récupération du spinozisme par l'Islam (par Abdelwahhab Meddeb en particulier), ainsi que ceux où il dénonce les autres superstitions idéologiques se donnant libre cours dans notre pays. » [Fin de citation] 


Mais je pourrais tout aussi bien rappeler d’autres propos élogieux envers moi, lorsqu’il était membre du groupe « Philosophie contre Superstition » sur Yahoo, du temps où il s’appelait « foncteur » - sauf à lui évidemment d’apporter la preuve du contraire !


C’est pourquoi, compte tenu de ce qui précède, le lecteur averti aurait pu être surpris de découvrir des propos contradictoires sur moi, témoignant précisément qu’il fait partie de ceux qui disent « tout et son contraire », à l’exemple du grand philosophe français du XXIe siècle Bernard-Henri Lévy.

 

En effet, dans un article intitulé « Brunschvicg et Spinoza : 28 juin 2007 » il écrit:

« En même temps, les penseurs (ou prétendus penseurs, le plus souvent autoproclamés) qui tiennent plus de la secte que de la philosophie, qui peuvent être caractérisés comme des "fétichistes de Spinoza", sont récusés. Ainsi tous ceux qui interprètent Spinoza comme un mystique (par exemple : le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur), ou certains énergumènes inspirés par Constantin Brunner (lui même philosophe intéressant, mais pas au dessus de la critique), qui se plaisent à créer des blogs ou des groupes "Philosophie contre superstition". » [Fin de citation]

Il ne lui reste plus qu’à démontrer ses affirmation gratuites en réfutant mes arguments antérieurs et ceux ci-après, car son incohérence de pensée ne se manifeste pas seulement dans son jugement contradictoire sur ma personne, mais aussi sur le fond, ce qui est infiniment beaucoup plus grave, lorsqu’on se mêle de vouloir philosopher.

Il a beau avoir baptisé du titre pompeux « Mathesis universalis sive Amor Dei intellectualis » le groupe et le blog qu’il anime - publicité gratuite -, il n’est pas pour autant à l’abri d’incohérence et de contradiction.

 

En bon français, en effet, « Mathesis universalis » (du grec mathesis = science, et du latin universalis = universel) signifie donc « Science universelle », ce contre quoi personne ne trouvera rien à redire, puisque la communauté des scientifiques est aujourd’hui planétaire. Ceci n’empêche pas pour autant les désaccords entre eux, et prouve donc la « relativité » des théories et hypothèses scientifiques jusqu’à la fin des temps !  La Science ne connaîtra et ne comprendra jamais « absolument » quoi que ce soit de notre monde des choses – sauf à l’intéressé, évidemment, de démontrer le contraire !

 

Or la Science est basée sur notre penser abstrait humain, ou RAISON, qui corrige les perceptions sensorielles de notre expérience première. Mais bon, si l’intéressé s’en tenait là, c’est-à-dire à parler de science et non de philosophie, ce serait un moindre mal, et je n’aurais pas besoin d’établir la fausseté de ses propos soi-disant philosophiques, comme m’y conduit l’association abusive exprimée dans le titre, Mathesis universalis sive Amor Dei intellectualis, signifiant en français « Science universelle ou Amour intellectuel de Dieu » 

 

En effet, lorsque l’on sait que, par Amor Dei intellectualis, Spinoza entend « Amour de LA Vérité », c’est-à-dire « connaissance » de la réalité ou Vérité absolue, l’expression, Mathesis universalis sive Amor Dei intellectualis, est particulièrement malvenue puisque faisant l’association : « Science universelle = Vérité absolue ou Dieu » !

 

Et qu’il n’y ait pas d’ambiguïté sur ces propos, car leur auteur entend bien « Raison humaine », lorsqu’il parle de la RAISON, en affirmant « Dieu ou la Raison », même s’il se contredit comme à son habitude. C’est bien lui qui a écrit le texte suivant :

 

« Du Passé faisons table rase, et aussi du FUTUR (s'il y en a un).

La Vérité a été péremptoirement établie sur la Terre, et il a été ici même démontré rigoureusement qu'il n'y a et ne peut y avoir qu'un seul Absolu : la Raison humaine, c'est à dire la Pensée intellectuelle se conformant aux conditions de la recherche de la Vérité et aux normes de vérification des résultats obtenus. »
 »

Je passe rapidement sur l’incohérence, au sens d’illogisme, d’irrationalité, lorsqu’il parle de confronter la Raison humaine  à toute raison non humaine, celle du chat par exemple, comme il l’écrit :

« La Raison humaine aussi bien que non humaine d'ailleurs, puisque toute confrontation éventuelle avec une pensée "non humaine" devrait s'établir sur les bases de critères communs, qui formeraient donc le socle d'une Raison commune, UNE et absolue.

 

Qu’il nous dise donc ce qu’il peut y avoir de commun entre les perceptions et l’entendement du chat, pour ne pas parler de « RAISON » à son sujet, et ceux de l’être humain ! ! !


Et le charabia, qui suit, ne fait guère avancer le schmilblick, quand il écrit :

 

« La preuve qui a été apportée constitue un objet universel dans une catégorie des "démonstrations philosophiques de l'existence de Dieu", puisque toute démonstration de ce type fait appel à la Raison, et donc dépend de l'existence de celle-ci pour être validée : la Raison est donc en position primordiale (d'objet initial) par rapport à tout Absolu éventuellement "prouvé", et tout Absolu de ce type qui ne serait pas la Raison se verrait du même coup prouvé être non absolu, puisque dépendant de la Raison pour l'établissement de son existence. » ???

 

Quelle preuve, quel objet universel, quelle catégorie de démonstrations philosophiques de l’existence de Dieu, entre la prétendue Raison du chat et celle de l’Homme, puisqu’il saute allègrement de la Raison humaine du début, en tant qu’Absolu, à la Raison : laquelle ?

 

Ecrire : « la Raison est donc en position primordiale (d'objet initial) » n’indique en rien sa provenance, si elle en a une, et c’est encore une affirmation gratuite, sûrement bien difficile à suivre par les éventuels lecteurs de passage ; s’ils parviennent à comprendre ce raisonnement, qu’ils me l’expliquent ! ! !

 

La suite est divagation pure et simple, qui ne démontre rien mais affirme seulement : « Il est donc établi », et je la livre telle quelle, car la démonstration n’est pas de mise contre le délire :

 

« Il est donc établi que tout DIEU, ou tout ABSOLU qui ne serait pas la RAISON, ne peut être qu'un FAUX DIEU, une IDOLE : ceci vise en particulier le DIEU (ou plutôt les DIEUX) des religions, monothéistes ou non, ainsi que les FAUX ABSOLUS érigés par les différentes superstitions se donnant sous la forme d'idéologies politiques ou "pseudo-philosophiques", comme l'Etat, le pouvoir, la hiérarchie, la LOI, l'économie, le profit, l'argent, l'art, la culture, le sexe, les drogues, l'amour, le langage, le Capital, la Race, la communauté, la différence, le Grand Autre, la morale, le nouvel ordre international, l'Humanité, la Femme (qui n'est pas plus l'avenir de l'homme que celui ci n'est le passé d'un futur radieux ou Surhomme), les droits de l'homme, la démocratie, la mondialisation, etc.

 

En tant que fidèles du Vrai Dieu, ou Raison, nous ne saurions nous soumettre aux dieux des idolâtres. Nous ne saurions en particulier accepter que les enfants soient souillés et violés intellectuellement dès leur plus jeune âge par les superstitions religieuses imposées par leur famille (qui elles-mêmes ont été violées dans leur enfance si elles ont une religion) ou par les superstitions politiques de leurs enseignants.

 

Nous appelons donc celles et ceux qui se reconnaissent comme nous fidèles du VRAI DIEU, la RAISON, à la désobéissance civique ou incivique et à l'insubordination généralisée.

 

En aucun cas la Raison ne saurait tolérer aucune hiérarchie puisque si deux êtres humains guidés par DIEU (la RAISON) en viennent à travailler ensemble, soit ils parviennent à un accord rationnel sur ce qui doit être fait, soit ils n'y parviennent pas et dans ce cas l'un n'a pas à se soumettre à l'autre. Dans les deux éventualités, il n'y a pas de relation de pouvoir ou de hiérarchie, relations qui constituent une atteinte caractérisée à DIEU qui est la RAISON. Il en va de même de la LOI (religieuse ou laïque) qui, si elle est conforme à la RAISON, doit être suivie, mais non pas dans le cas contraire. » [Fin de citation]

En résumé, la Science universelle n'a rien à voir avec la philosophie :  fondée sur la Raison, ou penser abstrait, elle  appartient à jamais au domaine du « pensé relatif », du contenu relatif pensé dans et sur (à propos de) notre monde, alors que la philosophie est la voie et la voix de l'absolu « UN », absolument unique , qui n'est définitivement pas de ce monde... 

Je ne manquerai pas de m'attaquer d'ici peu au deuxième texte incriminé, puisqu'il y réussit même à faire l'amalgame entre Spinoza, Descartes et Kant, alors que leur Dieu superstitieux suffit à renvoyer définitivement les deux derniers  au rang de « philosopheurs. »


[Les éventuels défauts de présentation sont indépendants de ma volonté] 


Fort opportunément, je viens de découvrir dans mes archives du
nouvel Observateur, n°1995,
semaine du jeudi 30 janvier 2003, un article amenant à merveille la conception de Constantin Brunner sur le temps , lequel est explicable par les seuls « changements de juxtaposition » des choses de notre monde.
 
L’auteur de l’article expose ci-après diverses conceptions du temps de saint Augustin à nos jours :

« Les physiciens savent aujourd’hui mesurer l’écoulement du temps avec une précision hallucinante. Mais ils sont toujours incapables de dire si ce qu’ils mesurent est une réalité ou une simple illusion.

La question passionne les philosophes depuis toujours, et les physiciens depuis Galilée: qu’est-ce que le temps? Tandis que tous les autres (nous, les non-philosophes et non-physiciens) se résignent à vieillir sans comprendre pourquoi de nombreux scientifiques s’acharnent à améliorer la mesure du temps, au point de lui donner une précision hallucinante.
 
Evoquée dans l’un des derniers numéros de la revue « Nature » (16 janvier 2003), l’horloge photonique au mercure, prototype mis au point par Scott Diddams (du National Institute of Standards américain), ne dériverait que de moins de 1 seconde tous les...100 milliards d’années. Puisqu’on sait si bien le quantifier, c’est donc qu’au moins le temps existe?
 
Pas si sûr, car certaines expériences récentes, en physique des particules, laisseraient suggérer qu’il ne possède aucune réalité à l’échelle subatomique. Et pour certains théoriciens le temps ne serait qu’une illusion, liée à la façon irréversible dont nous accumulons les informations dans notre mémoire. «Illusion», Einstein lui-même l’a d’ailleurs écrit: « Pour nous autres physiciens, la distinction entre passé, présent et futur n’est qu’une illusion. » Il est vrai que c’était dans un mot de condoléances destiné à la veuve d’un ami, dans lequel la physique servait de remède contre le chagrin.
 
[Il faut néanmoins rappeler ici qu’Einstein était spinoziste, et Brunner, inconnu de l’auteur, l’héritier spirituel de Spinoza]
 
Alors, le temps? Illusion ou réalité mesurable? Dans un livre passionnant qui vient de paraître, « les Tactiques de Chronos », Etienne Klein, physicien au Commissariat à l’Energie atomique, fait le point sur ce qu’il est possible aujourd’hui d’en dire. Avec érudition et humour, mais sans recourir à la moindre équation, il estime que « certaines équations sont peut-être plus intelligentes que nous », c’est-à-dire qu’elles contiennent des réalités contraires à notre bon sens, donc susceptibles de nous échapper éternellement. Pour Etienne Klein, c’est bien Galilée qui, en 1604, avec sa loi de la chute des corps [un excellent exemple de« changement de juxtaposition »], introduisit le temps – le désormais inévitable facteur t – dans le champ de la physique. Auparavant, l’Univers était immuable et sans âge, mais Galilée a « ouvert les portes de la physique au temps », et a fait de ce dernier une variable mathématique fondamentale, tout comme la distance, la masse ou l’énergie.
 
Or on a beau mesurer le temps avec précision et l’introduire dans toutes sortes de calculs qui donnent des résultats probants, on reste bienincapable de le définir. Le physicien du troisième millénaire n’est pasplus avancé que Pascal, qui éludait la question – sous prétexte que « tous les hommes conçoivent ce qu’on veut dire en parlant du temps, sans qu’on le désigne davantage ». Pas plus avancé non plus que saintAugustin « Quand on ne me le demande pas, je sais ce qu’est le temps; quand on me le demande, je ne le sais plus ».
 
Etienne Klein lui non plus ne sait pas ce qu’est le temps, « invisible même aux rayons X, et qui ne daigne jamais se livrer comme un objet empirique ». Mais il sait ce que le temps n’est pas: il faut se garder de « l'identifier aux phénomènes qu’il contient », ou de « lui attribuer les processus dont il permet le déploiement ». Une horloge arrêtée continue d’être soumise au temps. Lequel ne « passe » pas, « car c’est la réalité tout entière qui passe, et non le temps lui-même, qui ne cesse jamais d’être là ».
 
Ainsi, en matière de temps, « l'horloge n’est pas parlante et la montre... ne montre rien ». Si, selon l’image traditionnelle, le temps s’écoule comme un fleuve, alors qu’est-ce qui le fait couler? Et ses berges, fixes, échapperaient au temps? Enfin, que dire de sa vitesse d’écoulement, puisqu’une vitesse se calcule... par rapport au temps? Pour montrer qu’on ne peut pas s’en sortir, le physicien du CEA va jusqu’à la contrepèterie: « Le mot temps n’est qu’un manteau »...

Ce que dissimule le manteau n’en constitue pas moins une réalité. Pour Etienne Klein, le sacro-saint principe de causalité (la cause précède l’effet) assigne à la flèche du temps un sens unique. C’est à partir de ce principe que fut prédite l’existence des particules d’antimatière, lesquelles furent ensuite effectivement détectées. «Ainsi, l’apparition des énergies négatives dans les équations ne manifestait finalement rien d’autre qu’une impossibilité: celle de voyager dans le temps.» Ce qui annihile tout espoir de réaliser la fameuse machine à remonter le temps. D’ailleurs, si elle devait être fabriquée un jour, nous aurions forcément déjà eu l’occasion de la voir – car on n’imagine pas ses heureux possesseurs du futur résister à l’envie de s’en servir pour nous rendre visite... «Alors, pourquoi n’est-elle pas déjà là?», demande Etienne Klein, qui ne semble pas avoir entendu parler des soucoupes volantes...

Donc le temps – même si on ne sait pas ce que c’est,
même s’il n’est pas plus responsable de nos rides que de l’effondrement des vieilles galaxies – ne revient jamais en arrière. Pourtant, depuis Einstein, la science nous a appris que le concept de simultanéité est vide de sens. Car « ce qui nous est présent à un certain instant n’existe plus, ou pas encore, pour un observateur en déplacement par rapport à nous ». D’où l’impossibilité de définir un «instant présent», réunissant tous les phénomènes concomitants de l’Univers – ce qui affecte le temps d’une sorte d’élasticité cosmique, et brouille un peu plus sa mystérieuse nature. Quant à l’origine du temps – A-t-il commencé avec l’Univers? Ou bien existait-il avant? En somme, qu’y avait-il avant le temps? –, on n’en sait toujours rien.
 
« Comment le temps s’est-il mis en route? Qui lui a donné la chiquenaude initiale? Est-il dans le monde ou le contient-il? »... Ces interrogations d’Etienne Klein montrent qu’en 2003 les cosmologistes les plus pointus se posent toujours les mêmes questions que saint Augustinvoici quinze siècles. Toutefois, l’auteur des «Tactiques de Chronos» ne désespère pas de voir un jour la physique débusquer le « petit moteur » qui, telle la gravité dans l’écoulement d’un fleuve, actionne le cours du temps.
 
Peut-être s’agit-il de l’expansion de l’Univers? Ou bien d’un pur effet de notre perception, qui organiserait le fil du temps à partir d’un stock d’instants passés, présents et futurs, qui coexistent? Par ailleurs, la théorie des supercordes, qui s’efforce de concilier mécanique quantique et relativité générale, permettrait d’imaginer que, tel l’espace, le temps possède... plusieurs dimensions. Bref, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Etienne Klein n’exclut pas que, parmi d’autres grandes questions, celle de la vraie «nature du temps» soit un jour élucidée par la physique. Mais, il ne nous le cache pas, cela prendra... du temps.
 
[Ce serait pourtant tellement plus simple d’admettre que la Science n’apportera jamais que des « vérités relatives », et de s’en remettre par conséquent aux grands penseurs universels de l’Absolu, de LA Vérité absolue - celle qui n’est pas de ce monde ! Cela éviterait au moins d’être frustré , comme il en va dans la superstition idéologique, à l’idée de ne plus être là pour connaître LA Vérité potentiellement absolue espérée, et vainement - mensongèrement - promise par la Science !]

Les défauts de présentation constatés sont toujours indépendants de ma volonté.
                      
Au cours d’une série de conférences sur le thème « Qu’est-ce qu’un système philosophique ? », récemment diffusée dans l’émission « Éloge du savoir » de France Culture, Jacques Bouveresse, titulaire – pourtant ! - de la chaire « Philosophie du langage et de la connaissance » au Collège de France, a d’abord été amené à poser la question générale suivante :
 
 « Les découvertes scientifiques peuvent-elles mettre à mal des systèmes philosophiques ? »
 
Il s’est ensuite demandé plus précisément :
 
« Le kantisme a-t-il été remis en cause par des géométries non euclidiennes et par la découverte de la théorie de la relativité ? L’apparition de la théorie de la relativité était-elle en mesure de poser un problème sérieux au kantisme, et pourquoi ? »
 
Je passe ici sur les détails tendant à montrer que géométrie euclidienne et scolastique kantienne ne faisaient pas bon ménage, tandis que la théorie de la relativité d’Einstein aurait fourni une confirmation de la doctrine kantienne à propos du temps, dont Kant aurait reconnu la « relativité » par rapport au sujet « percevant », dixit Jacques Bouveresse.
 
Or, sur ce point, Brunner n’est pas du même avis, comme cela sera prochainement montré. Il dénonce Kant, en effet, pour avoir considéré le temps ainsi que l’espace comme étant absolus, c’est-à-dire indépendants des choses dans leur juxtaposition et leur changement de juxtaposition résultant du mouvement perpétuel des choses.
 
De manière plus générale, Jacques Bouveresse se demande si la science peut permettre de trancher entres des options philosophiques, et  il se pose la question de la relation de la philosophie kantienne avec la théorie de la relativité et avec la science en général. Il est ainsi conduit à l'« aberration philosophique » suivante :
 
« Devient-il utile - devant l’avancée de la Science ! – d’amender un système philosophique au lieu de l’abandonner ? » En clair : la philosophie à l’épreuve de la Science, Spinoza ou LA Vérité absolue face aux vérités à jamais « relatives » de la Science, toutes disciplines confondues ? !
 
Jacques Bouveresse déclare sans ambiguïté, en effet :
 
« Si la philosophie est capable de ressembler à une science "authentique" ( ? !), une option philosophique peut parvenir à être réfutée. »
 
Il se base, là, sur la possibilité laissée à la science de réfuter la philosophie : oui, mais laquelle ? L’Idéalisme ou spiritualisme de Descartes ou de Kant, entre autres, ainsi que le Matérialisme du scientisme contemporain avec leurs « deux » absolus, ou bien ce que Spinoza entend précisément par « vraie » philosophie, en démontrant que l’Absolu ne peut être qu’UN, unique, sauf à ne plus être absolu ? !
 
Matérialisme et Idéalisme se prennent pour la philosophie, alors qu’ils sont de la « métaphysique », par quoi il faut entendre le recours à des arrière-mondes, d’où notre monde aurait émergé – par « hasard », de surcroît, aussi ? !
 
Jacques Bouveresse lance même le bouchon encore plus loin en n’hésitant pas à déclarer : « La vérité est encore à trouver. Et ce, au fur et à mesure de l’avancement de la connaissance scientifique. » (Sic !)
 
Je persiste néanmoins à dire et à redire qu’il s’agit seulement d’un savoir relatif de la Science, et non d’une « connaissance », car il n’aboutira jamais à une connaissance et à une compréhension « absolues » de notre monde, dont l’existence est seulement relative à notre penser pratique relatif. Que pourrions-nous connaître « absolument », en effet, et comment, sur quelque chose, notre monde en l’occurrence, qui est en perpétuel mouvement, donc en constante transformation ? En conclusion, si la science peut confirmer la philosophie - la « vraie » philosophie ! -, celle-ci n’attend rien de la science pour découvrir LA Vérité éternelle absolue, qui n’est pas de ce monde relatif.
 
Le mélange de la science et de la philosophie est la résultante de la confusion des facultés de notre entendement, dont l’une nommée « entendement pratique » par Brunner [Penser conceptuel des données sensibles et penser des abstractions (causalité essentiellement, mais aussi langage et toutes les constructions auxiliaires précisées antérieurement) pense seulement le « relatif », tandis que l’autre, le penser spirituel ou Esprit, pense l’Absolu, dans la mystique authentique (cf. le Bouddha et le Christ dans leur Parole non pervertie par la superstition religieuse qui a usurpé leur nom) et la philosophie du UN absolu. 

Confondre les facultés conduit à « absolutiser fictivement le relatif », fondement de la Superstition dans ses divers modes d’expression : religion, toutes religions confondues – monothéistes ou non -, métaphysique [Scientisme matérialiste et scolastique spiritualiste], idéologie, toutes les idéologies sans exception, et moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de la Morale : laquelle ? !], tous catéchismes réunis – fut-il le catéchisme soi-disant universel contemporain ou Déclaration universelle des droits de l’homme, dont seule l’inobservation est patente depuis bientôt soixante ans…

Si les équations mathématiques et autres théories ou hypothèses scientifiques avaient réussi à remettre en question le Dieu « superstitieux » de Kant, un Dieu-Créateur doté d'un prétendu libre arbitre, en tout point identique au Dieu religieux, « ça » se saurait ! ! !


 
Le 15 juillet 2007

Objet :
« Question en suspens »
 
 
Monsieur Pierre-François Moreau
Ecole normale supérieure de Lyon
46, allée d’Italie
69634 Lyon Cedex 07
Fax : 04 72 72 80 80
 
 
Monsieur,
 
 
Votre entretien accordé à l’hebdomadaire Le Point (N° 1817 du 11 juillet 2007), suite à l’article de Roger-Pol Droit sur Spinoza, me donne l’occasion de vous rappeler la correspondance épisodique échangée entre le 18 juin 1993 et le 8 janvier 2001.
 
Dans ce courrier, et notamment dans mes lettres des 6 février 1998 et 9 octobre 2000, je n’ai eu de cesse de réfuter votre accusation d’intolérance, là où je démontre qu’il y a « incompatibilité » totale entre la pensée philosophique de Spinoza et les dogmes de la religion, toutes religions confondues - monothéistes ou non.
 
Je vous rappelle brièvement notre controverse, en citant ce bref extrait de votre lettre du 31 janvier 1998 :
 
« L’association des amis de Spinoza est et doit rester ouverte à tous les spinozistes, quels que soient les courants de pensée dont ils se réclament par ailleurs. »
 
D’autre part, dans votre courrier du 18 juin 1993, vous précisiez que l’Association est ouverte aux catholiques, musulmans, protestants, juifs, etc. - « croyants au miracle » de la superstition religieuse ! -,  et aux marxistes - « croyants au miracle » de la superstition idéologique ! C’est pourquoi, en réponse, je me permettais de vous poser la question : «  Pourquoi pas également à ceux de la superstition métaphysique, matérialistes disciples d’Aristote et spiritualistes  cartésiens ou kantiens, entre autres ? » 

Pourquoi pas, en effet, si vous estimez que la « vraie » philosophie de Spinoza avec son Absolu UN, unique, éternel et infini est compatible avec la doctrine matérialiste et la scolastique idéaliste qui le déchirent en « deux » ? Or, l’Absolu est également indivisible, sinon il ne pourrait pas être à la fois infini, puisque chacune des parties limiterait l’autre ?
 
D’autre part, grâce à votre spinozisme, la nécessité ou déterminisme absolu et le libre arbitre seraient enfin réconciliés : de la philosophie à la carte, en quelque sorte !
 
Cette position consistant à penser « tout et son contraire » au nom de l’éclectisme, le vrai et le faux en somme, est indigne d’un véritable philosophe ; et ce d’autant plus que vous avez refusé jusqu’ici de répondre à la question très précise : « Pourquoi Spinoza a-t-il été excommunié, c’est-à-dire chassé de sa communauté comme aucun autre juif avant et après lui, si sa pensée philosophique était réellement compatible avec le Dieu superstitieux des religions en général, et des rabbins en particulier ? »
 
Pour récuser votre accusation sans fondement, je ne peux mieux faire que vous rappeler ce court extrait sans ambiguïté de ma lettre du 6 février 1998 :
 
« Il est tout à fait hors de question pour moi de refuser à quiconque la liberté de philosopher, et tout le monde est a priori le bienvenu chez Spinoza. Toutefois, êtes-vous déjà réellement parvenu à "convertir" au "Dieu" de Spinoza un seul des fidèles religieux évoqués dans votre lettre du 18 juin 1993, au point de renoncer au Dieu de sa superstition chrétienne, musulmane, judaïque, etc. ?
 
Je veux bien vous concéder la possibilité théorique de "conversion" d’un croyant superstitieux, mais je récuse totalement l’idée de la cohabitation du "Dieu" de Spinoza et du Dieu superstitieux dans la pensée d’un seul et même individu ! Ce serait pour moi le signe d’une grave confusion mentale, car ils sont "INCOMPATIBLES" ! ». La dénonciation de la superstition musulmane par Spinoza ainsi que la virulence de ses propos contre Guillaume de Blyenbergh (Lettres XXI et XXII) en sont des illustrations parmi d'autres. » [Fin de citation]
 
L'analyse de votre entretien me conduit à m'interroger sur votre conception du spinozisme, comme l'attestent vos réponses aux diverses interrogations.
 
Ainsi, à la question, « Spinoza est-il spinoziste ? », vous répondez qu’il y aurait plusieurs définitions du spinozisme, et notamment une définition limitée de sa doctrine philosophique. C’est oublier que la « vraie » philosophie, celle démontrée more geometrico par Spinoza, est la voix et la voie de l’Absolu, à savoir ce qui est infini, entre autre : l’infini deviendrait ainsi limité.
 
La « vrai » philosophie, au sens clairement affirmé par Spinoza lui-même, ne saurait servir de caution au contenu relatif pensé dans et sur (à propos de) notre monde, c’est-à-dire lui conférer l’ « absoluité » dans quelque domaine que ce soit, comme vous semblez l’attendre ; et ce, qu’il s’agisse de l’existence de notre monde, des théories et hypothèses à jamais relatives de la Science, y compris les sciences humaines évoquées (psychanalyse, sociologie et économie).
 
Là, c’est tomber dans la confusion des facultés de l’entendement, qui conduit à la Superstition dans ses divers modes d’expression (religion et métaphysique matérialiste ou spiritualiste, mais aussi idéologie et moralisme) ; par « Superstition », comme déjà très largement précisé dans ma lettre du 26 novembre 1997, il faut entendre l’ « absolutisation du relatif », procédé intellectuellement malhonnête consistant à prendre et à faire passer le relatif pour absolu.
 
Relatif et absolu, en effet, constituent deux domaines radicalement distincts de notre penser humain, car relevant de deux facultés ou genres de connaissance différents. L’une, l’entendement pratique [penser en concepts de l’expérience des sens, et penser des abstractions (causalité, par exemple)], pense uniquement le « relatif » de notre monde, alors que l’autre, le penser spirituel, pense l’Absolu ou Esprit véritable qui n’est pas le Saint-Esprit ! 

Le Christ, dans sa Parole non pervertie par la superstition religieuse qui a usurpé son nom, n’entend rien d’autre à travers son propos célèbre : « Mon royaume n’est pas de ce monde » ; pour lui, l’Absolu ou Idéal ne fait pas partie de notre monde où tout est relatif, voire fictivement absolutisé par le penser superstitieux.

A la question « Qui se revendique de Spinoza aujourd'hui ? », vous répondez, à juste titre : des « laïques » ; a priori, en effet, ils sont débarrassés de toute croyance religieuse superstitieuse. C’est dans ce sens, du moins, que j’entends ici le terme, car lorsque vous parlez de « théologiens qui s’inspirent de la pensée de Spinoza pour renouveler leur vision de l'Ecriture » (Sic !), on est en plein délire : Spinoza au secours de la religion ! ! !

Il en va de même pour moi, lorsque « Spinoza apparaît comme l'une des évolutions possibles du cartésianisme » (Sic !), quand on sait que le Dieu de Descartes - ou de Kant - est en tout point identique au Dieu religieux, à savoir un Dieu-Créateur censé disposer d’un prétendu libre arbitre, en vertu duquel il était donc « libre » de créer ou non notre monde !

Enfin, si Spinoza est d’abord vu, en Italie, « comme un penseur politique que l'on confronte à des auteurs comme Machiavel, Hobbes ou Marx », c’est faire bien peu de cas du Chapitre premier (alinéas 1 & 3) du Tractatus politicus, où il renvoie toute doctrine politique  au pays d’Utopie ou au siècle de l’Âge d’or ! C’est pourquoi j’ignorerai délibérément la question : « Le spinozisme est-il de gauche ? », car je la considère comme nulle et non avenue. 
 
A la question « Quel est le point commun des spinozistes ? », vous répondez, entre autre, que le spinozisme est la philosophie de la minorité contre la majorité. Je peux vous suivre sans réserve sur cette voie, à la condition toutefois d’accepter l’idée de Brunner distinguant deux sortes d’humains, à la manière dont des époques très éloignées opposaient les sages et les fous, les réalistes et les rêveurs.
 
Pour Brunner, ainsi que très largement développé dans sa Doctrine, il y a ceux qui sont inspirés par l’Esprit véritable, et ceux qui pensent superstitieusement en confondant le relatif et Absolu : au décompte respectif mondial des uns et des autres, « y a pas photo » pour désigner la minorité ! ! !
 
Dans l’attente de votre réponse à la question en suspens depuis plusieurs années, je reste à votre disposition pour étudier vos éventuelles objections, et en vous remerciant de votre attention, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes salutations distinguées.  
[Tout défaut de présentation constaté après la mise en ligne est indépendant de ma volonté]
                                            
 
 


Dans la revue, les Cahiers du Sud, consacrée à Brunner, Ferdinand Alquié (1906-1985), professeur de philosophie à la Sorbonne, entre autre de Gilles Deleuze, a écrit un texte d’introduction sur la philosophie de Brunner, dont je rapporte ci-après l’essentiel.
 
 
 
Toutefois, je profite de l’occasion pour mettre en garde par avance contre ces historiens de la philosophie, dont fait partie Ferdinand Alquié, car leur éclectisme (aptitude à prendre chez chaque présumé philosophe ce qu’il aurait de bon) en fait davantage des « philosopheurs » que de « vrais » philosophes. En effet, il les conduit à penser « tout et son contraire », à prendre pour argent comptant à la fois l’immanence de Spinoza et la transcendance de Kant, la nécessité spinoziste et le libre arbitre de Descartes, etc.
 
J’admets volontiers le rôle qui s’impose aux professeurs de philosophie de ne pas enseigner les idées d’un seul philosophe - ou prétendu tel ! -, fut-il Spinoza, et donc de présenter aussi bien la doctrine du matérialisme que la scolastique idéaliste ou spiritualisme ainsi que la « vraie » philosophie, dont j’ai montré, à maintes reprises, en quoi elle diffère de la métaphysique matérialiste et idéaliste. 

La métaphysique, étymologiquement parlant, signifie ce qui est « au-delà du monde physique », et elle conduit à chercher un arrière-monde à notre monde, d’où celui-ci aurait émergé par la libre volonté d’un Dieu ou la magie d’un primus motor, voire d’un big bang en attendant la suite.
 
En conséquence, après avoir été confrontées à « tout et son contraire », durant leur année de philo, il reste ensuite aux chères têtes blondes à « penser vraiment par soi-même » ; ceci ne signifie nullement découvrir tout par soi-même, autrement dit refaire seul le parcours de la pensée universelle depuis des millénaires, mais seulement tenter de démêler le vrai du faux, le réel absolu du réel relatif, La Vérité de la Superstition ou « relatif fictivement absolutisé ».
 
Après cette mise en garde, je ne méconnais pas à Alquié la compréhension de la pensée philosophique de Brunner, mais je mets néanmoins en doute son aptitude à trancher au profit de la « vraie » philosophie, comme il en va pour nos pseudo-philosophes contemporains médiatisés, parmi lesquels André Comte-Sponville, entre autre, qui mélange allègrement science et philosophie, doctrine matérialiste et Esprit. [Cf. son dernier ouvrage, L’esprit de l’athéisme]
 
Dans son article sur Constantin Brunner, Ferdinand Alquié écrit notamment :
 
« J’aurais moi-même méconnu Constantin Brunner si un heureux hasard ne m’avait fait rencontrer, à Paris, quelques fervents admirateurs de son œuvre. Œuvre dont je puis dire, malgré trop d’aspects encore ignorés, combien l’étude promet d’être féconde. Car il suffit de lire quelques pages de Brunner pour apercevoir l’originalité et la force de la réflexion qui les inspire. Nous rencontrons ce mélange d’attrait et de difficulté qui annoncent et signifient un texte authentiquement philosophique. Il nous invite à nous penser nous-même, à mettre « l’être véritable à la place de notre quid, ou non-être », en sorte que « notre vie et le monde prennent pour nous un autre aspect et un autre regard… Esprit et monde, et Esprit malgré le monde ».
 
Extrait durecueil « Art, philosophie et mystique », le dialogue « La pensée et le pensé », le contenu pensé, est significatif si l’on sait que l’art, la philosophie et la mystique sont, pour Brunner, les « trois modes d’expression de l’Esprit » ou penser spirituel. Ils nous permettent d’échapper aux illusions que l’homme a créées en lui, illusions qui doivent être dénoncées comme superstitions. C’est la compréhension d’une vérité qui, tout à la fois, suppose et entraîne une modification de notre être, de l’être de celui qui la comprend. Ici se retrouve l’inspiration originelle de la philosophie qui, bien plus que savoir scientifique, est médiation éthique.
 
Brunner dissipe la confusion entre la philosophie et la science, et il renonce également au mythe contemporain, le mythe de l’histoire considérée comme juge et mesure de la philosophie. Certains, confondant philosophie et idéologie, veulent voir dans la démarche philosophique le produit de conditions sociales. D’autres, croyant au contraire revenir aux véritables sources, sont persuadés que la philosophie moderne est entrée, depuis Nietzsche, dans une voie entièrement nouvelle, et tiennent les doctrines classiques pour inutiles et dépassées.
 
Ainsi, ce qui change en l’homme fait oublier ce qui, en lui, échappe au temps, l’étude de l’historicité laisse perdre ce qui, dans la philosophie, est méditation sur l’éternité. Brunner combat ce conformisme contemporain qui se croit anticonformiste, parce qu’il est anticlassique ! il met en lumière ce qui, en l’homme, exprime d’immuables structures, d’intemporelles lois ; il rend la philosophie à sa destination véritable, en retrouvant son irremplaçable essence.
 
Brunner n’hésite pas à reconnaître en Spinoza son véritable maître, sans faire de sa philosophie un commentaire servile. Au contraire, il le réinterprète de telle sorte que le lecteur de « Matérialisme et Idéalisme » pénètre plus profondément dans la doctrine spinoziste des Attributs.
 
Il se distingue également de la doctrine spinoziste des trois genres de connaissance en opposant l’Entendement pratique et l’Esprit, tout en introduisant une troisième faculté, nommée Superstition, laquelle manifeste la tendance qu’a l’homme de prendre le relatif pour l’absolu.
 
La pensée de Spinoza est sauvegardée par le souci de combattre la superstition, et de substituer à la fiction, créée par l’homme, d’un Dieu anthropomorphe, la véritable idée de Dieu que, cependant, Brunner préfère appeler Esprit ou le Pensant. Ainsi, il nous apprend qu’avec l’entendement pratique, source des sciences, peut coïncider soit la superstition, soit l’Esprit, mais que Superstition et Esprit ne peuvent se rencontrer ensemble ; d’où la distinction de Brunner entre les « hommes de l’Esprit » et les Autres, les superstitieux.
 
Voilà longtemps que nul philosophe n’avait répété que l’homme n’est pas la mesure des choses, n’avait entrepris de préférer l’Être véritable qui constitue l‘essence de l’homme, à ce non-être où l’homme veut aujourd’hui découvrir sa réalité. On ne nous donne plus à choisir entre l’objectivisme matérialiste, le subjectivisme humaniste, ou leur confusion soi-disant dialectique. Une autre voie est ouverte, voie dont Spinoza disait déjà qu’elle était aussi difficile que rarement parcourue, et qui, pour être éternellement proposée aux hommes, ne peut sembler à chacun de nous, que présente et nouvelle. » [Fin de citation]
 
Remarque :
 
Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas reproduit ici les propos de Ferdinand Alquié confirmant ce que je disais à propos des penseurs du « tout et son contraire ». En effet, Alquié n’accepte pas la critique virulente de Brunner contre Kant et le kantisme, au point d’écrire : « Je ne saurais engager ici de telles discussions, et je ne voudrais pas, à propos de Brunner, revenir à mes propres options philosophiques » : vous avez dit « philosophe »..? !
 
Je me borne à rappeler que le Dieu de l’idéalisme ou spiritualisme de Descartes et de Kant est en tout point identique au Dieu chrétien en sa qualité de supposé créateur de notre monde, censé disposer d’un libre arbitre omnipotent

 
 
 
 

 

         
 
Dans les précédentes publications a été précisé ce qu’il faut entendre par « constructions auxiliaires », à savoir des fictions qui n’ont aucune réalité « chosique » dans notre monde, ainsi qu’il en va des chiffres de l’arithmétique, des lettres de l’algèbre, des figures de la géométrie, des atomes, etc.
 
 
Il reste à expliquer pourquoi ces constructions auxiliaires, ces fictions, s'accordent à notre réalité, à notre monde des choses, à notre expérience des sens ; comment peut-on expliquer qu'elles sont applicables dans la vie pratique, et même infiniment utiles ?
 
 
L'explication de Brunner est la suivante: expérience des sens et pensée, les choses et la pensée, ne se trouvent pas entre elles dans une relation d’opposition. Il n’est pas vrai que nous voyons "d'abord" une chose et lui attribuons "ensuite" certaines propriété ; nous n'avons pas "d'abord" une chose isolée, et nous ne formons pas "ensuite" un concept. Ni les concepts ne proviennent des choses, ni les choses ne proviennent de nos concepts, de notre penser. Il n'y a pas non plus de relation opposée entre la "nature" et notre penser ; notre penser abstrait est aussi naturel pour nous que l'expérience de nos sens - ou expérience première : les deux sont notre vie, les deux constituent ensemble l'entendement pratique, c'est-à-dire la pratique de notre vie, et ceci signifie que nous maintenons notre existence avec les deux.
 
 
Seule la conception traditionnelle - erronée - que la nature (notre monde des choses) et notre penser s'opposent, autrement dit que notre penser abstrait est autre chose que la nature, à savoir le moyen de la connaître, seule cette croyance que notre penser abstrait devient quelque chose "existant à l'extérieur de la nature" conduit à se demander comment il est possible que nos pensées abstraites et nos concepts s'avèrent applicables et s'accordent au monde donné dans l'expérience première.
 
 
L'abstraction scientifique est une autre expérience du même monde ; cette expérience peut être désignée comme celle d'un niveau plus élevé, parce qu’elle est non seulement l’expérience individuelle de chacun, mais au-delà cette expérience est faite par l'humanité dans son ensemble, autrement dit par l'espèce humaine. 
             
    
Quand nous découvrons les lois de la nature avec notre penser scientifique abstrait, nous n'avons pas, à proprement parler, découvert ainsi  des lois  ; autrement dit les lois de la nature ne sont pas des instructions d'après lesquelles les choses ou la nature se dirigent, mais elles sont seulement une image nouvelle et plus vraie (relativement) du monde des choses, saisi maintenant d'après son concept universel, autrement dit pensé. Ainsi, peut-on dire que la loi de causalité est le concept le plus universel du monde des choses.
 
 
Toute chose a réellement des propriétés différentes perceptibles par les sens – pourtant, ceci veut seulement dire que, dans une chose, nous sommes attentifs à ce qui cause en nous ces perceptions sensibles ou sensations. En conséquence, les propriétés que nous percevons d’une chose sont une relation de causalité vue directement par nous entre la chose et nous-mêmes. Plus nous avons de perceptions causales concernant une chose, plus ses contours sont clairs pour nous. Il n'est donc pas exact que nous percevons une chose d'abord et que nous constatons ses propriétés ensuite.
 
 
Au contraire, une chose se forme parce que nous constatons ses qualités perceptibles par le sentir ; la chose devient précisément ce qu'elle est par nos perceptions de la relation de causalité réciproque entre elle et nous. La chose reçoit un contenu d'autant plus grand, et elle se présente à nous d'autant plus clairement, telle qu'elle est, que nous percevons plus de propriétés, c'est-à-dire de relations causales entre elle et les autres choses.
 
 
Une chose est "d'abord" pour notre expérience des sens ou expérience première un ensemble de relations causales, et nous voyons ainsi que même la plus simple expérience, toute expérience d'une chose particulière, est déjà pensée en concepts. Or le contenu de tous les concepts, c'est de la causalité : nous pensons de manière causale. Toute définition de "causalité" est donc nécessairement une tautologie, car nous ne pouvons pas expliquer sans le présupposer ce principe qui gouverne tout notre penser et explique tout.
 
 
La causalité relève aussi de notre penser abstrait qui n'est rien d'autre que la nature. Les forces et les lois connues par notre pensée abstraite scientifique ne sont pas les causes des choses et des processus, mais elles sont ces choses et ces processus eux-mêmes pensés seulement plus adéquatement, c'est-à-dire dans leur enchaînement et leur validité universels. Toutefois, cela signifie aussi qu'avec notre penser abstrait nous n'allons pas au-delà du monde des choses et ne parvenons à aucune connaissance absolue. Par contre, ce que nous gagnons par la pensée abstraite adéquate, c'est-à-dire, la connaissance de la nature et de la signification purement biologique de notre savoir est considérable et ouvre la porte à notre liberté spirituelle.
 
 
Lorsque la science, grâce à Heisenberg,  a fait la découverte nommée pour cette raison relation d'incertitude d’Heisenberg, elle est parvenue ainsi à la vérité exprimée constamment par la philosophie sans pourtant être entendue. Assurément, indéterminisme ne veut pas dire que nous invalidons la causalité, que nous avons en quelque sorte acquis un nouveau penser ; l'indéterminisme veut même être une explication et indiquer la cause de certains phénomènes. Même l’indéterminisme remonte de relations à d'autres relations, et pour ce faire il se sert exclusivement de calculs statistiques. En rejetant le déterminisme absolu, il ne fait que constater sous forme scientifique l'antique vérité philosophique de la "relativité" des choses. Nos lois de la nature ne sont nullement des causes des processus chosiques, mais elles sont ces processus chosiques eux-mêmes saisis comme enchaînement univoque. Toutefois, cette univocité est toujours relative.
 
 
Quelque chose est ce qu’il est et tel qu’il est, parce que, et quand, autre chose est tel qu'il est et ce qu'il est ; et ainsi de suite à l'infini. Avec notre entendement pratique – pas davantage avec l'expérience première des sens qu’avec les abstractions -, nous ne parvenons jamais à une certitude absolue, parce que nous sommes sans cesse tributaires de relations nouvelles.
 
 
Nous ne pensons aucune certitude et aucune connaissance absolues, mais seulement des lois de la nature ou relations entre des choses saisies abstraitement. Puisque nous-mêmes sommes une existence de la nature au sein de la nature des choses, ce n'est pas notre but de parvenir à une connaissance absolue, de parvenir au-delà de soi-disant secrets de la nature, mais c'est notre rôle d'œuvrer en faveur de notre égoïsme individuel et de l'égoïsme de l'espèce humaine: autrement dit, d'avoir une influence sur la vie pratique des humains.
 
 
Nous acceptons le penser scientifique abstrait, en tant que l’intérêt de reconnaître l’unité ultime véritablement essentielle en quoi toutes les choses concordent. Cette unité ultime montre la concordance des choses, non pas d’après la ressemblance, mais d’après l’identité réelle. Établir cette unité et cette identité est l’affaire de la plus haute abstraction scientifique, qui se distingue des abstractions des concepts de genre, lesquels s’occupent seulement de la ressemblance, telle qu’elle apparaît aux sens dans la multiplicité des choses.
 
 
 
 
La science fait son chemin sur l’idée de l’identité de l’Un, dans l’abstraction la plus élevée du penser pratique, pour expliquer à partir de là la multiplicité du monde sensible. La science vise à ramener la multiplicité diverse des choses à leur dénominateur commun, là où le multiple est l’Un. Ce Un de l’abstraction scientifique est la notion quantitative du mouvement des choses étendues ; en réalité, étendue et mouvement ne s’avèrent pas être deux, mais Un, puisque le mouvement est la caractéristique essentielle de ce qui est étendu, dans la mesure où nous reconnaissons ce qui est étendu comme changeant, en continuelle transformation ou, puisque tout changement se ramène au mouvement, comme étant en mouvement, constamment en mouvement, de sorte qu’à proprement parler science est synonyme de doctrine du mouvement
 
  
 
Outre les mathématiques, Brunner développe également le concept de constructions auxiliaires du penser scientifique abstrait,  là où il parle précisément des choses de notre monde des choses et de leur origine, c'est-à-dire dans l'enchaînement avec les atomes, à propos desquels il écrit :
 
 
"Les atomes ne sont ni des choses ni des hypothèses sur les choses, mais ils appartiennent à la catégorie des constructions fictives ou auxiliaires du penser abstrait, tout comme les chiffres de l'arithmétique, les lettres de l'algèbre, les lignes, les figures et les volumes de la géométrie.
 
 
Simples constructions auxiliaires du penser abstrait, les atomes ne sont pas des concepts de choses, mais ils s'avèrent pourtant utilisables pour la pratique de notre expérience première ou choses. Nous constatons, en effet, dans notre penser de telles constructions fictives autonomes, auxquelles ne correspond aucune image réelle de choses.
 
 
Nous pouvons les penser seulement à l'aide d'un contenu représentatif de substitution pour pouvoir les penser avec notre pensée basée seulement sur la représentation en images des choses. De ce fait, le contenu représentatif auxiliaire, auquel nous devons nous résigner à propos de l'atome, ne s'avère pas tenable dès que nous tentons de le penser comme un contenu représentatif réel." des choses De ce fait, le contenu représentatif , auquel nous devons nous résigner à propos de l'atome, ne s'avère pas tenable dès que nous tentons de le penser comme un contenu représentatif ."
 
                                                                   
Le penser scientifique abstrait transforme le monde des choses de notre expérience première en un monde des atomes, du fait qu'il analyse les choses composées et les divise en leurs soi-disant parties constituantes, en éléments et finalement en atomes. Selon la qualité de la technique qui se trouve à la disposition de la recherche scientifique, celle-ci est même en mesure de diviser et de scinder ces "atomes scientifiques". Cette divisibilité aurait dû conduire toutefois à donner un autre nom à ces "atomes" de la science, pour les distinguer de l'atome des philosophes.
 
 
En effet, lorsque les philosophes parlent d'atomes, ils entendent par-là des unités indivisibles, "insécables", non composées, simples, et c'est  donc une erreur, une méprise, pour ne pas dire une folie, de croire que la science pourrait – avec ou sans technologie plus perfectionnée – diviser un jour - de façon ultime ! - ces éléments indivisibles !
 
L'atome, la particule indivisible, ne doit donc pas être compris par les philosophes de l'atome comme une sorte de particule originelle dont "est composée" la matière. La doctrine philosophique des atomes n'est pas une hypothèse sur la structure de la matière, mais un principe méthodologique du penser scientifique abstrait.
 
 
Aussi longtemps que nous étudierons et analyserons scientifiquement notre monde des choses, nous nous cognerons à cette unité la plus petite qui met une limite à notre penser jusqu'à ce que nous avancions grâce à de nouvelles percées scientifiques, mais seulement pour tomber sur un autre point final, une nouvelle unité considérée provisoirement comme la plus petite.
 
 
Ce n'est pas la matière qui est "atomiste", mais le penser humain parce qu'il est en relation aux choses, puisque nous-mêmes sommes une chose. De même que le concept mathématique "1" est divisible, "l'atome" de la science est divisible, tandis que l'atome de la philosophie est et demeure indivisible. C'est, d'ailleurs, de cette particularité qu'il tire son nom grec "atomos" = insécable, indivisible. Aucun synchrotron et autres accélérateurs de particules du futur le plus éloigné ne fourniront jamais la "première brique", dont l'homme a besoin pour expliquer son monde à la manière d'un jeu de constructions… 
  
 
L'atome de la philosophie est une construction auxiliaire, une fiction qui n'a aucune réalité dans notre monde des choses, comme cela ressort  de sa définition, de son indivisibilité. En effet, si l'atome était réel et en même temps indivisible, il serait non créé (d'où surgirait quelque chose de non composé?) et impérissable (il ne pourrait pas se dissoudre dans ses parties, il ne pourrait pas se désagréger) ; s'ils étaient réels, les atomes seraient les authentiques mobiles perpétuels.
 
 
Chercher empiriquement l'atome dont parlent les philosophes, revient à chercher le chiffre "1" ou la clé de sol ou le mètre : dans notre monde réel peut se trouver un chemin long d'un mètre, et il y a des vibrations qui peuvent être transcrites par une note particulière dans la clé de sol ; toutes ces unités et ces mesures sont des constructions auxiliaires qui nous aident à nous orienter dans le monde, mais qui n'expliquent rien du monde et ne transmettent aucune connaissance du monde.
 
 
En conséquence, Brunner s'occupe de la question de l'atome, en partie en raison de son importance dans la recherche scientifique, et en partie pour réhabiliter la philosophie. Les philosophes, en effet, ne sont pas de naïfs penseurs de salon, qui parlent de quelque chose que la science pourrait, à sa convenance, récuser ou confirmer à plus ou moins long terme.
 
D'une façon générale, Brunner parle d'une classe de concepts consistant en constructions auxiliaires du penser scientifique abstrait. Outre ce qui a déjà été dit sur les mathématiques et sur la théorie atomique, cette classe de concepts comprend, entre autres, la division du temps basée sur l'heure, et généralement chaque graduation sur tout instrument de mesure : les degrés, les mesures, les poids, etc. sont dans tous les domaines des constructions auxiliaires. De même pour l'argent : les unités monétaires sont pensées, comme si elles étaient des valeurs absolues, et c'est aussi leur but et leur nature ; il est malgré tout impossible de les saisir comme valeurs absolues - un simple coup d'œil sur les cours et les variations de l'index, dont nous sommes témoins chaque jour, rend le fait évident.
 
 
Toutefois, comment expliquer pourquoi ces constructions auxiliaires, ces fictions, s'accordent à notre réalité, à notre monde des choses, à notre expérience des sens ? Comment peut-on expliquer qu'elles sont applicables dans la vie pratique, et même infiniment utiles ? 
 
                 
                               
 
 
Par « Attribut », Spinoza entend « ce que l’entendement perçoit de la substance comme constituant son essence » [cf. Définition IV, Éthique I]. Pour éclairer cette définition, le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937) s’appuie sur la proposition spinoziste « omnia animata quamvis diversis gradibus », qu’il exprime sans ambiguïté de la façon suivante : « TOUT PENSE », mais « pas à la manière dont pense l’entendement humain ».
 
TOUT PENSE (omnia animata), d’une infinité de manières, dans une infinité de degrés de penser (quamvis diversis gradibus) !
 
 
C’est l’un des péchés capitaux de l’entendement humain de « croire » que seul l’homme pense, même si l’époque semble revenue de cette illusion - du moins, pour des espèces animales proches de la nôtre. Toutefois, cela n’empêche pas pour autant les humains de croire que les mondes perçus par d’autres entendements que le nôtre seraient semblables au nôtre, c’est-à-dire tel qu’il est saisi par notre entendement spécifique humain [Penser conceptuel de l’expérience des sens ou imaginatio spinoziste, et penser des abstractions, scientifiques en particulier, ou ratio.
 
Faire penser d’autres entendements (celui du chat et du chien, par exemple) à la manière humaine, c’est tomber dans le péché d’anthropomorphisme, dès lors que l’on croit que le monde perçu par tel ou tel entendement particulier, différent du nôtre, est identique à notre monde humain. Ainsi « notre » Soleil, par exemple, même s'il semble réchauffer aussi le chat, n'est pas  perçu, de manière rigoureusement identique, par un entendement de chat constitué différemment du nôtre, ne serait-ce que par un appareil sensoriel dissemblable. 
 
La relation entre chaque entendement particulier et « son » monde spécifique est exprimée sans ambiguïté par Spinoza dans la proposition VII de l’Éthique II, où il écrit :
 
« L’ordre et la connexion des idées sont identiques à l’ordre et à la connexion des choses. ».
 
Ainsi en est-il de notre monde humain avec ses choses particulières, dont nous-mêmes, pensé par notre entendement spécifique humain. Toutefois, notre monde étendu n’est ce qu’il est que pour nous les humains, dans sa relation à notre entendement humain. En dehors de celui-ci, notre monde n’est « rien » : il n’a pas de réalité pour l’infinité des entendements infinis, dont chacun pense seulement « son » monde spécifique « relatif » à son entendement. Ainsi le chat pense un monde « relatif » à son entendement de chat, de même que le chien pense un monde « relatif » à son entendement du chien ; et ainsi de suite à l’infini des relativités ou « Attributs » infinis…
 
En résumé, du fait que « tout pense », l’identité entre un entendement spécifique et « son » monde particulier pensé ne vaut pas seulement pour l’entendement humain et son monde des choses humaines, mais pour l’infinité des entendements infinis. En conséquence, chaque « genre » ou « espèce » spécifique, autre que l’espèce humaine, possède sa façon propre de percevoir son monde particulier « relatif », c’est-à-dire en relation à son seul entendement caractéristique.
 
Dans notre monde comme dans l’infinité des mondes infinis coexistant avec le nôtre, les modes ou choses particulières sont les individualités considérées uniment sous l’angle de l’étendue (extensio) et de la pensée (cogitatio)
 
Les modes participent de leur Attribut spécifique, infini seulement en son genre - et pas « absolument » infini ! Dans n’importe lequel des attributs se rencontre l’identité entre l’ordre des choses et l’ordre des idées, même si nous ne pouvons, et ne pourrons jamais, affirmer quoi que ce soit de l’infinité des autres attributs infinis en leur genre, qui sont, tous, la façon dont chaque entendement perçoit la Substance…
 
Entre les modes d’un même attribut, il n'y a pas de différence de nature, mais seulement des différences de degré. Ainsi tous les humains sans exception sont-ils dotés de la même nature humaine qui les distingue, extérieurement et intérieurement, d’un cheval, d’une abeille, etc., etc., bien que certains nient cette évidente réalité de nature humaine. En revanche, des différences de degré perceptibles de l’extérieur existent entre les humains, comme il y en assurément aussi sur le plan intérieur.
 
Ce que Spinoza nomme « Dieu » ou Substance, et que Brunner appelle le Pensant ou Penser absolu sans représentations, à savoir l’UN absolu, éternel, infini, parfait et immuable, constitue notre essence dans la mesure où ce quid absolu et éternel « inspire » l’infinité des attributs avec leur monde spécifique « relatif » à leur entendement particulier.
 
De ce fait, la relation entre la Substance et notre Attribut, comme il en va pour tous les autre Attributs, n’est pas à prendre comme une relation de transcendance, telle que l’exprime la superstition religieuse avec son triple Dieu monothéiste, la superstition idéaliste ou spiritualiste de Descartes ou Kant, en particulier, et la superstition matérialiste, depuis le primus motor d’Aristote jusqu’au scientisme contemporain avec son big bang.
 
L’exacte relation, sans mystère et sans contradiction, entre la Substance et les Attributs est une relation d’immanence entre le Pensant ou Penser absolu et le pensé, à savoir le contenu pensé dans et sur (à propos de) notre monde, comme en témoignent nos idéaux éternels du Vrai, du Beau et du Bon.
 
D’où nous viendraient-ils, sinon ? De « rien », dès lors qu’ont été rejetées les croyances superstitieuses dénoncées ? Certes, mais de « rien », peut-il sortir quelque chose, hormis pour un magicien faisant croire qu’un lapin sort de son chapeau où il n’y avait rienen apparence, du moins ? En conséquence, d’où le big bang, par exemple, est-il sorti..? !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
L'expérience première de nos sens nous montre que nous vivons parmi des choses et que nous sommes en mouvement comme toutes les autres choses. Le penser scientifique nous amène à découvrir que notre monde des choses est "en réalité" du mouvement, puisque les sciences sont arrivées à des résultats qui ont fait disparaître, pour ainsi dire, la matière sous le microscope des chercheurs.
 
 
Brunner montre que la théorie atomique de l'antique philosophie grecque ne se trouve nullement en opposition à la science d'aujourd'hui qui dissout la matière en mouvement. L'antique théorie atomique grecque est en effet, selon lui, une théorie philosophico-psychologique, et non un traité sur la matière : la théorie atomique des Grecs anciens est la même chose que la physique des atomes de l'époque contemporaine.
 
 
Avec l'abstraction scientifique, nous pensons le monde autrement que nous ne le pensons dans l'expérience première des sens, mais cela ne signifie pas ipso facto que nous avons devant nous l'image "vraie" de notre réalité. On a cru, et on continue de croire, à un certain stade de naïveté, que l'abstraction scientifique serait en mesure d'apporter l'explication et la connaissance du monde.
 
 
Que la science (abstraction scientifique et recherche) soit un instrument utile pour les intérêts pratiques de notre vie et que l'image scientifique du monde se distingue de celle de l'expérience première, ce n'est pourtant ni "vrai" ni "adéquat". Toutefois, dans la pratique, prédomine toujours la croyance que les sciences doivent parvenir à une connaissance du monde "tel qu'il est réellement" – une croyance, que Brunner conduit à l'absurde comme toute autre croyance. Contrairement à Husserl, Brunner ne considère pas l'image scientifique abstraite du monde comme une spécificité de l'homme occidental, mais comme une des images du monde qui sont données à l'homme au titre d'homme.
 
 
Brunner dévoile que certaines façons de penser sont pour ainsi dire "implantées" dans notre penser des abstractions scientifiques, et il les appelle des constructions auxiliaires du penser scientifique abstrait. Ces constructions auxiliaires sont des fictions, mais pas des fictions arbitraires ou fortuites au sens des chimères forgées par l'idéologie, notamment.
 
 
A la question de savoir si la construction fictive de quelque chose qui n'existe pas réellement peut être une théorie scientifique, si une telle fiction peut s'appliquer avec succès à notre pratique de vie, et conduire à des résultats fructueux, les mathématiques sont le meilleur exemple que cela est possible.
 
 
On les a appelées science "idéale", dans l'idée, ou science "auxiliaire"; personne ne met en doute qu'elles sont une science et qu'elles conduisent - comme c'est le but de toute science - à des résultats utilisables pratiquement dans notre monde des choses, bien qu'elles ne s'occupent pas de choses concrètes, réelles, comme le font notamment la physique, la chimie ou la biologie.
 
 
"Deux", "trois" et "cinq" ne sont rien dans le monde de ce qui existe réellement. Dans ce monde, il y a plutôt, par exemple, deux pommes et trois pommes, et toutes font ensemble cinq pommes. Toutefois, nous disons en raccourci, et de manière adéquate, que : 2 + 3 = 5, parce que l'exemple possède une application universelle, puisque deux œufs et trois œufs font aussi cinq œufs, comme c'était le cas pour les pommes.
 
 
Les mathématiques sont une construction fictive pure dans toutes leurs branches. Non seulement les nombres de l'arithmétique, mais les lettres de l'algèbre, qui remplacent les nombres, sont également des fictions, puisque les propositions de l'algèbre sont des formules pour les lois universellement valables de l'arithmétique.
 
 
De même, les points, les lignes et les figures de la géométrie sont également des fictions, bien qu'ils soient appliqués à des choses réelles. Ainsi, le sommet d'une montagne, un château d'eau et une centrale électrique peuvent être représentés comme un triangle, et le mouvement d'une planète peut se décrire par une ellipse, bien qu'il n'y ait pas d'ellipses, de triangles, de carrés, etc., dans le monde.
 
 
Ceci ne vaut pas seulement parce qu'ils seraient bidimensionnels ; les corps tridimensionnels de la stéréométrie (cônes, pyramides, cubes, sphères, etc.) sont plastiquement plus représentables que les figures planes, c'est-à-dire qu'ils évoquent mieux les choses concrètes. Toutefois, le fait qu'il y ait réellement des pyramides en Egypte ou, à La Mecque, le célèbre cube (Kaaba) et effectivement des boules de billard ne doit pas nous entraîner à attribuer à la stéréométrie et à ses corps plus de réalité qu'à la planimétrie, à l'algèbre et à l'arithmétique. Les mathématiques sont ainsi de la "fiction" qui trouve une application dans les sciences concrètes.
 
 
Le grand mérite de Brunner est de les avoir amenées sous le concept des constructions auxiliaires du penser scientifique abstrait. Il développe notamment ce concept, précisément là où il parle des choses de notre monde des choses et de leur origine, c'est-à-dire dans l'enchaînement avec les atomes.
 
    
 
 
 
 
 
Pour présenter plus concrètement les facultés du penser humain, je reproduis ci-après la partie correspondante du post antérieur, A propos de vraie philosophie, dont l'intégralité figure toujours dans les messages du blog.
 
               
                  A propos de vraie philosophie
 
 
 
L'analyse des facultés de notre entendement humain par le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937), développant celle de Spinoza dans Éthique II, proposition XL, scolie II, distingue trois genres de connaissance :
 
 
- l'entendement pratique ou imaginatio et ratio,
- le penser spirituel ou penser de l'Esprit = intuitio,
- le penser superstitieux ou penser de l'Analogon de l'Esprit
 
 
 
A ces trois facultés de l'entendement humain correspondent trois « réalités » ou vérités, pensées spécifiquement par chacune d'elles :
 
 
- la réalité ou vérité « relative » de l'entendement pratique
- la réalité ou Vérité « absolue » du penser spirituel
- la réalité ou vérité « superstitieuse » de l'Analogon de l'Esprit, ou vérité relative « absolutisée »
 
 
Chez Brunner, l' « entendement pratique » regroupe l'expérience des sens ou penser en images représentatives, source des concepts génériques (Homme, cheval, etc.), nommée « imaginatio » par Spinoza, et le penser des abstractions (langage, causalité, mathématiques, et autres constructions auxiliaires, théorie des atomes, par exemple), ou « ratio » spinoziste. Ce penser pratique nous sert uniquement à vivre et à nous orienter dans notre monde des choses - pas à « philosopher » !
 
 
 
Ce penser pratique parvient seulement à établir des « vérités relatives » sur notre monde, lui-même n'étant que « relatif » à ce premier genre de connaissance. Ceci signifie que « notre » monde n'a pas d'existence véritable - aucune réalité absolue -,en dehors dupenser pratique qui le pense.
 
 
Le monde, tel qu'il est perçu par notre penser pratique humain, n'a pas de réalité pour l'infinité  des  autres entendements infinis. Chacun d'eux, en effet, a son propre monde, spécifique à son entendement particulier, différent du nôtre et distinct d'un entendement particulier à l'autre l'autre.
 
 
 
En réalité,  ces infinis mondes infinis, dont nous ne saurons jamais rien, coexistent dans lignorance la plus totale : que savons-nous, par exemple, du monde du chat ou du chien, dont l'un est spécifique à l'entendement du chat, et l'autre, à celui du chien ?
 
 
 
D'autre part, notre monde ne peut pas avoir de réalité absolue, exister « absolument », parce que les choses, qui le constituent, sont en perpétuel mouvement ou changement ; or, seul ce qui est « immuable » est à la fois absolu et « parfait ». CQFD
 
 
 
Le monde humain est « notre » monde pour notre entendement particulier, pas « LE » monde, au sens d'un monde unique et identique, pensé par l'infinité des entendements infinis - ou attributs spinozistes, tels que définis comme étant ce que chaque « entendement » saisit de la substance, à travers son monde particulier. (cf. Éthique I, définition IV, et Éthique II, proposition VII)
 
 
 
Notre entendement pratique pense notre « relativité » humaine, une parmi l'infinité des autres relativités infinies ou infinis autres mondes infinis ; il est le penser de ce qui est « pensé » par nous humains dans et sur (à propos de) notre monde humain, à savoir les multiples idées et opinions relatives d'hier, d'aujourd'hui et de demain. De là résulte que notre monde des choses et « sa » matière n'ont pas de « réalité absolue », pas de matérialité, pas de substantialité absolue ; ils n'existent que « relativement », c'est-à-dire en relation à notre entendement pratique spécifique humain.
 
 
 
Or, il se trouve que notre entendement, considéré dans la globalité de ses trois genres de connaissance, ne se contente pas de penser notre monde dans sa « relativité ». Dès lors, l'entendement pratique, commun à tous les humains sans exception, bifurque soit vers le penser spirituel, soit vers le penser superstitieux.
 
 
Il se tourne vers l'Esprit véritable, si notre monde des choses est considéré comme une réalité seulement « relative » à notre entendement pratique sur la base de l'expérience des sens qui lui confère une réalité « perceptible », mais pas absolue.
 
 
 
Il bifurque vers l'Analogon de l?Esprit, tel que l'illustre le « Saint-Esprit », si notre monde est vu comme une réalité « absolue », comme existant « absolument ».
 
 
 
Voilà pourquoi, selon Brunner, l' « absolutisation du relatif », en l'occurrence celle de notre monde, est la cause fondamentale de la superstition religieuse, de la scolastique idéaliste de Descartes et de Kant notamment, ainsi que de la doctrine matérialiste, depuis Aristote jusqu'au scientisme contemporain, positivistes inclus, dans leur recherche commune d'un commencement absolu, d'une « cause première » prétendant expliquer l'émergence du monde qui est le nôtre.
 
 
 
P S : Tout défaut éventuel de présentation esttotalement indépendant de ma volonté !
 
 

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