TEXTES

Spinoza et nous

Par Robert Misrahi (Philosophe)

 

 

Né à Amsterdam, dans une famille juive d'origine portugaise ayant fui l'Inquisition, Baruch Spinoza (1632-1677) a voué sa vie et son œuvre à défendre la liberté de philosopher. Ce qui lui valut d'être excommunié de la communauté juive pour hérésie (1656) et de voir ses écrits condamnés par les autorités religieuses et civiles. Principaux ouvrages: «Traité de la réforme de l'entendement», «Traité théologico-politique», «Ethique».


En plein XVIIe siècle, face au calvinisme puritain et au judaïsme orthodoxe, le philosophe d'Amsterdam invente une éthique de la joie de vivre qui reste plus actuelle que jamais


La philosophie de Spinoza m'a toujours paru la meilleure préparation à une réflexion éthico-politique pour notre temps - singulièrement dans la situation de crise généralisée qui est la nôtre. Car c'est bien pour résoudre une véritable crise, et le désarroi qu'elle engendre, qu'il se propose de construire à neuf une philosophie intégrale - c'est-à-dire une éthique découlant d'une ontologie et entraînant une politique.


Spinoza ne part pas directement du bonheur proprement dit. Il pose d'abord la question de fond: si tous les biens ordinairement poursuivis sont vains, éphémères et fragiles, qu'est-ce donc qu'un «bien véritable» (nous dirions: une valeur véritable), un bien qui pourrait nous faire accéder à une joie extrême, parfaite et durable? En réponse, il ne propose ni un ascétisme spiritualiste ni un matérialisme libertin. Mais d'abord de mieux connaître la Nature qui nous enveloppe et la nature de l'être humain.

Il n'existe qu'un seul monde, et c'est la Nature. Elle est infinie et déterminée, et surtout elle est une. On peut, si l'on veut, l'appeler «Dieu» («Deus sive Natura»). Le dualisme traditionnel Dieu-monde est clairement dépassé et combattu par un philosophe que ses contemporains tenaient à bon droit pour athée. Pour nous, modernes, cette révolution spinoziste nous apprend que toute réflexion éthique et politique doit commencer par la laïcité et non par une religiosité vague, toujours capable d'intégrer l'intolérance et la violence.

 

Une fois déblayé le terrain métaphysique, Spinoza peut construire une anthropologie philosophique: il faut connaître l'homme tel qu'il est avant de lui proposer une nouvelle morale et une nouvelle sagesse. Et ici, aussi, la pensée de Spinoza s'avère tranquillement révolutionnaire. Il affirme d'abord l'unité de l'homme: l'esprit n'est pas une âme mais la conscience du corps. Et l'essence de cet individu unitaire est le désir. Un discours que nos contemporains sont tout prêts à entendre. A la différence de Schopenhauer (qui fait du désir l'origine indépassable de la souffrance), de Nietzsche (qui enlève au dionysiaque toute forme de conscience), ou de Freud (persuadé de l'impossible satisfaction du désir), Spinoza décrit le désir comme une puissance de vie, un conatus, un «effort pour persévérer dans l'être». A la différence des idéalistes comme Platon, Descartes ou Kant, il ne considère pas le désir comme une force aliénante et coupable mais comme le légitime mouvement vers l'estime de soi et la joie de vivre.


Certes, il existe des «passions» qui nous aliènent, mais il sait opérer la distinction nécessaire : ce n'est pas le désir comme tel (l'affectivité) qui est aliénant, c'est le désir lorsqu'il est dévoyé par l'ignorance et l'imagination. Pour accéder à une joie solide, il y a donc bien lieu de se libérer des passions (notre temps, confronté au fanatisme, à l'arrivisme et à la cupidité, en aurait bien besoin), mais cela ne peut se faire que par la transformation du désir passif en désir actif, éclairé par la connaissance et tamisé par le souci d'une liberté véritable. Muni de cette anthropologie du désir, Spinoza peut enfin nous proposer une éthique. Celle-ci aura pour ainsi dire deux étages, comme une fusée.


L'éthique humaniste de la joie


D'abord une morale «utilitaire» de la «conservation de son être» (nous dirions santé, sécurité, confort matériel, jouissances concrètes, justice) et de la joie de vivre. Spinoza précise: il ne s'agit pas de n'importe quels plaisirs, il s'agit de la recherche de «l'utile propre», c'est-à-dire de ce qui nous est personnellement le plus utile. C'est par la réflexion et la connaissance que l'individu saura quels sont les «biens» concrets qui seront le mieux adaptés à sa personnalité singulière et à son projet de vie libre et heureuse. Ce premier moment de l'éthique n'est pas une spontanéité aveugle et libertaire des plaisirs et des instincts, il est une maîtrise de sa vie, dans la perspective d'une existence à la fois épanouie, amicale et intelligente. Pour parvenir à ce stade, il est impératif de combattre les préjugés: la «superstition religieuse», le culte du remords ou de la pitié, les doctrines de la souffrance et de la culpabilité.


«Seule une superstition farouche et triste peut interdire qu'on se réjouisse. Car en quoi vaut-il mieux apaiser la faim et la soif que chasser la mélancolie? Aucune divinité, nul autre qu'un envieux ne se réjouit de mon impuissance et de ma peine...»


Pourvu qu'ils ne nuisent à personne, tous les plaisirs sont donc légitimes. Ils seront le fait de «l'homme libre» lorsqu'ils seront réfléchis, autonomes et spécifiques.


En plein XVIIe siècle, face au calvinisme puritain et au judaïsme orthodoxe
, cette éthique de la joie de vivre est une véritable doctrine libertaire et révolutionnaire. On l'a souvent liée à la montée de la bourgeoisie dans la Hollande d'alors. A tort. Chacun est concerné par l'accès à la jouissance de la vie et de ses joies. Et, comme on le sait, les guerres de religion, assorties de meurtres, croient toujours se justifier par des discours ascétiques. C'est l'amour de la vie qui est du côté du progrès.


Ensuite une sagesse intérieure de la «béatitude», c'est-à-dire de la joie extrême et parfaite. Ces deux niveaux ne marquent pas une différence de valeur mais la succession de deux moments de la réflexion et de la vie. C'est seulement en passant par le premier stade de l'éthique (une morale simple et laïque du bonheur concret et maîtrisé) que «l'homme libre» est en mesure d'accéder à son second stade, le niveau ultime de la sagesse existentielle.


Ces deux moments sont indissociables car ils concernent tous deux notre «félicité», comme dit Spinoza, c'est-à-dire notre bonheur: à la fois nos conditions de vie et la signification même de notre existence. C'est parce qu'ils séparent ces deux moments que nos contemporains (à gauche comme à droite) sont dans l'incapacité chronique de construire une politique humaniste digne de ce nom. Spinoza, quant à lui, savait qu'il avait à rechercher à la fois les conditions et les contenus de l'épanouissement individuel, «matériel» et «spirituel», et la définition du meilleur gouvernement possible.


Le pacte social


Avant de décrire ce stade ultime de la joie qu'est la béatitude, nous devons au moins esquisser la politique de Spinoza. Une société démocratique et pacifiée est la condition préalable au déploiement d'une existence personnelle heureuse et d'une sagesse de la joie extrême. C'est pourquoi Spinoza conclut sa morale de l'utile propre par l'analyse du pacte social. Il introduit celle-ci par une réflexion qui devrait impressionner les esprits démunis de notre temps: «L'homme qui est conduit par la raison est plus libre dans la société où il vit selon le décret commun que dans la solitude où il n'obéit qu'à lui-même.»


Le pacte, comme accord commun sur les désirs reconnus comme des droits et sur les désirs reconnus comme devant être sacrifiés, permet le passage du droit de nature au droit civil, la loi étant seule garante de la sécurité et de la liberté de tous et de chacun. Sur cette base, Spinoza étudie ailleurs les diverses constitutions possibles et laisse entendre que le gouvernement démocratique est le meilleur des gouvernements. Dans son projet, la souveraineté électorale serait la seule autorité légitime, la terre pourrait être une propriété collective et les citoyens auraient le droit de posséder une arme. Enfin et surtout, «dans une libre République, chacun a toute latitude de penser et de s'exprimer».


On le voit, toutes nos valeurs démocratiques, et notamment la laïcité et la liberté de croyance et d'expression, s'enracinent d'abord chez Spinoza et ensuite seulement chez les philosophes des Lumières. Mais c'est par l'éthique existentielle de la joie que la politique trouve un souffle, une raison d'être et une source d'inspiration. C'est parce qu'ils négligent ce lien fondateur entre l'existentiel et le politique que nos contemporains peinent à construire des politiques qui aient un sens et un avenir.


Une certaine espèce d'éternité

 

Nous voici au terme de notre itinéraire spinoziste. L'homme de désir, libéré de ses passions, est devenu l'homme libre, jouissant sereinement de ses plaisirs et de sa vie. Citoyen d'une libre République, il peut enfin se consacrer à sa quête ultime. Par «l'amour intellectuel de Dieu» (c'est-à-dire de la Nature), le sage accède à «une certaine espèce d'éternité». Conscient de lui-même, du monde et des autres, il sait qu'il fait partie de la Nature et de ses lois et qu'il peut se réjouir de lui-même et de sa vie. Certes, c'est la pensée du déterminisme universel qui lui confère force d'âme et sérénité, mais l'accord réfléchi avec lui-même, ainsi que l'épanouissement de sa personnalité, lui confère aussi le sentiment d'une liberté vraie. Accédant à la plus intense quiétude, c'est dans la béatitude qu'il accède à l'expérience d'être. Au lieu de n'exister, comme l'ignorant, que dans la souffrance et la passion, le sage (tout un chacun, s'il s'en donne la peine) «ne cesse jamais d'être et jouit toujours, au contraire, de la vraie satisfaction de l'âme».


Cette jouissance d'être est à la fois active et contemplative, sensuelle et réfléchie. Cette exceptionnelle sagesse qui consiste à vivre pleinement sa vie tout en la déployant dans une maîtrise sereine peut apparaître comme une utopie intempestive. Il n'en est rien. Ernst Bloch a bien montré que ce sont les «utopies» et non les mécanismes qui font l'histoire. Disons aussi qu'une telle vision, une telle éthique à double étage (satisfaction intelligente du désir et joie de la plénitude) constitue précisément ce qui manque à notre culture et qui pourrait sous-tendre et inspirer l'action politique. Et ce n'est pas le moindre paradoxe que de constater que notre modernité, avec ses exceptionnels moyens de diffusion de la pensée, est parfaitement capable de mettre en œuvre ces anticipations qu'on appelle à tort des utopies.

                                                                                                                   R.M. 
 

(*) Robert Misrahi est philosophe, auteur de «Spinoza» (Entrelacs, coll. «Sagesses éternelles»), «le Travail de la liberté» (Le Bord de l'Eau, 2008). A paraître: «l'Ombre et le Reflet», photographies de Minot-Gormezano, textes de Robert Misrahi (Skira-Fhmmarwn).


REMARQUES


J’ai deux observations à formuler sur le texte de Robert Misrahi :

 

1) Ranger Platon parmi les idéalistes, aux côtés de Descartes ou de Kant, entre autres "philosopheurs" spiritualistes, c’est soit ne rien avoir compris à la philosophie de Platon, soit ranger le Christ, mystique authentique, comme le Lao-Tseu ou le Bouddha, parmi ces idéalistes, ou "pseudo-philosophes", qui « croient » en la coexistence possible de "deux" absolus. Or ceci est une impossibilité absolue par définition, ainsi que démontré more geometrico par Spinoza dans Éthique I.  

 

Le Christ n'était pas un idéaliste, au sens où l'entend le "spiritualisme", ou scolastique pseudo-philosophique, car ce n'était pas un philosophe, ainsi qu'en témoigne l'absence totale de textes écrits. C'était un « mystique », et il s’exprimait oralement au moyen de courtes formules rejoignant néanmoins le terme ultime du penser spirituel, tel que celui-ci se manifeste aussi dans la philosophie véritable de Platon, de Giordano Bruno, de Spinoza et de Brunner, mais également dans l’Art et dans la Mystique, laquelle n’est à confondre ni avec la religion ni avec l’idéalisme.

 

L’une et l’autre,  en effet, sont seulement des modes d’expression du penser superstitieux avec ses « deux » absolus: un Dieu créateur ET notre monde fictivement considéré comme absolu, comme ayant une existence absolument « absolue », alors que notre monde humain n’existe, en vérité, que « relativement » à notre entendement spécifique humain - en dehors de celui-ci, il n’a aucune réalité !

 

A l’inverse le « vrai » philosophe et le mystique authentique sont animés par l’amour de l’UN, ou amour de LA Vérité, laquelle ne peut être qu'UNIQUE, et cette certitude absolue mène aussi, dans le cas du Christ, à l’amour de tous les humains. Lui, en effet, n’est pas conduit superstitieusement  à distinguer deux sortes d’humains par nature : les bons, nous, et les mauvais, eux, puisqu’il a dénoncé sans ambiguïté cette fable dans une parabole devenue millénaire, mais toujours actuelle !

 

Toutefois, ce qui demande plusieurs pages au philosophe pour démontrer LA Vérité de sa  pensée du UN, le mystique authentique peut l’exprimer, dans toute la profondeur de la sienne, par une courte formule sublime, qui traverse néanmoins les millénaires, à l’exemple de celle du Christ proclamant: « Le Père et moi ne faisons qu’UN » - et pas « DEUX » ! ! ! Mais il n’est en rien responsable, si la foule superstitieuse a perverti sa Parole de vérité en déchirant le UN, faisant ainsi de lui le fondateur d’une religion dualiste qu’il n’a jamais voulu créer : son « Père », en effet, n’est rien d’autre que le "Dieu", ou substance de Spinoza ! ! !

 

2) Je mets en garde contre les propos de Robert Misrahi parlant de « construire à neuf une philosophie intégrale - c'est-à-dire une éthique découlant d'une ontologie et entraînant une politique », et déclarant : « La philosophie de Spinoza m'a toujours paru la meilleure préparation à une réflexion éthico-politique. », ou encore : « Et ce n'est pas le moindre paradoxe que de constater que notre modernité, avec ses exceptionnels moyens de diffusion de la pensée, est parfaitement capable de mettre en œuvre ces anticipations qu'on appelle à tort des utopies. »

 

En effet, si certains, à l’exemple des membres du cercle « Spinoza et nous », s’appuient sur Spinoza pour promettre un monde radieux, fort opportunément démenti en ce 9 novembre 2009, ce n’en est pas moins une manipulation et une tromperie de l’opinion. Si Spinoza était en avance sur son temps, sûrement en s’appuyant sur les exemples de démocraties de l’Antiquité, il n’a jamais laissé entendre pour autant que la philosophie, fut-elle aussi vraie que la sienne, conduirait jamais à un monde parfait - hormis DEMAIN, toujours DEMAIN, mais seulement DEMAIN !

 

Pour en témoigner, il me suffit de reproduire ces courts extraits de l’Éthique :

 

« Ils (les philosophes) se figurent sans doute, accomplir une œuvre sublime et atteindre à la plus haute sagesse en faisant l’éloge renouvelé d’une nature humaine fictive, pour accuser d’autant plus impitoyablement celle qui existe en fait. Car ils ne conçoivent point les hommes tels qu’ils sont, mais tels que leur philosophie les voudrait être. Aussi, au lieu d’une éthique, ont-ils, le plus souvent, écrit une satire ; quant à leur doctrine politique, elle est toujours inapplicable, elle évoque une sorte de chimère – à moins qu’elle ne soit destinée au pays d’Utopie, ou au siècle poétique de l’Âge d’or, c’est-à-dire au lieu et au temps précisément où le besoin ne s’en ferait pas sentir. » [Traité de l’autorité politique,  Chapitre premier, § 1]

 

Et pour ce qui concerne notre illusoire « libre arbitre », traduit aujourd’hui en américain par la formule, Yes, we can, si Barack Obama acceptait d’en débattre, je ne manquerais pas de lui soumettre ce bref passage de l’Appendice d’Éthique I, où Spinoza écrit :

 

« D’où il suit, en premier lieu, que les hommes se croient libres parce qu’ils ont conscience de leurs volitions et de leur appétit, et qu’ils ne pensent pas, même en rêve,  aux causes qui les disposent à désirer (appetere), parce qu’ils les ignorent. » [Traduction de Rolland Caillois, Madeleine Francès et Robert Misrahi]

 

[Nos responsables politiques contemporains feraient bien de se replonger plus souvent dans l’œuvre de Spinoza, sauf à eux, évidemment, d’en démontrer la fausseté sur ces points précis]

 

 

MODÈLE

Le 12 septembre 2009


Objet :

« Pour information »

 
Direction et comité de rédaction de...

 

 

Mesdames, Messieurs,

 

Je vous invite à prendre connaissance du courriel et des documents annexés, adressés le 9 courant à Cécile Duflot, Secrétaire nationale des Verts, pour dénoncer l’ « arnaque » planétaire contemporaine concernant le réchauffement climatique ainsi que les prétendus moyens susceptibles d’y remédier pour l’éternité.

 

L’argumentation avancée ainsi que la question posée au GIEC, le 6 courant, ne devraient pas manquer tout au moins de vous interpeller, afin d’ouvrir publiquement le débat sur la question de fond, celle de savoir si les humains du XXIe siècle ont véritablement, ou non, la capacité, voire la toute-puissance, de régir le climat de la planète, «  à leur discrétion », jusqu’à la fin des temps.

 

Dans l’attente de vos éventuelles objections scientifiquement et philosophiquement étayées, voire d’une réponse argumentée convaincante à la question évoquée, à défaut de quoi votre silence et votre refus de débattre manifesteraient votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde contemporain, à l'exemple des soi-disant élites d'aujourd’hui dénoncées dans le texte, Mensonges et lâcheté des élites, je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Mesdames, Messieurs, mes salutations distinguées.

 
P J : Lettre du 9 septembre 2009 à Cécile Duflot, et annexe

 

 

Texte adressé à :

 

Associations

Europe Ecologie

Fondation Nicolas Hulot

Les Verts


Médias

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Arte

BFM

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Europe 1

France 2

France 3

France 5

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La Dépêche du Midi

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Parti radical de Gauche

 

 

 

 

 

 

La « vraie » philosophie, contrairement à la métaphysique matérialiste, n’a que faire du savoir scientifique : celui-ci restera relatif jusqu’à la fin des temps, tandis qu’elle sera éternellement la voie et la voix de l’Absolu, de LA Vérité ou réalité absolue – sauf à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !


C’est précisément sur cette base que je vais justifier « définitivement » l’exception humaine et invalider à jamais le scientisme anthropomorphique, à savoir cette tentation permanente des humains de comparer notre espèce et son propre monde avec les infinies espèces et le leur.  

L’illustration en est fournie par les propos de Schaeffer, parlant de la spécificité du langage humain, et déclarant :


« Aucune autre espèce animale n'a développé une syntaxe, c'est-à-dire la possibilité de combiner un nombre fini de signes dans un nombre infini de phrases. Mais on sait aussi que cette spécificité du langage est une spécificité biologique, génétiquement préparée. Il n'y a plus d'opposition entre le langage et la biologie. »

Non seulement, notre époque continue même d’affubler l’animal d’un « instinct », ce qui n’est pas sans rappeler les animaux-machines de Descartes, au lieu de parler d’ingéniosité, d’inventivité, voire d’intelligence, mais voilà que Schaeffer tombe précisément dans ce qu’il dénonce : l’exception humaine ! OUI, développer une syntaxe, combiner un nombre fini de signes dans un nombre infini de phrases, semble bien être pour toujours le propre de l’homme, donc une exception humaine dont la fin annoncée n’est pas pour demain !


Regardons ce que la « vraie » philosophie, celle de Spinoza et Brunner notamment, a à nous dire sur les espèces et toutes les autres choses de notre monde en la distinguant précisément de la science, a fortiori du scientisme, contrairement à tous ces matérialistes dont Schaeffer. Eux, en effet, continuent superstitieusement à vouloir combiner deux facultés différentes de notre entendement humain : le penser pratique, commun à tous, et leur prétendu penser spirituel. Or, leur métaphysique, qu’ils considèrent comme une forme du penser spirituel, n’est pas de la philosophie, mais seulement une falsification, un analogon de l’Esprit véritable : celui qui n’a pas « créé » un monde ayant un prétendu « commencement » !

Notre penser pratique nous sert uniquement à vivre et à nous orienter dans notre mode des choses, en particulier grâce au penser scientifique des Abstractions (atome et autres constructions auxiliaires fictives), mais il ne nous est d’aucune utilité pour philosopher – sauf à prétendre penser philosophiquement avec notre appareillage sensoriel ! En réalité, seule la philosophie - la « vraie » philosophie - est la voix et la voie de l’Absolu véritable, parce qu’Unique, alors que la religion, la métaphysique (scientisme matérialiste et scolastique idéaliste) et le moralisme prennent superstitieusement pour absolu notre pensé seulement « relatif », à savoir tout le contenu pensé dans et sur (à propos de) notre monde, et ainsi terminent-ils dans le « dualisme » des absolus - cette « impossibilité absolue » par définition, et par excellence !


En vérité, hors de notre entendement pratique, notre pensé n’a pas de réalité absolue, à commencer par notre monde lui-même. Notre monde humain, en effet, n’existe que « relativement » à notre entendement particulier. En conséquence, sans penser humain, sans êtres humains pour se représenter et penser notre propre monde, il n’existerait pas de monde humain tel que nous le saisissons à travers nos représentations humaines spécifiques - sauf à quiconque, évidemment, d’établir le contraire en démontrant sa réalité, ou existence absolue, indépendamment de notre penser humain !


Toutefois notre penser pratique ne saurait se contenter de sa « relativité » terrestre, et inspiré par l’ « Esprit de l’univers », qui n’est pas le saint Esprit religieux ni celui des idéalistes Descartes et Kant, il veut aussi s’élever à l’Absolu, à l’Idéal, auquel nous sommes incontestablement rattachés – sinon, comment expliquer que nous ne pouvons pas penser le moindre concept sans penser à la fois l’idéal du concept pensé (femme, liberté, égalité, justice et démocratie idéales, par exemple) ?


Il est donc légitime de se demander ce qui pense en nous dans nos rêves nocturnes par exemple, puisqu’ils sont totalement indépendants d’une quelconque libre volonté individuelle. A la réponse apportée à cette question se manifestent précisément deux sortes d’humains : les gens de l’Esprit véritable, ceux qui pensent spirituellement l’absolu Un, et ceux de la multitude, qui « croient » superstitieusement en la possible coexistence de leurs « deux » absolus fictifs : Dieu, ou un principe créateur, ET notre monde.


Pour les premiers, notre monde relatif et l’Absolu sont dans une relation d’immanence, et ils ne font qu’UN selon l’expression du Christ parlant du Père. Brunner l’appelle « le Pensant » (das Denkende), et il n’est rien d’autre que l’Idée des idées de Platon, ou ce que Spinoza nomme Dieu, ou substance - entre autres multiples désignations de la pensée authentiquement mystique ou véritablement philosophique de l’Orient et de l’Occident.


Les seconds érigent fictivement leur Dieu en Absolu et en font le prétendu créateur d’un monde qui n’a pas eu de commencement, et pas davantage sous l’action d’un primus motor ou d’un big bang. Sans entrer ici dans un débat philosophique exhaustif, dont un bref aperçu a toutefois été donné avec la non-réalité absolue de notre monde, « absolutiser le relatif », c’est précisément tomber dans le penser superstitieux avec ses « deux » absolus, où un absolu produit un autre absolu.


Cette brève digression était indispensable pour accréditer définitivement la thèse de l’exception humaine dans sa « relativité » spécifique, mais ce qui est valable pour notre monde humain existant relativement à notre propre penser pratique s’applique également à chacun des infinis mondes des infinies espèces. Tout monde n’existe que « relativement » à l’entendement spécifique qui le pense, se le représente, et chacun constitue donc forcément une exception.


Assurément, aucun des infinis mondes infinis n’aura jamais la moindre idée, ne forgera jamais la moindre représentation, de tous ces infinis autres mondes, ou infinis attributs spinozistes, coexistant avec le sien et tous les autres mondes spécifiques. Seuls les humains, précisément, croient pouvoir combler ce manque par leur anthropomorphisme prétendant connaître, avec leurs sciences de la nature, les infinis mondes de l’infinité des espèces constituant notre environnement !


Or, en réalité, que savons-nous véritablement, avec notre penser scientifique, du monde du chien, du chat, du requin, de la fourmi, du vautour, etc., etc., tel qu’il leur est représenté par leur entendement spécifique de chien, de chat, de requin, de fourmi, de vautour, etc., etc. ? RIEN, en dehors de notre vision anthropomorphe ! ! ! Alors, si notre humilité doit se faire jour, c’est bien déjà sur ce plan, mais ils sont extrêmement rares les intellectuels et les scientifiques capables de reconnaître publiquement l’insuffisance de leur savoir à jamais relatif


C’est pourquoi je termine en rappelant, une fois de plus, ce propos de Bernard d’Espagnat, homme de science et spinoziste :


« Le réel par excellence, ce ne sont pas les contradictoires entités sur lesquelles travaillent les hommes de science contemporains, mais ce que Spinoza nomme la substance. »
(Cf. A la recherche du réel)


[Les éventuels défauts de présentation sont totalement indépendants de ma volonté] 

 

Des questions d’Elisabeth Lévy aux réponses apportées par Jean-Marie Schaeffer, et y compris la récente intervention de la neurobiologiste Catherine Vidal sur France Culture (podcast disponible), l’époque témoigne que le scientisme est toujours aussi florissant qu’hier, puisqu’elle s’obstine à prendre à l’absolu les pseudo-vérités relatives scientifiques du jour. Elles feront pourtant la risée de nos plus ou moins lointains descendants, ainsi que, avec le recul, nous sommes en mesure d’en juger pour les périodes scientistes précédentes qui trompaient tout aussi allègrement leurs contemporains sur fondement superstitieux, à commencer par les médecins de Molière, ancêtres de nos praticiens d’aujourd’hui dont un avenir plus ou moins lointain se gaussera tout autant, alors que nous les louangeons.


Or, de ce scientisme, l’époque passe précisément à la « philosophie à la française », censée parvenir – DEMAIN ! – à LA Vérité absolue grâce aux savoirs combinés de la science et de la pseudo-philosophie, terminant ainsi en métaphysique avec ses « deux » absolus, ce qui est tout sauf de la philosophie, comme le croient pourtant nos « philosopheurs » matérialistes contemporains.


Et si Jean-Marie Schaeffer n’est pas effrayé par la thèse de l’exception humaine, il la croit peu plausible, à juste titre, mais pour de mauvaises raisons scientistes fondées sur notre savoir relatif fictivement « absolutisé ». Il déclare, en effet :


« Je la crois peu plausible, étant donné l'ensemble des savoirs que nous avons sur l'homme. Les sciences humaines et sociales pensent à tort que cette hypothèse fonde leur légitimité par rapport aux sciences de la nature.


Mon but n'est pas de détruire le « sujet » ou la métaphysique, mais de réfléchir à une étude de l'humain qui intégrerait les connaissances apportées notamment par la biologie et la psychologie. »


Or, cet ensemble de savoirs que nous avons sur l’homme est seulement celui d’aujourd’hui, alors que l’humanité a encore des siècles et des millénaires devant elle pour le modifier et le remodifier sans cesse grâce à la biologie et à la psychologie, entre autre, sans parvenir jamais pour autant à LA Vérité absolue par ce biais.


J’accorde toutefois à Jean-Marie Schaeffer notre « outrecuidance » contemporaine envers ce qui n’est pas l’humain, puisque, même s’il reconnait ne pas agir en philosophe, il déclare :


« Je ne sais pas dans quelle mesure ma démarche, qui est d'abord scientifique, pourrait se traduire au plan sociétal, au niveau des manières de vivre. J'imagine en effet qu'elle pourrait contribuer à réduire l'impérialisme de l'homme vis-à-vis des autres formes de vie mais aussi de lui-même : le sentiment de toute-puissance qui caractérise nos relations avec le monde non humain va de pair avec le mimétisme conflictuel qui régit les relations des êtres humains entre eux. Dès lors qu'elle réduirait la tendance à surestimer la part réflexive de l'esprit qui caractérise la culture occidentale, cette approche nouvelle pourrait générer non pas une dépréciation de l'être humain, mais une forme d'humilité.


L'abandon de la thèse de l'exception humaine au profit de la conception d'un être vivant parmi les autres êtres vivants implique un changement d'attitude par rapport à ce qui est proprement humain dans l'homme. Plus besoin d'opposer un pôle inférieur, qui relèverait de l'animal, et un pôle supérieur, proprement humain, pour appréhender la complexité de notre psychisme et de nos relations sociales. »

 

 Je lui reconnais également la justesse des propos suivants sur le dualisme cartésien :

« Changeux défend un réductionnisme physique qui n'est que l'autre face du  cartésianisme. Le dualisme cartésien repose sur l'idée qu'il y a deux substances,l'esprit et la matière. Les matérialistes pensent qu'il y a une seule substance, mais ils ne sortent pas de l'épure cartésienne. On peut aussi refuser de poser la question en terme d'opposition entre spirituel et matériel.»

Ce dualisme du penseur idéaliste Descartes est également celui des penseurs matérialistes, pour peu que le mot « penseur » puisse être appliqué aux uns et aux autres. En effet, quoi qu’en dise Schaeffer, avec leur principe créateur (Primus motor d’Aristote, Premier agent d’Avicenne et d’Averroès, ou big bang contemporain) ET notre monde, tous terminent avec « deux » absolus. Ainsi ils ne peuvent pas prétendre à une relation véritablement philosophique d’immanence, mais à une relation superstitieuse de transcendance, où un absolu produit un autre absolu, comme un boulanger produit son pain -  sauf à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !

Schaeffer lui-même, d’ailleurs, s’avère être un matérialiste primaire, lorsqu’il déclare :

« L'observation permet d'établir des relations entre l'activité du cerveau et la vie de l'esprit sans réduire l'ensemble des niveaux de la réalité humaine à la physiologie. »

Malgré la réserve apportée, en effet, il ne peut échapper à la critique de Brunner envers les matérialistes en général, telle qu’il l’exprime par ce propos ironique à leur encontre : « La matière secrète la pensée, comme le foie secrète la bile. », ce qui n’est pas plus vrai que le point de vue des idéalistes croyant que la pensée, fut-elle divine, a pu produire la matière, car il n’y a pas véritablement de matière absolue, c’est-à-dire existant absolument en dehors de notre penser humain qui la pense.


Au cours de l’entretien, Schaeffer va même à l’encontre d’Yves Christen en répondant à la question posée par Elisabeth Lévy « Le langage, n'est-il pas une exception humaine ? », puisqu’il déclare que « Le langage fait évidement partie des spécificités humaines. »


Et les propos suivants témoignent qu’il tombe même dans l’anthropocentrisme le plus borné, lorsqu’il déclare :


« Aucune autre espèce animale n'a développé une syntaxe, c'est-à-dire la possibilité de combiner un nombre fini de signes dans un nombre infini de phrases. Mais on sait aussi que cette spécificité du langage est une spécificité biologique, génétiquement préparée. Il n'y a plus d'opposition entre le langage et la biologie. »


Toutefois, Yves Christen lui a déjà répondu sur ce point.

Pour en finir avec le contenu de l’entretien, je ne prends pas la peine d’analyser les propos de Schaeffer expliquant pourquoi « la thèse de l'exception humaine est particulièrement puissante en France », mais je ne peux laisser passer ce qui suit, parce que conduisant précisément à la « philosophie à la française » :


« La différence fondamentale entre nous tient au statut que nous accordons aux autres savoirs. La philosophie doit-elle se nourrir des autres connaissances humaines ou est-elle un mode de connaissance radicalement autonome qui peut se développer en se référant uniquement à ses propres traditions ? Pour ma part, je pense qu'une philosophie vivante doit être en dialogue avec les autres savoirs humains. Dans la conception de Marion, la philosophie a ses propres questions et ses propres outils pour y répondre. Résultat : c'est un dialogue de sourds dans la mesure où j'apporte des connaissances qui, de son point de vue, sont disqualifiées d'avance. La véritable question est celle de l'avenir de la philosophie en France. La tentation est forte pour elle de se replier sur ses fondamentaux. »


Cette conception de la philosophie par Schaeffer témoigne que, s’il connaît à merveille la « philosophie à la française », il ignore tout de la « vraie » philosophie, comme l’attestent ses propos en réponse à la question d’Elisabeth Lévy : Elle seule (la philosophie) peut se permettre ce superbe isolement. La biologie ne peut pas ignorer ce que trouve la chimie. Seriez-vous en train de proclamer la fin de l'exception philosophique ?


Le « métaphysicien » Schaeffer déclare, en effet :


« Toute autre discipline se serait condamnée en se coupant des autres savoirs. Du reste, cette disjonction n'est apparue qu'au XIXe siècle. Il faut maintenant se demander si elle a bénéficié à la philosophie ou si elle l'a menée dans une impasse. Ce débat est toujours ouvert. Pour ma part, je plaide pour la réunification des sciences de l'homme et des sciences de la nature.»


Déjà, sa connaissance de l’histoire de la philosophie n’est pas au point, car il ignore superbement Spinoza. Lui ne mélangeait pas le savoir scientifique, quel qu’il puisse être, à sa philosophie, sinon il n’aurait été qu’un vulgaire matérialiste comme Aristote, Avicenne, Averroès et tant d’autres., sans oublier ceux d'aujourd'hui, tels André Comte-Sponville et Michel Onfray, entre autres.

Par ailleurs, si Schaeffer « croit » que la réunion des sciences de l’homme et de la nature serait d’un grand profit pour la philosophie, ce qui précède suffit à établir qu’il « se fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coude » - pour paraphraser Cohn-Bendit sur un autre terrain.

A SUIVRE...  

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le N°1890 du 4 décembre 2008 publié par l'hebdomadaire Le Point, Elisabeth Lévy rapporte l'entretien que lui a accordé Jean-Marie Schaeffer sur son livre, intitulé, « La fin de l'exception humaine », et elle ajoute en préambule que celle-ci sous-entend également la fin de la philosophie à la française

 

En réponse à ses contradicteurs, dont un certain Jean-Luc Marion, philosophe, invité à réagir par la revue Le Débat, Schaeffer réclame la réunification des sciences de l’homme et des sciences de la nature.

 

Après avoir reproduit ci-après l’intégralité de cet entretien, j’examinerai ce que sous-entend aujourd’hui encore la « philosophie à la française », et je l’opposerai à la philosophie tout court, celle que Spinoza lui-même n’hésite pas à qualifier de « vraie » philosophie, du seul fait de son unicité, gage formel d’exprimer réellement LA Vérité absolue. Deux vérités opposées, et a fortiori davantage, ne peuvent prétendre, en effet, être simultanément les porte-parole de l’Absolu – sauf à tomber ainsi dans le penser superstitieux, celui qui absolutise fictivement notre pensé « relatif » !

 

L'homme, un animal comme les autres ?

 
Le Point : Vous prêtez à vos adversaires un certain effroi à l'idée que l'homme serait un animal comme les autres. Pourquoi l'exception humaine vous est-elle, à vous, si insupportable ?


Jean-Marie Schaeffer :


Il y a chez les défenseurs de l'exception humaine une résistance à l'idée que nous pourrions faire partie intégrante du règne du vivant et du règne animal. De mon côté, je ne suis pas effrayé par la thèse de l'exception humaine. Simplement, je la crois peu plausible, étant donné l'ensemble des savoirs que nous avons sur l'homme. Les sciences humaines et sociales pensent à tort que cette hypothèse fonde leur légitimité par rapport aux sciences de la nature. Or, non seulement elles n'en ont pas besoin, mais elle les empêche de penser correctement leurs relations avec les autres savoirs sur l'homme. Avec des conséquences funestes sur notre connaissance de nous-mêmes, donc sur la façon dont nous menons nos vies.


Pour combattre ce que vous appelez « la Thèse »-avec un grand T-, vous êtes peut-être conduit à surestimer sa force. Jean-Luc Marion dit que vous vous battez contre un fantôme. Philippe Muray aurait pu vous comparer à un éléphant qui s'ébroue dans un magasin de porcelaine dont les propriétaires ont déjà tout saccagé. Quel sens a la démolition du « sujet » après Althusser, Deleuze ou Foucault ?


Mon but n'est pas de détruire le « sujet » ou la métaphysique, mais de réfléchir à une étude de l'humain qui intégrerait les connaissances apportées notamment par la biologie et la psychologie. Nous connaissons mal la relation qui existe entre la base anthropologique commune à l'humanité et ce que la culture a construit, raffiné, voire détourné, à partir de cette base.


Enfin, qui nie aujourd'hui que l'homme est un être biologique ?


Tout le monde admet que nous sommes aussi des êtres biologiques et c'est évidemment le « aussi » qui pose problème. L'important n'est pas d'admettre le fait biologique, il serait difficile de faire autrement, mais d'en tirer toutes les conséquences.


Cela signifie-t-il en finir avec un certain impérialisme humain ?


Je ne sais pas dans quelle mesure ma démarche, qui est d'abord scientifique, pourrait se traduire au plan sociétal, au niveau des manières de vivre. J'imagine en effet qu'elle pourrait contribuer à réduire l'impérialisme de l'homme vis-à-vis des autres formes de vie mais aussi de lui-même : le sentiment de toute-puissance qui caractérise nos relations avec le monde non humain va de pair avec le mimétisme conflictuel qui régit les relations des êtres humains entre eux. Dès lors qu'elle réduirait la tendance à surestimer la part réflexive de l'esprit qui caractérise la culture occidentale, cette approche nouvelle pourrait générer non pas une dépréciation de l'être humain, mais une forme d'humilité.


« Et alors ? », comme dit Jean-Luc Marion. Si vous récusez l'exceptionnalité, vous acceptez bien une singularité. Vous ne prétendez pas que nous sommes des dauphins ou des chimpanzés. Quel est l'enjeu de cette querelle ?


L'abandon de la thèse de l'exception humaine au profit de la conception d'un être vivant parmi les autres êtres vivants implique un changement d'attitude par rapport à ce qui est proprement humain dans l'homme. Plus besoin d'opposer un pôle inférieur, qui relèverait de l'animal, et un pôle supérieur, proprement humain, pour appréhender la complexité de notre psychisme et de nos relations sociales.


Quels sont les nouveaux savoirs qui devraient imposer, selon vous, une réévaluation de « la Thèse » ?


Grâce aux avancées de la biologie et de la psychologie, nous savons beaucoup mieux comment fonctionne le cerveau et nous avons une connaissance beaucoup plus fine des changements d'états mentaux. Par conséquent, lorsqu'on s'intéresse à la relation entre cerveau et esprit, on n'est pas du tout dans la même situation qu'au début du XXe siècle, où l'on aboutissait forcément à un réductionnisme assez simpliste.


Jean-Pierre Changeux, par exemple, ne vous semble jamais menacé par cet écueil ?


Changeux défend un réductionnisme physique qui n'est que l'autre face du cartésianisme. Le dualisme cartésien repose sur l'idée qu'il y a deux substances, l'esprit et la matière. Les matérialistes pensent qu'il y a une seule substance, mais ils ne sortent pas de l'épure cartésienne. On peut aussi refuser de poser la question en termes d'opposition entre spirituel et matériel. L'observation permet d'établir des relations entre l'activité du cerveau et la vie de l'esprit sans réduire l'ensemble des niveaux de la réalité humaine à la physiologie.


En ce cas, comment pouvez-vous réduire la culture à un fait biologique ? Vous y allez un peu fort !


Si on admet que l'être humain est un être biologique, alors la culture est un fait biologique. Chez les primates, il existe des faits culturels-informations, connaissances et manières de se comporter-transmis de façon non génétique mais par apprentissage, de génération en génération. On n'en considère pas moins que l'ensemble de ces faits relèvent de la connaissance des êtres biologiques que sont les primates. De même, la culture humaine relève de la biologie humaine. Et c'est de son côté qu'il faut chercher la spécificité de l'être humain comme être biologique.


Et le langage, n'est-il pas une exception humaine ?


Le langage fait évidement partie des spécificités humaines. Aucune autre espèce animale n'a développé une syntaxe, c'est-à-dire la possibilité de combiner un nombre fini de signes dans un nombre infini de phrases. Mais on sait aussi que cette spécificité du langage est une spécificité biologique, génétiquement préparée. Il n'y a plus d'opposition entre le langage et la biologie.


Mais la génétique est modifiée par l'histoire. « Homo sapiens » ne naît pas tout armé du langage et du reste. Elisabeth de Fontenay vous reproche d'ignorer l'Histoire.


Elle oublie que j'étudie les effets en retour de la culture sur la base génétique de l'être humain. Loin de nier l'Histoire, j'essaie de montrer comment, en tant que forme temporelle de la culture, elle affecte en retour la transmission génétique, notamment à travers les règles qui président au mariage. L'évolution de la vie a une histoire et cette histoire est aussi contingente que l'histoire humaine.


On dirait que la thèse de l'exception humaine est particulièrement puissante en France. Comment l'expliquez-vous ? Est-ce le poids du cartésianisme ?


Effectivement, la France est plutôt isolée. Cela s'explique surtout par la domination, dans la philosophie française d'après guerre, d'une certaine lecture de la phénoménologie qui a permis de réactiver un cartésianisme radicalisé. Cette hégémonie a empêché la France de rester en contact avec ce qui se passait ailleurs, mais cette insularité a été masquée par le succès que rencontraient à l'étranger un Derrida ou un Lyotard. La réalité, c'est qu'on a mis quarante ans à prendre connaissance de la philosophie analytique ! Du coup, nous avons pris beaucoup de retard.


Maintenant, le retard est comblé, que demandez-vous de plus ?


Le problème est qu'il se reproduit aujourd'hui dans le domaine des sciences cognitives. En France, ce terme, investi d'une nuance péjorative ou menaçante, désigne généralement une vision réductionniste de l'étude de la culture humaine. En réalité, il recouvre un mouvement très vaste à l'intérieur duquel les positions sont très diverses.


Faut-il que la France s'adonne aux délices du béhaviorisme, qui a pourtant réconcilié contre lui toutes les branches de la famille psychanalytique ?


Mais cela n'a rien à voir ! La révolution des sciences cognitives s'est faite contre le béhaviorisme et elle a permis la sortie du béhaviorisme. Ce qui caractérise les sciences cognitives, c'est qu'on ne s'intéresse plus seulement aux comportements, mais aussi aux processus mentaux sous-jacents.


Jean-Luc Marion est sans doute le représentant le plus « pur » de la tradition à laquelle vous vous opposez. Pouvez-vous résumer ce qui vous sépare de lui ?


La différence fondamentale entre nous tient au statut que nous accordons aux autres savoirs. La philosophie doit-elle se nourrir des autres connaissances humaines ou est-elle un mode de connaissance radicalement autonome qui peut se développer en se référant uniquement à ses propres traditions ? Pour ma part, je pense qu'une philosophie vivante doit être en dialogue avec les autres savoirs humains. Dans la conception de Marion, la philosophie a ses propres questions et ses propres outils pour y répondre. Résultat : c'est un dialogue de sourds dans la mesure où j'apporte des connaissances qui, de son point de vue, sont disqualifiées d'avance. La véritable question est celle de l'avenir de la philosophie en France. La tentation est forte pour elle de se replier sur ses fondamentaux.


Elle seule peut se permettre ce superbe isolement. La biologie ne peut pas ignorer ce que trouve la chimie. Seriez-vous en train de proclamer la fin de l'exception philosophique ?


Toute autre discipline se serait condamnée en se coupant des autres savoirs. Du reste, cette disjonction n'est apparue qu'au XIXe siècle. Il faut maintenant se demander si elle a bénéficié à la philosophie ou si elle l'a menée dans une impasse. Ce débat est toujours ouvert. Pour ma part, je plaide pour la réunification des sciences de l'homme et des sciences de la nature


« Autour de "La fin de l'exception humaine" » (Le Débat n° 152, novembre-décembre 2008, Gallimard). Articles de Pascal Engel, Jean-Luc Marion, Jean-Claude Quentel et Jean-Marie Schaeffer.


Des nombreuses analyses scientifiques consultées, aucune n’étant véritablement philosophique, il ressort que Jean-Marie Schaeffer propose d'en finir avec la « Thèse » affirmant la suprématie du sujet humain, et c’est pourquoi il entend le réintégrer dans la Nature, sans y voir pour autant celle-ci au sens spinoziste du terme, tel qu’il sera précisé par la suite. D’ici-là, notre conception commune de l'être humain, y compris celle des sciences humaines et sociales (de l'éthologie à la psychologie cognitive en passant par la sociologie et l’anthropologie), nous montre aujourd’hui que nous sommes des êtres vivants parmi d'autres êtres vivants et que l'unité de l'humanité est celle d'une espèce.


Pourtant, à ce constat désormais incontestable, les sciences humaines et sociales opposent néanmoins la thèse de l’exception humaine, selon laquelle, dans son essence propre, l’homme transcende à la fois la réalité des autres formes de vie et sa propre « naturalité ». Le sociologue tient que cette transcendance se situe dans la société, par essence « antinaturelle », l’anthropologue affirme que seule la « culture » (la création de systèmes symboliques) constitue le propre de l’homme, et la thèse de l’exception humaine est une vision du monde, à préciser néanmoins sous l’angle véritablement philosophique.


En effet, Spinoza affirmait déjà en son temps que l’homme n'est pas dans la nature comme « un empire dans un empire » Pourtant, c'est toujours ainsi peu ou prou que les sciences humaines et la philosophie dans leur grande majorité le considèrent. L'homme serait un être à part que la conscience, la société ou la culture ­arrache à la nature. C'est cette thèse que le philosophe Jean-Marie Schaeffer entend pourfendre dans son livre dont le titre sonne comme un mot d'ordre : la fin de l'exception humaine.


A SUIVRE…

[Les éventuels défauts de présentation sont indépendants de ma volonté]

                                      

Dans un entretien accordé à Elisabeth Lévy et publié dans le n°1913 de l’hebdomadaire Le Point du 14 mai 2009, le neurobiologiste Yves Christen commente son récent livre « L’animal est-il une personne ? », en répondant aux demandes de précision de la journaliste.

 

Toutefois, certaines réponses ne me paraissant pas aller strictement dans le sens de LA Vérité, principalement sur la distinction radicale à opérer entre philosophie et science, scientisme plus exactement, m’ont inspiré les réflexions ci-après. Cependant, avant de les exposer, faute d’avoir eu envie de lire le livre, je n’ai pas manqué de m’informer du contenu de l’ouvrage pour juger de la pertinence de sa publication. Je mets donc à la disposition de chacun un résumé de l’ouvrage, la retranscription intégrale de la vidéo où Yves Christen justifie l’objet de son travail, et le commentaire d’Alain Romestaing, maître de conférences en Littérature française à l’IUT Paris Descartes.

 

Résumé :

 

« Longtemps nous avons considéré les animaux comme ceux que la nature avait privés des qualités que nous, les humains, possédons : l'aptitude à raisonner, apprendre, communiquer, s'adapter, décoder, transmettre, enseigner, progresser...

 

Les travaux scientifiques ont pulvérisé cette idée reçue, et depuis la dernière décennie, ils nous surprennent encore plus. Qui sont vraiment les animaux ? On les savait joueurs, blagueurs, rieurs, féroces parfois ; on les découvre tricheurs, menteurs, trompeurs, mais aussi aimants, mélancoliques ou encore émotifs, stratèges, sensibles aux intentions d'autrui, capables de respecter une morale ou d'élaborer une culture.

 

La très grande ingéniosité des tests et l'extraordinaire diversité des observations scientifiques (éthologie, génétique, psychologie, zoologie, primatologie, neurosciences) nous révèlent les facettes de l'intelligence et de l'identité animales, et prouvent l'absurdité qu'il y a à réduire les compétences de la bête à la seule force de son instinct. Car en dépit des caractéristiques qui fondent l'homogénéité de son espèce, chaque animal est un individu à part entière, un être social unique, complexe, et par là même un sujet de droit.

Des singes aux léopards, des éléphants aux antilopes, des baleines aux dauphins, l'auteur nous propose une approche de l'altérité qui apporte beaucoup au débat sur l'exploitation et la manipulation animales. Un plaidoyer fort documenté en faveur de la personne animale. »

 

Vidéo :

 

« Il me semble que nous vivons une époque très singulière sur le plan de notre relation à l’animal. Je veux dire par-là que, d’une part, l’homme de la rue en quelque sorte, découvre que l’animal est un être intéressant auquel il s’attache, alors qu’avant il ne s’y attachait pas, et, en même temps, ce qui m’a intéressé le plus et qui justifie la publication de cet ouvrage, c’est le fait que la science découvre au sujet de l’animal, au sujet des animaux il faudrait dire, un certain nombre de facettes, un certain nombre de composantes de leurs talents, que nous ignorions complètement jadis

 

Beaucoup d’animaux, pas seulement les grands singes, utilisent des outils, dans la nature ou en captivité, les animaux ont des comportements que nous considèrerions comme moraux ; par exemple, un animal peut souffrir en regardant un autre animal souffrir, il peut même accepter de ne pas se nourrir plutôt que d’infliger une souffrance à un autre animal. Un animal peut avoir le sens de la justice, et, s’il estime qu’une situation n’est pas équitable, il acceptera de perdre un certain bénéfice plutôt que de continuer à jouer le jeu dans le cadre d’une recherche.

 

Sur le plan des relations sociales, il est clair que les animaux vivent dans des systèmes sociaux extrêmement complexes, qui sont à peu près aussi compliqués que les systèmes sociaux que nous connaissons dans l’espèce humaine. Si on prend le langage, qui est souvent considéré comme le privilège de l’espèce humaine, on observe que les animaux  comme le Bono boukandi ( ?) sont capables de comprendre ce qu’on leur dit, en anglais, et d’y répondre par des moyens autres, en utilisant un key board, un tableau de bord, mais aussi un perroquet, comme Alex, est capable de comprendre ce qu’on lui dit en anglais, et de répondre, lui, en parlant anglais également.

 

On voit à travers ces exemples, et il y en a beaucoup, beaucoup d’autres, que tous ces fameux « propres » de l’homme, toutes ces fameuses caractéristiques qui étaient censées montrer qu’existait entre eux et nous un fossé extraordinaire, disparaissent. Et, effectivement, quand on prend conscience de cela, on se rend compte que l’animal est une « autre » personne, c’est quelqu’un qui a une personnalité, c’est quelqu’un qui a une richesse intérieure, et je pense que notre relation à lui ne peut pas ne pas tenir compte de ce paramètre.

 

Il est une autre chose qui m’est apparue, à la fois à travers l’étude de la littérature scientifique, mais aussi à travers mes propres expériences avec les animaux, notamment dans la nature et notamment en Afrique, en particulier avec les léopards, puisque j’ai consacré beaucoup d’heures de ma vie à observer et étudier les léopards. Cette chose là, c’est le fait que chaque animal diffère de l’autre sur la base de  leur individualité ; chaque individu est différent de l’autre, mais vous savez, « ça » a pris beaucoup de temps pour s’en apercevoir.

 

Lorsque Jane Goodall, qui est l’icône de la recherche sur les grands singes, a publié ses premiers articles sur les chimpanzés, elle avait utilisé, en anglais, les mots « he » et « she » pour dire il et elle, n’est-ce pas, et un des referees lui a reproché ; on ne doit pas dire he et she, on doit dire « it », et d’autre part il a estimé qu’on ne devait pas donner des noms d’individus aux singes.

 

Et d’autre part, dans le système social de ces animaux, chaque individu occupe une position particulière, exprimant la place d’une personne dans son réseau social, et si je lève cette personne, parce que je la déplace, ou pour toute autre raison, elle va venir à manquer aux autres membres de son réseau social, elle va venir à manquer à ceux qui l’aiment, qui l’apprécient, d’une certaine manière à ses ennemis aussi, qui seront en quelque sorte perturbés par son absence. Elle n’est pas un numéro parmi d’autres, elle n’est pas un numéro que l’on peut changer par un autre numéro, elle est une personne individuelle bien précise.

 

Nous devons traiter les animaux sur la base, non pas de leur appartenance à une espèce, à un groupe, mais sur la base de leur individualité propre. Et, si nous faisons cette opération, qui est une ouverture sur ce que les philosophes appellent l’ « altérité », la reconnaissance de l’autre, la reconnaissance du fait que l’autre a un monde intérieur, un univers mental propre, si nous faisons cette opération, bien entendu nous sommes amenés à conclure que, dans notre relation à l’autre, qui est une personne animale, nous avons des droits, nous avons des obligations, et ce problème est important dans tous les domaines, y compris dans le domaine de la recherche scientifique.

 

Qu’une chose soit claire en ce qui me concerne, je considère que la recherche de la reconnaissance, ce que j’appelle l’éthique de la connaissance » est une des grandes valeurs humaines, c’est une des choses essentielles, et je pense que nous avons le droit et le devoir de nous impliquer dans cette quête de recherche de la connaissance. Pour autant, et y compris par la voie de l’expérience animale,  et par la voie de la recherche sur l’homme, si nous avons ce droit parce qu’il est rattaché à cette grande valeur de la recherche du savoir, et parce que nous avons aussi cette obligation de ne pas faire n’importe quoi ; et exactement comme pour la recherche sur l’homme, il n’est pas question d’expérimenter de n’importe quelle manière,  et je pense que de la même façon on doit avoir la préoccupation similaire dans nos travaux sur l’animal, et on doit aussi offrir aux animaux des conditions de vie décentes.

 

Mais vous savez que c’est une préoccupation de plus en plus grande, puisque, aujourd’hui,  dans plusieurs pays du monde, on estime qu’il est important, essentiel, obligatoire, d’accorder aux grands singes, aux chimpanzés en particulier, qui ont servi la recherche, des conditions de vie honorables, de retraite exactement comme pour les humains, quand ils viennent à accéder au stade de la retraite. Mon livre ambitionne, à la fois, de faire le point sur l’ensemble des connaissances scientifiques qui permettent de jeter un autre regard sur l’animal, un regard enrichi par  un savoir qui est encore parcellaire, mais il est à parier que ce qu’on va apprendre dans les mois et les années à venir sera plus fantastique encore

 

Et à cette approche, qui est directement le fruit de la recherche, s’ajoute une préoccupation qui est de l’ordre de la recherche philosophique ; nous avons l’obligation, en quelque sorte, de découvrir dans l’esprit de cet « autre », qui est l’autre par excellence, l’autre qui est un « vrai autre », qui est encore plus autre que l’ « autre » humain bien entendu. Nous avons l’obligation d’aller chercher, en quelque sorte, ce qui nourrit son esprit, et si nous faisons cette opération, il est fort à parier que nous apprendrons beaucoup sur cet « autre » qui est l’animal, mais je crois que nous apprendrons beaucoup aussi sur nous-mêmes : le système fonctionne toujours comme un miroir, si j’apprends à mieux connaître l’autre, à mieux percevoir l’esprit de l’autre, en même temps j’arriverai mieux à me comprendre moi-même. »

 

Commentaire d’Alain Romestaing :

 

Yves Christen est à la fois un scientifique (biologiste spécialisé dans les domaines de la génétique et des neurosciences) et un vulgarisateur (il a été rédacteur en chef de la revue La Recherche et responsable de la rubrique scientifique du Figaro Magazine). Il a en outre introduit en France la sociobiologie (L’Heure de la sociobiologie, Albin Michel, 1979). Enfin, il s’est également fait connaître pour son intérêt à la fois scientifique et affectif pour des léopards dans Le Peuple léopard, Tugwaan et les siens (Michalon, 2000).

 

Toutes ces caractéristiques nourrissent son dernier ouvrage, L’Animal est-il une personne ?, qui est une somme passionnée et passionnante sur l’état des connaissances scientifiques (éthologie, génétique, neurosciences, primatologie, zoologie…) concernant des qualités découvertes chez les animaux (léopards donc, mais aussi éléphants ou baleines, araignées sauteuses ou labres nettoyeurs, chimpanzés, bonobos, gorilles, chiens, chèvres, corbeaux…) alors même qu’elles ont été ou sont encore désignées comme des «propres» de l’homme. L’auteur opère donc une vaste récapitulation des données concernant ce qui est censé faire défaut aux animaux (la deuxième partie énumère ces supposés manques : de raison, de socialité, d’émotion, de langage, de «théorie de l’esprit» c'est-à-dire de l’aptitude de se mettre mentalement à la place d’un autre, de culture...) ou ce que les humains sont censés avoir en plus (la troisième partie s’attaque à l’anthropocentrisme et à l’idée d’une supériorité génétique, cérébrale, ou en matière de liberté, de droits).


Cette double récapitulation est encadrée par une première partie en guise d’introduction (à moins que celle-ci ne se réduise au très court prologue sur l’ambivalence du mot «personne» entre «autoglorification» et «insignifiance») et une dernière partie synthétisant les apports des études précédemment décrites pour (continuer de) répondre à la question de l’ouvrage telle qu’elle est modulée par le prologue : «personne ou personne ?» La problématique n’est donc pas très rigoureusement définie, au prétexte que l’auteur «confesse un bien piètre goût pour les discussions sans fin sur» le sens précis du mot «personne» ! Citant le biologiste moléculaire Francis Crick, Yves Christen pense qu’on «ne gagne pas de bataille en débattant à perte de vue sur ce qu’on entend par le mot bataille» (pp.19-20). C’est là quasiment une clé méthodologique : de l’action et des faits ! Si la première partie dit clairement ce que l’auteur entend par «personne animale», elle insiste surtout sur le constat d’une nouvelle attitude à la fois scientifique et populaire par rapport aux animaux, se caractérisant par une plus grande sensibilité, voire par de l’amour (p.17), et sur l’enjeu intellectuel de ce changement : «la relation à ces autres vivants mérite de nouvelles analyses, qui les prennent en compte en tant que sujets» (p.19). De même, les enjeux éthiques précis concernant la reconnaissance du statut de personne animale seront régulièrement abordés et développés, notamment à propos de l’expérimentation sur les animaux ou de leurs droits…


En d’autres termes, le titre de l’ouvrage est une interrogation oratoire plus qu’une question soulevant une problématique : Yves Christen répond par l’affirmative dès le début. L’objet du livre est bien davantage de montrer comment «l’approche scientifique et expérimentale», notamment de ces dernières années, «semble ruiner l’absurde vision de l’insignifiance de la bête» (prologue). À partir de là, le livre est en effet un impressionnant recensement des observations, expérimentations, découvertes permettant de dépasser la pauvreté de la notion d’instinct quand on parle des comportements animaux, recensement dont se dégagent les positions épistémologiques actuelles, les polémiques, et même certains changements dans les a priori des scientifiques : l’auteur, en historien des sciences, fait malicieusement remarquer que les expérimentateurs toujours soucieux de se démarquer du sens commun découvrent que les animaux nous comprennent, mais avec une réticence telle qu’«on se demande si certains expérimentateurs d’aujourd’hui […] n’auraient pas a priori tendance à favoriser l’hypothèse d’une compétence mathématique plutôt que celle d’une captation de la pensée d’autrui» (p.183) !


Ce genre de remarque fondée sur une connaissance à la fois intellectuelle et concrète du monde scientifique fait souvent le sel d’un essai au ton très personnel : l’auteur n’hésite pas à nous présenter des personnes, qu’il s’agisse d’évoquer le divorce d’un couple de chercheurs et du changement consécutif de leurs objets de recherche (p.112) ou de plaisanter sur l’apparence d’un collègue («Sapolsky est un drôle de chercheur. Allure de hippie de la bonne époque, mais rien à voir avec un marginal. Il enseigne à Stanford […]», p.265). De même, il racontera son vécu, ses rencontres, sa position par rapport aux animaux («faire une personne [de la bête] ne revient pas à la considérer comme une personne humaine», p.410) ou par rapport à l’expérimentation animale (on ne peut y renoncer mais il faut la soumettre à l’inconfort d’une réflexion éthique «en situation complexe», p.411). Enfin il expose sa conviction intime, «contre l’avis de la plupart des spécialistes», «que la théorie de l’esprit comme la conscience doivent être largement répandues dans le monde vivant» (p.179).


Cette dimension personnelle du livre et la conscience de «l’évolution de notre sensibilité et de nos représentations médiatisées de l’animal» auraient pu permettre, cependant, plus de compréhension sur les certitudes anciennes, fussent-elles philosophiques et fondées sur un humanisme ayant «placé l’homme sur un piédestal en vertu de l’ignorance des époques passées» (p.412). Descartes en effet, coupable d’avoir réduit l’animal à une machine (et bien qu’il ait contribué à fonder la démarche scientifique moderne au nom de laquelle Yves Christen le condamne), en prend pour son grade, ainsi que nombre de philosophes de la singularité humaine, de Heidegger à Luc Ferry. De manière plus générale, il est dommage que les sciences humaines soient négligées, notamment quand il s’agit de se poser la question de la vie sociale des animaux (chap. 5), l’auteur réduisant le débat sur la question à ce qu’il présente comme un dialogue de sourds entre lui et Antoine Spire sur France Culture (p.80). On peut s’étonner notamment de l’absence de toute référence au travail de Jean-Marie Schaeffer (La Fin de l’exception humaine, Gallimard, 2007) dont le discours critique concernant la thèse de la singularité de l’être humain prévalant encore dans les sciences humaines émane donc de ces mêmes sciences humaines et rencontre bien des analyses d’Yves Christen ! Mais ce dernier, répugnant, comme on l’a vu, «aux discussions sans fin», préfère par tempérament et par formation s’appuyer sur des «savoirs certes encore fragmentaires, mais objectifs», reposant sur «des découvertes empiriques menées dans la nature et en laboratoire» (p.412).


On ne saurait trop lui en vouloir, ces savoirs étant présentés avec clarté, précision et vivacité et mis en perspective aussi bien par rapport à l’histoire des sciences de l’animal que par rapport au futur : de façon assez surprenante (et peut-être un peu contre-productive du point de vue de l’argumentation en faveur de la personne animale), Yves Christen établit un court rapprochement final entre «le mouvement de personnalisation» concernant les animaux et l’autonomisation des robots conçus selon le «modèle des vivants fabriqués par la sélection naturelle» (p.408). Il se projette même dans le dernier chapitre en pleine science-fiction. L’expérience du Néerlandais Willie Smits qui a mis des Webcams à la disposition des grands singes dont il s’occupe conduit en effet l’auteur à imaginer que «demain tous les orangs du monde […] se trouvent interconnectés et échangent des idées» (p.413). Alors, on ne pourra plus douter «qu’il faille les traiter comme des personnes» ! Mais alors, il ne s’agit plus d’objectivité scientifique : «à force de […] pousser [cette «grosse pierre au sommet d’une colline» que sont le livre de Christen et l’initiative de Willie Smits], à coup sûr elle va dégringoler la pente. Nul ne sait où elle aboutira, mais quelque chose va se passer qu’il ne sera pas possible d’interrompre» (p.414).


Peut-être n’est-il pas si mal que des philosophes, des sociologues, des écrivains ou des psychologues continuent de penser la singularité de la personne humaine aussi bien que celle de la personne animale…


Alain Romestaing (Mis en ligne le 22/07/2009)

 

Outre les critiques émanant de quelqu’un qui a lu et analysé le livre d’Yves Christen, ma première remarque est pour souligner que l’auteur oppose une vision scientifique de l’animal, donc éclairée, à celle d’un magma populaire indifférencié, dont on voudrait qu’il soit, non seulement unanime, mais stupidement arriéré dans sa conception de l’animal en général, ainsi que l’atteste le premier paragraphe du résumé : 

 

« Longtemps nous avons considéré les animaux comme ceux que la nature avait privés des qualités que nous, les humains, possédons : l'aptitude à raisonner, apprendre, communiquer, s'adapter, décoder, transmettre, enseigner, progresser... ».

 

Or, comme toute généralisation, elle ne vaut que ce que vaut la parole de son auteur, et c’est oublier un peu vite tous ceux qui l’ont précédé sur le plan scientifique, à l’exemple de Maurice Maeterlinck, auteur de livres sur les sociétés animales en général, et sur les abeilles, les termites et les fourmis en particulier, puisqu’il va même jusqu’à reconnaître aux animaux une possibilité d’évolution, au sens de constante adaptation à leur milieu, autrement dit leur capacité à transformer leur monde spécifique.

 

Et c’est pourquoi, bien avant Yves Christen, Maeterlinck leur avait-t-il accordé de ne pas être de simples automates agissant uniquement par instinct, mais des êtres disposant d’un penser, d’une intelligence, tandis que Christen avoue humblement à Elisabeth Lévy : « Ma propre réflexion sur la personnalité animale a mis bien des années à se préciser. J’ai toujours aimé les animaux, j’en ai aussi manipulé, mais je ne les avais jamais vus comme des personnes. C’est le résultat d’une longue maturation. » 

 

Par ailleurs, je ne pense pas que le premier dompteur de lions, de tigres, etc. venu, ou bien un quelconque éleveur d’animaux domestiques, voire le simple possesseur de plusieurs animaux de compagnie, puisse douter du fait qu’ils ne sont pas interchangeables au point, comme le dénonce Christen, qu’un numéro pourrait en remplacer un autre. L’observation suffit à montrer que chaque animal possède sa propre personnalité, son propre univers mental qui le distingue de son congénère, mais ceci est surtout facile à mettre en évidence chez les mammifères, donc des animaux très proches de l’homme. Même si Romestaing mentionne les araignées sauteuses et les labres nettoyeurs, dont a sûrement parlé Christen, c’est certainement beaucoup plus compliqué de distinguer l’ « autre », l’unique, lorsqu’il s’agit de méduses, de fourmis, de termites, d’abeilles, etc., etc.

 

Quoi qu’il en soit, Christen ne peut nullement reprocher collectivement aux humains, mais seulement à des enfants en bas âge, à des êtres particulièrement frustes, voire à un scientifique pas encore abouti, de méconnaître que l’animal est doté d’un penser spécifique, comme je le préciserai sur fondement philosophique, et de-là sûrement des différences d’un individu, d’une « personne », à l’autre. Par contre, bien qu’il s’en défende devant Elisabeth Lévy, l’anthropomorphisme, consistant à considérer les animaux à travers notre propre prisme humain, est indiscutable chez lui, fut-il appuyé sur la sociobiologie. En effet, cette branche récente de la science, censée permettre d’expliquer un certain nombre de comportements sociaux, emprunte au darwinisme, donc à l’évolutionnisme, et à notre « gène » contemporain.

 

Je n’entends pas établir ici la fausseté de la théorie de l’évolution, car la suite y pourvoira, mais Christen déclare sans ambiguïté que « la sociobiologie, c’est l’application du darwinisme aux comportements sociaux » - si ceci n’est pas faire de l’homme « la mesure de toutes choses », comment distinguer avec l’anthropomorphisme ? ! Pour ce qui est du gène, je renvoie au livre de Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonigo, Ni dieu ni gène, car il permet de mesurer la quête sans fin du scientisme sur un hypothétique « commencement » censé tout expliquer à propos de notre monde et de nous-mêmes.

 

Non seulement Christen tombe dans l’anthropomorphisme, mais, tout en s’en défendant également, il n’échappe même pas à l’anthropocentrisme le plus primaire, celui qui place l’Homme au sommet de la chaîne évolutionniste – tant qu’à être juge et partie, pourquoi se gêner ? -, puisqu’il déclare dans le Point : « Encore une fois, je ne doute pas que nous soyons plus intelligents que les animaux. »

 

D’autres propos tenus ici et là par Christen prêtent également à sourire, et d’abord celui de la prétendue compréhension de l’anglais par le perroquet Alex, a fortiori sa réponse dans la même langue. Il doit sûrement oublier qu’il s’agit d’un oiseau imitant la parole humaine, et qui répondrait donc tout aussi bien en n’importe quelle autre langue. Hormis la réponse, d’ailleurs, il en va tout aussi bien du premier chien venu obéissant aux ordres de son maître. Ainsi Christen ne semble pas s’étonner de constater que ce même chien élevé en France, en Allemagne, en Russie ou en Chine, etc., comprendrait tout aussi bien le français, l’allemand, le russe, le chinois, etc. Pour le coup, notre prétendue supériorité serait diablement mise à mal, vu qu’aucun humain n’est en mesure de comprendre tous les langages du monde, comme le chien, par exemple, serait censé le faire. Toutefois, je n’entre pas ici dans l’explication cohérente, et non fantaisiste, donnée par Brunner à cette question.

 

C’est également pousser un peu loin le bouchon de l’anthropomorphisme que de parler du comportement moral de l’animal, quand on voit ce qu’il est en est, en réalité, de celui de l’homme ; et le premier pigeon venu, par exemple, témoigne lui aussi de son désir « égoïste » de conserver son existence, dès qu’un congénère vient picorer sur son sable – alors, sa morale ! Quant à justifier leur sens moral en prétendant qu’il pourrait conduire des animaux jusqu’à ne pas accepter de se nourrir plutôt que d’infliger une souffrance à un autre animal, c’est à se demander pourquoi le lion dévore la gazelle, sans demander à celle qui en réchapperait si elle a souffert ou non des crocs du lion sur sa pelure.

 

Quant au prétendu sens de la justice chez les animaux, évoqué par ce propos de Christen : « s’il estime qu’une situation n’est pas équitable, il acceptera de perdre un certain bénéfice plutôt que de continuer à jouer le jeu dans le cadre d’une recherche », on ne peut vraiment pas dire qu’elle existe davantage dans les sociétés animales que dans la nôtre. Et si quelqu’un en doutait, je lui conseillerais d’aller assister au repas des gorilles, au zoo de Plaisance-du-Touch à proximité de Toulouse, pour mesurer à quel point l’ordre hiérarchique y est strict, et de surcroît sévèrement appliqué – et apparemment, aucun ne semble faire semblant de toucher à la nourriture avant le chef !


Après avoir souri, je ne peux manquer de terminer sur un franc éclat de rire, lorsque Christen parle du droit des animaux, et donc notre obligation, à une retraite pour eux. Dans un temps, où on ne sait pas comment payer celle des salariés, sauf à les faire travailler jusqu'à soixante-dix ans, quelle solution va-t-il imaginer pour une retraite animale institutionnalisée, et concrètement sous quelle forme ? Si ce n'est pas là le comble de l'anthropomorphisme, qu'est-ce donc ? !

Pour conclure, le scientisme relatif aux animaux se caractérise donc bien par l’anthropomorphisme et l’anthropocentrisme, qui font fi de la « vraie » philosophie. Celle-ci, en effet, se garde bien de faire de l’homme la mesure de toutes choses, puisqu’elle reconnaît, sans jugement hiérarchique, que « omnia animata », TOUT pense, mais pas à la manière du penser humain. Et là, TOUT entendement particulier ne fait qu’UN avec son monde spécifique, tel qu’énoncé par Spinoza dans la proposition VII de Éthique II, qui peut aussi se lire ainsi : « L’ordre et la connexion des choses ne font qu’un avec l’ordre et la connexion des idées. » - et vice-versa !

 

Ainsi nous ne saurons « réellement jamais RIEN » des infinis mondes infinis, qui coexistent avec le nôtre sans le savoir – hormis pour notre anthropomorphisme, évidemment ! Et ce n’est pas le « Souverain Bien », à savoir la Métaphysique de Descartes et de Kant, qui réunira la « vraie » philosophie et la science pour donner quelque chose de ferme à cette dernière, car il s’agit de deux facultés différentes de notre entendement ! ! !

 

 

 

 

 

 

 

 

                           

L'article reproduit ci-après et publié dans Le Monde du 26 juin, sous le titre « Illusion perdue », me donne une excellente occasion de rappeler mon incessante dénonciation du catéchisme soi-disant universel contemporain, ou Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948.

 

En effet, malgré le constant rappel à ses prescriptions par les « vertueux » zélateurs de l'époque, la planète entière ne cesse de faire la preuve de son inapplication réellement universelle - précisément depuis 1948, l'ère du stalinisme encore triomphant pour de très nombreuses années !

 

Ce n'est sûrement pas sans raison, d'ailleurs, qu'en dépit de sa prétention universelle affichée, cette déclaration n'avait été adoptée, en son temps, que par quarante-huit Etats sur les deux cents que compte approximativement notre monde d'aujourd'hui.

 

Je suis d'autant plus à l'aise pour dénoncer ce nouveau catéchisme, malgré ses louables intentions, que je n'ai eu de cesse depuis plus de dix ans de montrer, voire de démontrer, à nos soi-disant « élites, tous milieux confondus [Médias, politiques, intelligentsia (prétendus intellectuels ou pseudo-philosophes) et associations moralisatrices à sens unique], que, dans notre monde où TOUT est relatif, RIEN ne peut être absolu, et a fortiori prétendre exprimer l'Absolu, LA Vérité absolue - sauf à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !

 

A ce jour, j'attends toujours les réfutations, a fortiori les démonstrations contraires, de l'une ou l'autre des soi-disant élites médiatisées nommément dénoncées, parmi lesquelles je peux au moins mentionner Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy - deux présidents de la République, excusez du peu ! -, dont mes lettres ont été publiées, ici, en leur temps, sans oublier ma lettre du 27 novembre dernier à Ramatoulaye Yade-Zimet, adressée en envoi recommandé avec accusé de réception, qui avait pour objet tout aussi sans ambiguïté « Droits de l'homme et "débilité intellectuelle" ».

 

En effet, fonctionner sur la Foi, c'est-à-dire sur la « croyance au miracle », n'est pas la meilleure manière d'utiliser la Raison. Le quotidien Le Monde ne pouvait donc mieux faire, malgré ses regrets tardifs, qu'utiliser le mot « illusion » pour reconnaître qu'il était tombé dedans à pieds joints ; et pire, il les a fait mensongèrement partager à tous les « croyants au miracle » depuis soixante ans - mais ne croyez pas pour autant qu'il va cesser de le faire, car c'est trop « juteux » de condamner moralement les Autres, fut-ce sur des illusions, du vent, en somme ! ! !

 

Toutefois, il n'en va pas autrement de France Culture, ce média à usage des élites précisément, dont ma lettre du 15 janvier dernier était pourtant intitulée sans ambages, « "Religion des droits de l'homme" et autres "croyances au miracle" »- or, non seulement France Culture ne répond pas aux accusations démontrées, mais cette radio élitiste, paraît-il, continue imperturbablement à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde !

 

Par ailleurs, le grand ordonnateur des prétendus Bien et Mal absolus sur Terre, celui qui dit tout et son contraire, Bernard-Henri Lévy en l'occurrence, n'est pas en reste de lâcheté et de malhonnêteté intellectuelles sur cette question comme sur bien d'autres, ainsi que le confirme l'abondant courrier adressé en vain depuis le 30 mai 2000 jusqu'au 19 mai 2008, et toujours sans réponse à ce jour - fut-il expédié en envoi recommandé avec accusé de réception !

 

En dépit du silence et du refus de débattre de ceux qui conditionnent l'opinion d'aujourd'hui, fut-ce de façon diamétralement opposée, j'affirme, et réaffirme, qu'aucun catéchisme, qu'il soit religieux, idéologique, etc., n'exprime, et n'exprimera jamais, rien d' « absolument absolu » dans ses commandements et ses interdits, ainsi que leur diversité et leur opposition suffisent à l'établir - lorsque deux vérités s'affrontent, ni l'une ni l'autre, en effet, ne saurait être absolue pour des raisons maintes fois explicitées ici ou là !

 

Tout catéchisme édicte donc seulement des règles «fictivement  absolues», absolutisées ; autrement dit, du contenu pensé « relatif » mensongèrement élevé à l'Idéal, ou fallacieusement érigé en absolu. C'est pourquoi même le catéchisme prétendument universel demeure, et demeurera toujours, à l'état de « vœux pieux », puisqu'il est définitivement impossible de transposer l'Idéal dans le quotidien - sauf encore à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !

 

Or, non seulement, ce catéchisme contemporain n'est en rien absolu, mais il n'est même pas « universel », et vous pourrez attendre longtemps qu'il le devienne. Ahmadinejad n'est pas une exception sur la planète, pas plus demain qu'aujourd'hui, et je peux donc certifier à tous les vivants de l'époque qu'ils ne verront pas, avant de mourir, l'adoption de ce catéchisme soi-disant universel par tous les Etats de la planète, comme j'en lance le défi à l'Onu elle-même.

 

Même renvoyée à cent ans, longévité maximale humaine sauf très rares exceptions, cette problématique adoption ne fait pas le moindre doute pour moi ; pas plus d'ailleurs, que l'autre «  Grande illusion » de notre époque prévoyant de stabiliser le climat de la planète, à notre guise, pour l'éternité - dans un monde, où TOUT est en perpétuel mouvement !

Certes, mes éventuels détracteurs, toujours prêts à croire au miracle, m'objecteront avec les frères Bogdanov que les humains vivront bientôt deux cent cinquante ans, grâce à un procédé permettant la régénérescence des cellules : DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN, à la saint Glinglin ! Et pourquoi pas aussi mille ans, après-demain, au point d'atteindre, de fil en aiguille, la vie éternelle seulement réservée jusqu'ici dans un imaginaire au-delà ? ! En tout cas, il faudra beaucoup de temps aux humains, et même mille ans n'y suffiraient pas, pour que leurs illusions de toutes sortes soient définitivement perdues ! ! !

 

Compte tenu de ce qui précède, et sauf arguments contraires dûment étayés intellectuellement et philosophiquement, l'époque aura montré sa « débilité intellectuelle » en croyant sans cesse au miracle, et pour en donner une preuve concrète bien réelle, je me réfère au dernier baromètre d'opinion de l'hebdomadaire Le Point, où Rama Yade obtenait « 68% » d'opinion favorable - il faut le faire, en défendant des balivernes, reconnues même par le quotidien Le Monde !

 

Et le comble pour celle qui défendait bec et ongles le catéchisme universel, comme l'atteste son hypocrite déclaration contre Mouammar Kadhafi, c'est que son dépit d'être rétrogradée au Secrétariat aux sports a même donné l'occasion d'établir qu'elle-même ne respecte pas les droits de l'Homme, précisément en matière de liberté d'expression.

 

En effet, au cours de son allocution officielle, lors de la passation de pouvoir, sa mesquinerie de « gamine trop gâtée », qui n'appréciait pas un commentaire d'Alain Duhamel évoquant sa rétrogradation aux sports, lui a demandé de « se taire » : un « Taisez-vous, Duhamel », qui n'est pas sans rappeler le « Taisez-vous, Elkabbach » du démocrate stalinien Georges Marchais en son temps - démocrate, au sens de « démocratie populaire » évidemment !

 

Or, un journaliste ainsi prié par un membre du gouvernement de tenir sa langue, ça ressemble à de la « censure » ! En fin de compte, et tout au moins en France,  les droits de l'Homme, à part bâillonner la liberté d'expression, ça sert à quoi en matière de liberté, d'égalité et de fraternité ? ! A en juger par le sort inégalitaire de la femme sur le continent africain et en terre d'islam, pas à grand-chose ! ! !

 

Pour terminer, si j'ai qualifiée d'hypocrite la vive déclaration de Rama Yade vis-à-vis du dictateur libyen, c'est au vu de son sourire enjôleur décoché lors de son arrivée à Tripoli avec Nicolas Sarkozy, le 24 juillet 2007, ainsi que l'illustre le cliché joint pour ceux qui peuvent techniquement le visionner. Rama Yade est bien loin, toutefois, de mériter seule l'accusation d'hypocrisie, car celle-ci concerne tous les égoïstes bienpensants, notamment tous ceux qui font l'opinion sur la seule base de leurs devises favorites : « Je suis vertueux, donc je condamne. » - à moins que ce ne soit l'inverse ! -, ou encore : « Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais » ! ! !

 

Annexe : I - Article du quotidien Le Monde

Illusion perdue

LE MONDE | 26.06.09

 

Le président de la République a mis fin, à l'occasion du remaniement ministériel, à une expérience inédite en Europe : le secrétariat d'Etat français aux droits de l'homme. Le premier ministre, François Fillon, s'en est expliqué sans ménagement, mercredi 24 juin, en concluant que ce poste était "très difficile" et "pas extrêmement efficace".


La création de ce portefeuille et, tout autant, le choix de le confier à
Rama Yade avaient été l'un des symboles du premier gouvernement Fillon. Cette initiative traduisait la volonté de Nicolas Sarkozy de se démarquer de son prédécesseur, Jacques Chirac, notamment sur la Russie de Vladimir Poutine ou sur le Darfour. Se plaçant "du côté des opprimés", le président nouvellement élu adressait ainsi, le 7 mai 2007, un signal très fort à "tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures : le devoir de la France est d'être à leurs côtés".


Bien sûr, les doutes n'ont pas manqué sur l'apparition d'un secrétariat d'Etat qui, faute d'homologues chez les partenaires de la France, peinerait à créer des synergies. De même, l'on s'est interrogé sur la capacité d'une novice à ce poste. Rama Yade est loin d'avoir démérité. Son succès médiatique et son choix de plusieurs thèmes-phares, comme le combat international pour la dépénalisation de l'homosexualité, lui ont permis d'exister et d'apporter un supplément d'âme à la diplomatie française.


Elle n'en a pas moins éprouvé l'étroitesse de ses marges de manœuvre : pour une déclaration fracassante à propos du "Guide" libyen, elle a été contrainte au silence, par exemple lors du déplacement, en avril 2008, de M. Sarkozy en Tunisie, où il jugea que "l'espace des libertés progresse" dans ce pays.


Surtout, au fil des mois, la "realpolitik", les intérêts économiques et les calculs stratégiques ont effacé les élans initiaux de M. Sarkozy. Les "200 000 morts en Tchétchénie" et les assassinats politiques en Russie ont été "oubliés" lors de ses déplacements à Moscou. Le voyage à Pékin, en août 2008, malgré l'absence d'améliorations au Tibet, fut un autre tournant. Le coup de grâce a ensuite été porté par
Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères, pour qui "il y a une contradiction permanente entre les droits de l'homme et la politique étrangère d'un Etat".


La suppression du secrétariat met peut-être fin à une contradiction, voire une hypocrisie, de l'Elysée. Mais, en le créant, la France s'était portée en pointe dans la défense, plus urgente que jamais, de droits dont l'universalité est contestée. Le signal envoyé aujourd'hui ressemble à une illusion perdue.


Article paru dans l'édition du 26.06.09


II - Lettre du 27 novembre 2008 à Rama Yade 

 

Le 27 novembre 2008

 

Objet :

« Droits de l'homme et "débilité intellectuelle" »

 

Madame Ramatoulaye Yade-Zimet

Secrétariat aux droits de l'homme

37, quai d'Orsay

75007 Paris

 

Madame,

 

Votre intervention devant un cénacle de faiseurs d'opinion parisiens bien-pensants, au cours de l'émission de Laurent Ruquier, On n'est pas couché, diffusée sur France 2 le 8 courant, me donne, non seulement l'occasion de vous rappeler ma lettre du 10 août 2007, toujours sans réponse à ce jour, mais de dénoncer, une fois de plus, les mensonges et les « croyances au miracle » sur lesquels continuent de fonctionner la collectivité humaine en général, et la société française en particulier.

 

Toutefois, contrairement à ma lettre du 18 septembre dernier à Nicolas Sarkozy, dont le récépissé postal constitue l'unique réponse à ce jour, je me borne à traiter ici de votre domaine spécifique, examiné sous l'angle plus étendu de la superstition moraliste sur laquelle se fondent les « droits de l'Homme ». Cette limitation du champ de la controverse est d'autant plus justifiée que la relecture du courrier précédent, toujours à votre disposition, confirme que tout vous avait déjà été exposé en matière de Superstition, au sens très précis d' « absolutisation du relatif » tel que donné à cette expression par le philosophe juif allemand Constantin Brunner (1862-1937).

 

Je vous rappelle néanmoins pour mémoire que l' « absolutisation du relatif », expression de notre penser superstitieux d'où proviennent tous les mensonges et toutes les « croyances au miracle » du monde, est un procédé intellectuellement malhonnête consistant à présenter comme absolu, comme réalité ou Vérité absolue, le contenu pensé dans et sur (à propos de) notre monde, un monde où TOUT n'est pourtant que relatif - sauf à vous-même ou à quiconque de démontrer le contraire, notamment en matière de droits de l'Homme ! ! !

 

Ce penser superstitieux - du seul fait d' « absolutiser le relatif » - s'exprime dans la religion, toutes religions confondues - monothéistes ou non -, dans la métaphysique [Doctrine matérialiste depuis notamment Aristote jusqu'au scientisme contemporain, positivistes inclus, et scolastique idéaliste, ou pseudo-philosophie spiritualiste de Descartes ou de Kant, entre autres « philosopheurs » avec leur Dieu-Créateur disposant d'un prétendu « libre arbitre »], dans l'idéologie, toutes les idéologies sans exception - illusion altermondialiste incluse -, et dans le moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA Morale : LAQUELLE ?], tous catéchismes réunis, y compris le catéchisme soi-disant universel contemporain, ou Déclaration universelle de 1948, dont seule l'inobservation est réellement universelle et son impuissance sempiternelle - sauf à vous-même ou à quiconque d'établir le contraire à l'aune de l'actualité de la planète, France incluse, et de son devenir durant les six décennies suivant la promulgation de son catéchisme pseudo universel !

 

Ainsi, compte tenu de ces considérations générales, qu'il ne vous est pas interdit de contester sur le fond, il s'avère que le titre de votre livre,  Les Droits de l'homme expliqués aux enfants de 7 à 77 ans, est particulièrement bienvenu pour assimiler la « croyance » aux droits de l'homme à la croyance au Père Noël, puisque même Jeane Kirkpatrick, militante des droits civiques, n'hésita pas, alors, à franchir ce pas en faisant le parallèle entre la Déclaration de 1948 et la lettre au Père Noël - des vœux pieux, qui se matérialisent par quelques « coups » ici et là, ainsi que par les inévitables « on doit », on « devrait », « il faut », il faudrait » et autres expressions du même acabit à jamais sempiternelles de toutes les promesses de croire pouvoir changer le monde !

 

Le problème est que la « croyance au miracle » en des droits de l'homme à l'avenir radieux ne concerne pas seulement des enfants de 7 ans, encore bien crédules, mais des adultes censés dotés de « RAISON » parmi lesquels nombre de chefs d'Etat et pléthore de faiseurs d'opinion publique dénoncés nommément dans le texte, Mensonges et lâcheté des élites, déjà annexé à mon précédent courrier.

 

A la réflexion, qu'il s'agisse seulement des droits fondamentaux de liberté et d'égalité, la Déclaration universelle de 1948, difficile à dépasser en promesses dans l'avenir le plus lointain, garantit tout simplement aux humains, d'aujourd'hui et de demain, de parvenir à transposer l'Idéal dans le quotidien en éradiquant les sempiternels maux de l'humanité, à commencer par ses divisions à l'infini ainsi que ses multiples formes de discrimination, et en établissant, de manière universelle et définitive : paix, justice, liberté, égalité et démocratie idéales - certes, DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, à la saint Glin-glin, ou si vous préférez « au bout du bout », selon votre expression, sur RMC Info, signifiant en clair : JAMAIS ! ! !    

 

« Croire » pouvoir transposer l'Idéal dans le quotidien, ou introduire l'Absolu dans le relatif, philosophiquement parlant, c'est le signe le plus manifeste de la « débilité intellectuelle » parvenue à son apogée !  Ainsi la débilité intellectuelle de l'époque, de toutes les époques, s'exprime en toute occasion, où la Foi affiche sa suprématie sur la Raison universelle des humains sans jamais démontrer la moindre de ses affirmations gratuites ou de ses vœux pieux. Elle exige seulement de « croire », et les humains d'aujourd'hui ne s'en privent pas, au point même que l'expression moyenâgeuse « credo, quia absurdum » est on ne peut plus vivace !

 

Votre entretien du 30 octobre dernier avec Roselyne Febvre sur France 24 suffit largement à l'illustrer avec ses multiples effets d'annonce, puisque les droits de l'homme, certes largement bafoués sur tout le continent africain plus qu'ailleurs, notamment en matière de discrimination sexiste, religieuse, homophobe et ethnique - un comble pour « nos » donneurs de leçons de morale, qui en proviennent ! -, mais ils le sont également en Europe, mais également en France où la liberté d'expression n'est qu'un leurre sous l'action de groupes communautaristes, dont les membres ne sont pourtant - forcément ! - ni plus ni moins irréprochables que les Autres, ce qui devrait les dispenser à jamais de faire la morale à la France et aux Français - sauf à vous, évidemment, d'établir le contraire ! ! !   

 

Et ils sont pourtant des centaines de millions de fous, de doux rêveurs,  à travers le monde, qui, au lieu de penser « vraiment », de réfléchir tout simplement, continuent à répéter leur litanie, à scander leurs slogans d'un monde nouveau, d'un autre monde, d'un monde meilleur, d'un monde juste, etc., tout comme ceux d'autrefois, mais certains d'aujourd'hui encore, processionnaient en s'imaginant que leurs rites et leurs prières pourraient faire tomber la pluie - les « religieux » du catéchisme universel, prêtres et fidèles confondus, en sont encore là dans leurs croyances au miracle !

 

Le pire est que, non seulement les droits de l'Homme n'ont aucune réalité dans leur pratique planétaire au quotidien, mais ils n'ont même pas de réalité absolue en théorie. En effet, aucun catéchisme du monde  n'exprime quoi que ce soit d'absolu, et pas davantage le catéchisme universel, comme suffit à l'établir une immense contradiction en matière de liberté d'expression dans ses articles 19 et 29 - sauf à vous de démontrer le contraire !

 

En réalité, le catéchisme des droits de l'homme est un concurrent direct des catéchismes religieux, et son « Dieu-Morale », qui a pris la relève du Dieu « trois-en-un » des religions monothéistes, sert surtout ici, aujourd'hui encore plus qu'hier, à dicter LA Morale, et en conséquence à faire culpabiliser les Autres pour le plus grand profit de toutes les communautés et associations moralisatrices à sens unique et adeptes du « deux poids, deux mesures », ce qui n'était pas le cas avant 1981 - sauf à quiconque d'établir le contraire, puisque vous n'êtes pas en mesure de juger personnellement d'une époque où l'identité nationale ne se déclinait pas en groupes communautaristes ethniques ou religieux bénéficiant de droits supplémentaires au nom de la « discrimination positive », et non au seul mérite de l'école républicaine, de la maternelle à l'Université !

 

Comme je crois avoir amplement établi dans ma lettre du 18 septembre dernier à Nicolas Sarkozy, arguments intellectuels et philosophiques à l'appui, les mensonges et les « croyances au miracle » de l'époque, je n'argumente pas davantage ici, mais je n'en attends pas moins vos éventuelles objections au contenu de ce courrier, pourvu qu'elles soient intellectuellement et philosophiquement étayées sur le fond.

 

Je ne peux m'empêcher toutefois de relever l'inexactitude de votre propos, incohérent au vu de la réalité mondiale d'aujourd'hui, puisque vous n'avez pas hésité à dire: « Sans les droits de l'homme, il n'y aurait pas eu l'abolition de l'esclavage ! » Certes, sur la promesse en papier des droits de l'homme de 1789 et de 1948, l'esclavage est théoriquement aboli, mais dans la réalité actuelle du terrain, il perdure sur le continent africain, ainsi que l'a établi Malek Chebel dans son ouvrage, L'esclavage en terre d'islam, publié par les Editions Fayard en 2007 - et vous ne pouviez pas l'ignorer !

 

C'est pourquoi, dans un monde où la Raison, et non la Foi, ferait la loi, une telle contradiction entre votre propos et la réalité du terrain suffirait à vous disqualifier dans votre fonction, au motif de vérité partielle et partisane ; certes, vous n'en avez pas l'exclusivité dans le monde politique - et pas seulement -, mais c'est tellement « juteux » de faire culpabiliser les Autres, individus et groupes individus, sans être soi-même « irréprochable » !

 

En résumé, ainsi que l'avenir le plus lointain ne pourra que le vérifier, en me donnant ainsi raison, j'affirme sans aucune ambiguïté que « RIEN », pas même le catéchisme universel contemporain, n'est en mesure de transposer l'Idéal dans le quotidien, de faire de notre monde un monde idéal, parfait, avec des humais à jamais imparfaits - sauf à vous ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !

 

Le « croire » possible, sans apporter jamais aucun argument contraire, c'est précisément le signe indéniable de la « débilité intellectuelle » de l'époque, fondée sur la Foi et non sur la Raison, comme votre embarras sur le plateau et de multiples contradictions continuelles entre la théorie, l'Idéal, et la pratique, la réalité quotidienne du monde, en sont l'illustration. Quant à le « faire croire » au moyen du catéchisme universel, c'est une « escroquerie » intellectuelle planétaire, qui manipule et trompe sciemment l'opinion mondiale.

 

En conséquence, vous ne pouvez pas vous dérober encore une fois, sauf à manifester par votre obstination dans le silence et le refus de débattre votre intention délibérée de continuer à colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde - ceux d'hier et d'aujourd'hui, mais également de demain s'ils perdurent !

 

Dans l'attente de vos éventuelles objections, intellectuellement et philosophiquement argumentées, je vous remercie de votre attention et vous prie d'agréer, Madame, mes salutations distinguées.

 

Annexe : Lettre du 18 septembre 2008 à Nicolas Sarkozy



III - Photo de
Rama Yade et Mouammar Kadhafi à Tripoli

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J'en termine sur le fond avec la religion en général par la remarque suivante : si quelqu'un me faisait observer que l'absolu, ce « quid immatériel » dont je parle, qui est à la fois idéal, éternel, infini, parfait et immuable, c'est ce qu'il nomme « Dieu », je lui répondrai que ça tombe bien : Spinoza aussi ! A l'énorme différence près, néanmoins, que le Dieu spinoziste, ou substance, n'a pas créé notre monde à la manière dont un artisan fabrique un objet, et qu'il ne dispose pas non plus d'un prétendu « libre arbitre », comme le soutiennent les « philosopheurs » Descartes et Kant.

 

En bonne logique, cette soi-disant libre volonté aurait même laissé le libre choix à leur Dieu de créer, ou non, notre monde, et c'est donc une chance que nous soyons là ! Son libre arbitre est censé permettre aussi  au Dieu de la Superstition d'intervenir, à sa guise, dans les affaires de notre monde, ainsi qu'ils sont des milliards à le croire - vous n'alliez quand même pas penser que leurs prières, leurs offrandes, leurs pèlerinages et autres actions de grâce étaient totalement désintéressées !

 

En tout cas, si ce Dieu superstitieux avait eu véritablement le « libre choix » de nous créer à sa guise, il faut en conclure que nous serions aussi parfaits que lui, puisqu'il a créé les humains à son image - paraît-il ! Hélas pour notre monde et pour nous, le Dieu, ou substance, spinoziste a produit « nécessairement » notre monde, et non par un acte libre de sa volonté, sans être toutefois « extérieurement » contraint à le faire. C'est pourquoi le Dieu spinoziste, bien qu'existant et agissant en vertu de la seule « nécessité » de sa nature, est libre, tandis que nous sommes constamment déterminés par l'enchaînement infini de l'infinité des causes et des effets - conséquence du mouvement universel perpétuel -, et non par l'action d'un Dieu agissant selon sa libre volonté - sinon ce ne serait sûrement pas la pétaudière sur Terre, sauf à admettre l'impuissance de Dieu lui-même !

 

En conclusion sur la religion, il demeure que le dualisme religieux « créateur-création » implique la coexistence de « deux » absolus, ce qui est précisément la manifestation du penser superstitieux humain - sauf à Barack Obama, évidemment, ainsi qu'à tous nos « philosopheurs » nationaux contemporains, qu'ils soient adeptes du matérialisme ou de l'idéalisme, de démontrer le contraire. Toutefois, j'attends encore l'argumentation des prétendus intellectuels et pseudo-philosophes suivants pour apporter une contradiction d'ordre philosophique à la pensée de Spinoza et de Brunner : Abdelwahab Meddeb, Alain Finkielkraut, André Comte-Sponville, André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Clément Rosset, Jean-Didier Vincent, Jean-Jacques Rosat, Luc Ferry, Malek Chebel, Marcel Gauchet, Maurice T. Maschino, Michel Onfray, Nicolas Tenzer, Pierre-François Moreau, Régis Debray, Robert Redeker et Roger-Pol Droit.

 

Leur silence et leur refus de débattre sur le fond, outre qu'ils justifient mon accusation de colporter les mensonges et les « croyances au miracle » du monde, les décrédibilisent à jamais dans leurs condamnations moralisatrices, puisque celles-ci se fondent seulement sur leurs croyances superstitieuses de la religion, de l'idéologie et du moralisme, sauf à ces « faux » penseurs, évidemment, d'apporter la preuve du contraire - or, même celle-ci est aussi renvoyée à DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN ! ! !

 

Il n'est pas plus acceptable pour autant que le président de la plus grande puissance mondiale fasse un discours, à vocation planétaire, en faveur d'une religion particulière, sans jamais montrer où le bât blesse avec l'islam ; et c'est pourquoi je parle d'apologie, là où « to apologize » serait plus approprié. En effet, parler de l'islam, et oublier de mentionner la sharia, le djihad et la fatwa, toujours d'actualité, la lapidation des femmes adultères, la pendaison d'homosexuels, les châtiments corporels inhumains (flagellation sanglante, amputation de la main,  entre autres), tout en citant le « saint Coran », à deux reprises, n'est pas la manière la plus honnête, intellectuellement parlant, d'évoquer les commandements et les interdits du Livre musulman. Il n'est pas moins que les autres une véritable « auberge espagnole » dans les contradictions de ses sourates et de ses versets, puisque même la « sainte Bible » - dixit Obama ! - n'en est pas exempte !

 

S'imaginer, de surcroît, qu'un discours planétaire, même de la part d'un président américain, suffirait à amender des pratiques d'un autre âge, c'est faire preuve de beaucoup de naïveté, mais aussi de cacophonie quand on est engagé dans des guerres contre des musulmans, lesquels, fussent-ils appelés « intégristes », n'en sont pas moins de fidèles croyants du Dieu du « saint Coran » - et d'autant que même le Christ se disait incapable de distinguer le bon grain de l'ivraie ! Par ailleurs, je ne suis pas certain qu'Allah désapprouverait cette ardeur dans la foi en lui ! ! !

 

Pour terminer sur le plan politicien, comme sa fonction m'y oblige, Barack Obama s'est bien gardé, dans sa tentative de donner à la planète une autre image de l'islam, de parler des massacres entre des chiites et des sunnites se réclamant pourtant de cette soi-disant religion de paix et de tolérance, mais s'entretuant pour une sombre question d'héritage, pas plus qu'il n'a évoqué les atrocités sans nom commises au Darfour par les cavaliers jenjawis musulmans, voire le sort réservé aux chrétiens dans certains pays musulmans, et non des moindres, entre autre.

 

Barack Obama vous a « niqués », car il était bien content, au moment opportun, de laisser croire tout ce qui se colportait dans l' « Obamania » d'alors, puisque seule sa possible élection l'intéressait, égoïsme humain oblige, ce que je serais bien le dernier à lui reprocher. Je n'en prédis pas moins que les quatre années à venir laisseront « au mieux » la planète dans l'état où elle est aujourd'hui, y compris à propos de l'islam, lequel n'aura toujours pas fait la paix avec la modernité du monde. Et pour appuyer mes dires, je recopie in extenso l'éditorial de Claude Imbert, L'effet Obama, publié dans le numéro 1918 de l'hebdomadaire Le Point du 18 juin 2008, où il écrit :

 

« Premier Noir de la Maison-Blanche, leader stratégique d'un occident découronné par une mondialisation qui resserre et confronte les civilisations, Barack Obama s'adresse à l'islam. Le procédé brave le « politiquement correct » occidental, tant il profile, nolens volens, le choc abhorré des civilisations. Pour l'exorciser, c'est pourtant à l'islam, à la foule indifférenciée  de ses fidèles, qu'Obama tend un rameau d'olivier.

 

Obama, certes, n'évite pas le brasier proche-oriental. Il l'approche avec des prudences de Sioux. Il affirme la légitimité d'Israël et son lien « indéfectible » avec l'Amérique. Il demande l'arrêt des colonisations juives, condamne la violence palestinienne, mais n'insulte pas l'avenir du Hamas. Autant de postures balancées qui ne compromettent ni n'engagent. La nouveauté, l'essentiel, c'est le message à l'islam, prononcé au Caire avec un souci théâtral d'altitude et de dignité.

 

Que restera-t-il de cette solennité œcuménique  lorsque la dure loi des conflits en effacera le souvenir ?Obama croit-il à la vertu entraînante de son message ? Ou veut-il d'emblée effacer l'agressivité prêtée à Bush, veut-il prendre le risque calculé du bon-vouloir, voire de l'angélisme,  avant que d'aventure il ait, un jour, à ressortir le glaive ?

 

Le rêve d'un monde multiculturel et pacifié où les civilisations accepteraient leurs différences, ce rêve-là inspire la rhétorique d'Obama. C'est peu dire qu'elle paraît encore bien irénique.

 

Les nations, les civilisations ont construit leur identité culturelle collective sur les quatre fameux facteurs pointés par Hérodote... il y a deux mille cinq-cents ans : « Même sang, mêmes mœurs, même langue, même religion ». Rien n'a changé sinon qu'au fil des temps c'est tantôt l'un, tantôt l'autre de ces ciments qui prend le dessus. Pour la civilisation islamique dominent la religion et les mœurs. La vitalité de l'islam, la soumission des fidèles,  la rigueur du message coranique, modèlent les Etats, régissent les mœurs, le statut des sexes, le rôle de la femme et sanctifient le lien familial. L'islam voit dans nos laïcités, dans l'individualisme occidental,  et ses licences le spectacle d'une altérité radicale, d'une « dégénérescence » pour sa propre survie.

 

De son côté, l'univers chrétien, son émancipation démocratique ont réduit le messianisme occidental. Une laïcité bienveillante, l'optimisme des Etats de droit, l'inclinent à la repentance et à la tolérance.

 

Le malheur est que la réciprocité n'est pas au rendez-vous. La tutelle divine arme et soutient les talibans, l'excitation pakistanaise, la théocratie iranienne, l'anarchie somalienne, yéménite, et j'en passe... Evoquant la « maladie épidémique » des croisades chrétiennes de notre passé, L'encyclopédie des Lumières remarque avec pertinence que « la nature humaine est capable d'associer extravagamment une religion douce et sainte avec le vice détestable de violence qui lui est le plus opposé ».

 

Le verbe d'Obama n'abolira pas de sitôt les croyances des peuples et les vices de la nature humain, les liens d'une pratique douce et du fanatisme. Son prêche aura-t-il ébranlé leur « extravagant » alliage ? Les hommes de bonne volonté l'espèrent. Faute de quoi il eut prêché dans le désert.

 

L'Iran, le tout premier, met le feu au lac. Entre l'islam noir et vindicatif d'Ahmadinejad, fanfaron de l'antisionisme, et l'islam plus modéré et réformateur de son adversaire Moussavi, la rébellion populaire ébranle un régime exténué d'échecs. Le gros million de révoltés qui bravent dans la rue la répression et Moussavi lui-même ne projettent pas, de façon délibérée,  la chute de la théocratie islamique. Mais la pression populaire déchire le rideau derrière lequel le Guide suprême et ses affidés manigancent l'essentiel du pouvoir. Et bien sûr celui, brûlant, du nucléaire.

 

L'élection présidentielle, et son climat de relative liberté, aura débordé le cercle fermé des arbitrages byzantins du clergé noir. Plus que les sanctions de l'Onu, la sanction du peuple contre une élection contestée bouscule le directoire de la théocratie islamique. Elle fait lever sur la première puissance régionale des orages désirés par l'obscure et universelle aspiration de liberté.

 

A l'heure où j'écris, nul ne peut dire si elle sera, une fois encore, matée. Si elle induira le régime à composer ou à se raidir. Et si le rameau d'olivier d'Obama verdira ou grillera dans son brasier.

 

D'ores et déjà, pour Israël qui s'angoisse, pour l'univers arabe et sunnite que trouble l'agitation perse et chiite, pour l'Occident qui évalue au jour le jour les risques d'un tel pandémonium, l'effet de la rébellion couvre d'un sombre nuage les rayons de l'effet Obama. Il n'en sort ni glorifié ni périmé. Mais son heure décisive sonne avant l'heure. » [Fin de citation]

 

Foi d' « islamophobe », comme dirait également Claude Imbert, qui n'en demeure pas moins aussi sceptique que moi sur l'effet du discours d'Obama concernant la marche radieuse de l'humanité sur l'un ou l'autre des six problèmes qu'il a clairement désignés dans son discours du Caire :

 

« The first issue that we have to confront is violent extremism in all of its forms.


The second major source of tension that we need to discuss is the situation between Israelis, Palestinians and the Arab world.

The third source of tension is our shared interest in the rights and responsibilities of nations on nuclear weapons.

The fourth issue that I will address is democracy.

The fifth issue that we must address together is religious freedom.

The sixth issue that I want to address is women's rights. »

 

Mais, bien entendu, il n'est interdit à personne de « croire au miracle » ! ! !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                  

OUI, Barack Obama vous a « niqués » ! Ce « vous » indifférencié vise tout particulièrement les millions, ici, les dizaines de millions, en Europe, et les centaines de millions, à travers le monde, d' « Obamaniaques » superstitieux, ces « croyants au miracle » découvrant le nouveau messie planétaire attendu en vain, depuis deux mille ans, dans l'espoir de transformer notre monde en paradis terrestre, en transposant l'Idéal dans le quotidien - ENFIN !

 

A en juger par l'Obamania hystérique des banlieues chaudes, ils étaient déjà infiniment nombreux à « croire » que même le racisme allait disparaître, ainsi que l'avait déjà prédit ce commissaire de série télévisée déclarant, voici plus de vingt ans, au cours d'une émission estivale sur TF I : « Dans vingt ans, le racisme aura disparu ! ». Les vingt années sont écoulées depuis longtemps, mais le racisme stricto sensu, cette forme spécifique de discrimination - une, parmi tant d'autres -, est toujours une réalité indéniable. Néanmoins, je doute fort que, plus de vingt ans après, ce prophète désavoué ait renoncé à « croire au miracle », car la Foi ne se raisonne pas - c'est pourquoi, à en croire un dicton le concernant en propre : « communiste un jour, communiste toujours ! » 

 

Quant à Obama, pas de doute qu'il allait réussir ce miracle puisque le messie nouveau était « noir », la couleur correcte exigée aujourd'hui, comme gage de vertu et de transformation possible du monde (cf. Nelson Mandela) ! Ce n'était pourtant que la moitié de la vérité, sauf à ignorer l'existence de sa mère, mais les croyants au miracle ne s'embarrassent pas des demi-vérités, par conséquent des mensonges, pour peu que ceux-ci aillent dans le sens de leurs illusions, ainsi que  Marx et les marxistes l'ont prouvé depuis bien longtemps - même si les indécrottables « rêveurs » ne sont toujours pas revenus de leurs illusions de jeunesse ! 

 

Afin d'établir ce que j'avance sur la manipulation dénoncée, mes arguments se fondent, à la fois, sur le slogan de campagne d'Obama, « Yes, we can », et sur la teneur du tout récent discours du Caire, apologie de l'islam à l'intention de la planète entière.

 

En effet, affirmer : « Oui, nous pouvons », en sous-entendant par-là « parce que nous le voulons », c'est recourir à la sempiternelle « méthode Coué » masquant l'immémoriale impuissance des humains à changer le monde dans le sens des infinies promesses inconsidérées, dont toutes se ramènent à croire pouvoir transposer l'Idéal dans le quotidien par l'action magique de notre soi-disant libre volonté : «  Je veux, donc je peux ! »

 

S'il suffisait de vouloir pour pouvoir, il y a longtemps que les humains auraient transformé la planète en paradis terrestre, réalisant ainsi un rêve multimillénaire, alors que le premier individu venu, pour peu qu'il soit lucide et intellectuellement honnête, est bien obligé de constater qu'il ne régit même pas son destin personnel à sa guise - comme il le voudrait !  Chacun, quel que soit son statut dans la société, du bas au sommet de l'échelle sociale, fait ce qu'il peut, pas ce qu'il veut !


Forcément, puisque, dans notre monde, « TOUT » (phénomènes naturels, évènements historiques, actions collectives et actes personnels) dépend, en réalité, non pas de notre prétendue libre volonté, mais de la « nécessité », au sens spinoziste du terme, telle que résumée dans cet extrait de l'Appendice de Éthique I :

 

« D'où il suit, en premier lieu,  que les hommes se croient libres parce qu'ils ont conscience  de leurs volitions et de leur appétit, et qu'ils ne pensent pas, même en rêve, aux causes qui les disposent à désirer et à vouloir, parce qu'ils les ignorent.»

 

Si notre volonté était véritablement libre, non déterminée, c'est-à-dire totalement  indépendante de l'infinité des causes et des effets de la chaîne causale infinie, ceci reviendrait à faire de toute volition, de tout acte volontariste de chacun, à tout instant, le premier maillon de la causalité infinie. Or, le simple fait d'être né - malgré nous ! - suffit à  témoigner de cette impossibilité absolue, puisque notre naissance nous a fait entrer ipso facto dans la causalité infinie remontant aux millénaires précédents, voire dans les millions d'années antérieures - sauf à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire - à commencer par ceux qui se disputent, aujourd'hui, la propriété d'une terre au nom d'un passé révolu depuis très longtemps,  depuis des millénaires !

 

Aussi, sauf à Barack Obama lui-même de démontrer la fausseté de cet extrait de Éthique I, et en attendant que les quatre années de son mandat le confirment, son « Yes, we can » n'était qu'une supercherie, un mensonge, une « escroquerie intellectuelle » à l'adresse des citoyens américains, voire de la planète entière en raison de l'Obamania ambiante. Certes, il avait été devancé, en cela, par la grande prêtresse d'un « ordre juste » mondial, réussissant aussi à « niquer » près de dix-sept millions d'électeurs en leur promettant d'élever, définitivement et universellement, l'égalité, l'ordre juste, au rang de l'Idéal, mais DEMAIN, toujours DEMAIN et seulement DEMAIN - à la saint Glinglin  comme dab !

 

Si je le répète sans cesse, c'est bien la preuve que j'ai encore et toujours raison, puisque la réalité du monde, ne serait-ce que dans ses infinies inégalités, ne m'a pas encore démenti - et pas davantage les menteurs, d'ailleurs, bien que très souvent invités à démontrer le contraire ! Forcément ! En effet, autant j'avoue être totalement incapable de prédire ce qui se produira dans des millénaires, autant je peux garantir, aujourd'hui, ce qui n'arrivera jamais jusqu'à la fin des temps humains - comme pourraient le faire tout aussi bien, d'ailleurs, tous « ceux qui ne croient pas au miracle » ! Celui qui me contredira, en démontrant le contraire, ne sera pas encore né avant que je sois mort - ni après, d'ailleurs ! ! !

 

Toutefois, pour répondre par avance à de légitimes réactions suscitées par  la critique de « Miss ordre juste », je fais remarquer que je ne mets pas sur le même plan les promesses relevant du domaine du possible, telle que l'augmentation du pouvoir d'achat, par exemple, puisqu'il suffirait d'une embellie en lieu et place d'une crise économique - comme il en fut dans les « trente glorieuses » - et celles appartenant au domaine de l'impossible - transposer l'Idéal sur Terre -, qui sont donc condamnées à rester lettre morte jusqu'à la fin des temps : changer la nature égoïste humaine, établir un « ordre juste » sur la planète entière, éradiquer universellement la violence, moraliser le capitalisme, aussi longtemps qu'il existera, etc., etc.

 

C'est tout ce qui fait la différence entre la théorie, l'Idéal, et la pratique, la réalité quotidienne, entre le possible et l'impossible, entre un pragmatique et un « rêveur », entre un messie,  fut-ce une femme, et un politicien ordinaire conscient de ses limites, ce dont ne témoignait pas davantage le slogan de campagne, « Ensemble, tout est possible ». Les politiciens, toutes tendances idéologiques confondues, sont décidément indécrottables dans leurs promesses de toutes sortes, dès lors qu'ils s'engagent à changer le monde - mais la faute à qui, sinon à ceux qui les suivent dans la quête de cet utopique Idéal, d'un « impossible rêve » ? !Aujourd'hui, par exemple, celui d'instaurer sur la planète un « climat sur mesure » pour l'éternité, alors que, précisément, les six milliards de volontés dites « libres » n'y sont pas intéressées, de manière consensuelle ! ! !

 

Faire mieux relève du domaine du possible, quoique jamais par la seule volonté prétendument libre de quiconque, tandis que rendre idéal notre monde, c'est absolument impossible jusqu'à la fin des temps. Et c'est pourquoi, sauf à l'intéressé ou à quiconque, évidemment, de me démontrer le contraire, Obama vous aura déjà « niqués » sur ce point, ainsi que l'a déjà illustré sa toute récente et timide réaction sur la situation en Iran - cinq mois à peine après son intronisation oficielle, son « Yes, we can » a déjà du plomb dans l'aile ! Et de l'Iran à l'islam, il n'y a qu'un pas, tout comme de l'islam au penser superstitieux - mais pas seulement l'islam, pour être honnête !

 

Certes, les Obamaniaques d'alors avaient négligé le prénom « Hussein » et le grand-père musulman, raillant ceux qui les mettaient en avant comme arguments anti-Obama. Or le discours du Caire, même s'il se voulait une main tendue avec la plus grande menace planétaire actuelle, était une apologie de l'islam, doublée de la «croyance au miracle» de le faire changer pour le plus grand profit de l'humanité, tremblant devant le choc annoncé des civilisations sans même remarquer que l'expansion hégémonique de l'islam remonte à sa prétendue « révélation ». Si vous l'ignoriez ou le niez, cent ans plus tard, en effet, les cavaliers musulmans étaient aux portes de Poitiers, sans succès, mais trois cents ans après, l'Espagne était envahie pour des siècles - jusqu'à la « Reconquista » !

 

Aujourd'hui, une heure, voire quelques heures, d'avion ou de bateau suffisent, fut-ce dans la clandestinité, autrement dit dans l'illégalité, pour faire de pays européens une terre d'islam, dont nos aïeux n'ont pas voulu, mais nos descendants comprendront pourquoi - vous avez dit « lâcheté des élites » ? ! A en juger par la toute récente proposition de loi envisagée par le député communiste André Gerin contre le port de la burqa en France, trente ans seulement après la nouvelle invasion, avérée par la croissance exponentielle des mosquées, passant d'une centaine en 1981 à plus de deux mille aujourd'hui, il faut croire que toutes les élites sans exception, de droite et de gauche, ont bien dû faillir quelque part en matière d'intégration républicaine, laquelle avait pourtant fait grandement ses preuves auparavant - précisément, parce que le principe de laïcité était alors une valeur sacrée de la République, tandis que nos élites ont cédé devant la pression de l'islam, et chacun sait bien ce qu'il advient, quand on met le petit doigt dans l'engrenage, comme le Kosovo, berceau de la Serbie, est là pour en témoigner ! ! ! 


A leur décharge, je veux bien admettre que leur angélique naïveté, sur fondement d'égalité absolue ou idéale, méconnaissait cet avertissement de Brunner, à vocation universelle et intemporelle : « Ménager la superstition aujourd'hui, c'est s'exposer, demain, à des dangers encore plus grands ! »

 

C'est pourquoi, même si j'accorde à Barack Obama une certaine honnêteté intellectuelle, un apparent équilibre dans ses propos du Caire, il n'en a pas moins servi de tribune à l'islam, cette expression du penser superstitieux au même titre que toutes les religions, mais pas seulement elles. Par ailleurs, les bienpensants d'ici ont fait suffisamment de tintamarre à propos du discours de Nicolas Sarkozy, au Latran, pour rester coi devant le discours de Barack Obama faisant l'apologie de l'islam dans la mesure où il a dissimulé ce qui fâche ; à ce jour, en tout cas, vous n'avez sûrement pas encore entendu le moindre mot pour dénoncer ce qui serait ici un scandale - le président actuel de la République venant vanter publiquement les seuls mérites de la superstition chrétienne, en dissimulant ses côtés noirs d'hier et d'aujourd'hui  !

 

Je suis d'autant plus à l'aise pour critiquer les religions que je pense avoir déjà suffisamment démontré, ici et là, que la Religion, toutes les religions sans exception - et donc aussi l'islam -, est une des formes du penser superstitieux dans sa prétention à exprimer l'Absolu, la réalité ou Vérité absolue, sans réussir à provoquer jusqu'ici la moindre réaction contraire d'une seule des prétendues élites dénoncées, fussent-elles de gauche, donc a priori areligieuses, voire antireligieuses, mais elles ne s'en posent pas moins en défenseurs publics de l'islam - vous avez dit « lâcheté » des élites ? !

 

OUI, puisqu'aucune d'entre elles, preuves à l'appui, n'ose même aborder le débat sur la superstition religieuse - au secours, Voltaire ! ! ! Or, le seul moyen efficace de démonter les mensonges et les « croyances au miracle » de la Superstition dans ses divers modes d'expression, c'est précisément de les démontrer - et donc ici, un grand merci à Spinoza !  

 

Si la laïcité autorise quiconque à pratiquer la religion de son choix, quitte à en montrer ses signes ostentatoires, elle n'a pas à interdire de critiquer la religion sur le fond, et a fortiori à pratiquer, de façon partisane, une politique du deux poids, deux mesures en faveur de l'une plutôt que l'autre. Au stade, où en est la France en matière de religion, aujourd'hui, et au vu des premières réactions suscitées par sa proposition de loi, je souhaite bien du plaisir à André Gerin, car, selon la prophétie de Brunner, il est déjà trop tard pour agir - pour réagir ! L'exemple de cohabitation des religions dans l'Espagne médiévale - pas celui des contes de fées ! - n'a servi à rien, alors que l'islam n'a pas changé et n'est pas moins conquérant depuis lors ! ! !  

 

Pour dénoncer le penser superstitieux de la religion en général, mon argumentation s'appuie sur l'idée fondamentale suivante : ce qui est absolu, absolument absolu, ne peut être qu'UN, Unique. En conséquence, « deux » prétendus absolus, « deux » soi-disant vérités - religieuses, métaphysiques, idéologiques ou autres - ne peuvent pas, l'une et l'autre, être « absolument vraies » - sauf à Barack Obama ou à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire !

 

Aucune religion monothéiste, fondée sur le dogme d'un Dieu créateur et de sa création - notre monde -, ne saurait donc exprimer LA Vérité absolue en raison seulement de ce « dualisme » des absolus, puisque la coexistence de deux absolus est une « impossibilité absolue » par définition, philosophiquement parlant, ainsi que Spinoza l'a démontré more geometrico.

Pour
l'établir concrètement ici, ce qui est absolu est également infini, mais aussi éternel, parfait et immuable. C'est pourquoi, si deux absolus pouvaient réellement coexister, chacun d'eux étant infini par définition, il y aurait donc « deux » infinis - problème : comment deux prétendus « infinis » pourraient-ils exister sans se limiter mutuellement, sauf à ne pas être véritablement infinis, précisément ?

 

Ce raisonnement est également valable dans l'hypothèse où deux « perfections » coexisteraient, et ce qui vaut en matière de religion fonctionne aussi pour le scientisme matérialiste et la pseudo-philosophie spiritualiste avec leurs « deux » absolus : un Dieu, ou un principe créateur (primus motor, big-bang, etc.), et notre monde. Or, de ces deux prétendus absolus, sachant que les superstitieux ne doutent nullement de l' « absoluité » de leur Dieu éternel, voire du principe créateur posé comme tel,  l'intrus, en tant qu'absolu, est donc notre monde humain, puisque deux absolus ne peuvent pas coexister.


C'est donc fictivement  que notre monde est considéré par la quasi-totalité des humains comme étant une réalité absolue, comme ayant une existence absolue, autrement dit éternelle. En vérité, malgré les apparences de l'expérience première des sens, ou imaginatio spinoziste, notre monde n'existe que « relativement », c'est-à-dire en relation  à notre entendement humain, ainsi que cela a été démontré plus précisément dans un récent courrier à Régis Debray, entre autre. Il en va ainsi de tout monde particulier, dont chacun n'existe que dans sa relation relative à un entendement spécifique donné - et par conséquent n'existe pas « absolument », sauf à prendre le relatif pour l'absolu !

 

Ce « dualisme » superstitieux » des absolus ne va pas sans soulever une autre contradiction, puisque notre monde humain soi-disant absolu, étant ipso facto éternel, est néanmoins supposé avoir eu un « commencement », que ce soit par l'action d'un Dieu ou d'un big-bang. Or, éternel  signifie précisément « sans commencement », d'où un problème à jamais insoluble, puisque commencement et éternité sont incompatibles - pour sortir de cette contradiction, il suffit de rejeter le penser superstitieux dans ses ténèbres, et de retourner dans l'UN absolu des « vrais » philosophes !

 

Encore faudrait-il accepter d'en débattre, mais aucune de nos soi-disant élites, prétendus intellectuels et pseudo-philosophes inclus, ne s'y est encore risqué jusqu'ici, ce qui laisse le champ libre à la religion en général, et à l'expansion de l'islam en particulier, autorisant ainsi les accusations d' « islamophobie » pourtant  fondées seulement sur des croyances superstitieuses, donc sur des mensonges - sauf à quiconque, évidemment, de démontrer le contraire ! Ainsi elles resteront nulles et non avenues, hormis pour les bienpensants, aussi longtemps que leurs zélateurs et les censeurs refuseront de les confronter à LA Vérité absolue qui suffit à les invalider sur le fond, et donc aussi dans leurs condamnations moralisatrices - sauf à revenir ainsi des siècles en arrière, quand il était interdit de critiquer publiquement la religion ! 

 

C'est pourquoi j'ai jugé indispensable d'établir a priori la croyance  religieuse superstitieuse de Barack Obama, fut-elle évangélique, afin de porter un jugement argumenté sur son discours du Caire sans être contraint d'analyser en détail tous les points de son allocution, puisque celle-ci est entachée d'un péché originel, à savoir les mensonges et les « croyances au miracle » de la religion, toutes les religions sans exception - monothéistes ou non. En conséquence, faire ami-ami avec la superstition religieuse n'est pas la meilleure manière de suivre le judicieux conseil donné par Brunner, comme en témoigna la capitulation de Munich  en son temps !


A SUIVRE...                                               

 Avant-propos 

L'article reproduit ci-après, bien que publié en octobre 2007 dans le n°1081 de Science et Vie  n'a toujours rien perdu, aujourd'hui, des vives critiques à adresser au GIEC en particulier, et au scientisme en général. Sans autre commentaire, je me borne à rappeler que, malgré les critiques de scientifiques lucides, Claude Allègre en particulier, sur les lacunes, pudiquement parlant, de la science contemporaine, certains hommes de science dévoyés n'en continuent pas moins à "absolutiser" leurs opinions relatives sur le climat de la planète et les moyens de le réguler à notre guise pour l'éternité.

Et forcément, dans un monde où "TOUT EST RELATIF", même les opinions scientifiques sont, et seront toujours, sujettes aux révisions de la science des siècles et des millénaires à venir, puisque  "la vérité officielle scientifique, ça n'existe pas", dixit précisément Claude Allègre - à juste titre, puisque l'Absolu ou Idéal n'est pas de ce monde, fut-ce en matière de vérité !

Pour ma part, je n'ai pas cru pouvoir mieux faire pour dénoncer le scientisme avéré des prophètes de malheur du réchauffement climatique qu'écrire à Jean-Louis Borloo et Nathalie Koscusko-Morizet, après  Nicolas Hulot et Nicolas Sarkozy, entre autres, pour souligner que, dans un univers perpétuellement en mouvement, il était à jamais "impossible" de régler à notre convenance mondiale le climat de la planète jusqu'à la fin des temps...

Et si je parle d'une "nouvelle arnaque" planétaire, c'est parce que l'humanité en connaissait déjà trois jusqu'ici : la religion, l'idéologie et le catéchisme soi-disant universel contemporain. Toutes, assurément inspirées par l'Idéal comme le moindre de nos concepts, ont en commun de croire pouvoir transposer l'Idéal dans le quotidien. Je laisse donc les "croyants au miracle" de toutes sortes, y compris ceux de la superstition idéologique, continuer à attendre l'avènement de leurs chimères : DEMAIN, toujours DEMAIN, seulement DEMAIN, à la saint Glinglin.

Faute de pouvoir user de leur Raison pour leur faire entendre raison, je renvoie chacun d'eux aux décennies, qui l'attendent, pour vérifier mes dires. Cependant, je ne doute pas qu'ils "croiront" encore sur leur lit de mort, même en n'ayant toujours rien vu venir de leurs rêves éveillés, puisqu'ils sont voués par nature à "croire" plutôt qu'à penser vraiment - autrement dit à demeurer "naïfs, cocus et frustrés" jusqu'à leur dernier souffle !  

Je leur donne toutefois raison sur un point : Ça fait vraiment tellement de bien de "croire au père Noël" - quand on a six ans !

Annexe

GIEC
Anatomie d'un consensus

Si le réchauffement climatique est devenu un enjeu majeur, c'est grâce au Groupe intergouvernemental d'étude du climat. Soit un organisme unique en son genre : non seulement il synthétise les travaux de milliers de chercheurs, mais encore faut-il que les décideurs de la planète les ratifient. Un art du consensus, entre science et politique, qui ne va pas forcément de soi...

Par Olivier Blond

En vingt ans, grâce au Giec, le consensus scientifique s'est fait autour de l'idée que la planète se réchauffe et que l'homme en est responsable. Aujourd'hui, c'est une autre question que pose l'organisation: jusqu'où? Dans son dernier rapport, publié en 2007; le Giec a modélisé l'évolution de notre avenir climatique jusqu'en 2100 selon une quarantaine de scénarios économiques. Dont les trois les plus représentatifs annoncent un réchauffement pouvant atteindre 2°C dans le meilleur des cas et 6,4°C dans le pire.... A comparer avec le scénario  - impossible - où les émissions seraient stabilisées au niveau de l'année 2000.

 

Cela se passera  le 12 novembre à Valence, en Espagne. Une date à retenir : c'est ce jour-là que sera rendu public le "Résumé du 4e rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat" (Giec). Un titre qui laisse mal deviner son importance. Car bien plus qu'un simple résumé, il s'agit de l'aboutissement du travail de plusieurs milliers de chercheurs répartis dans le monde entier. Surtout, ce document d'une vingtaine de pages, que vont âprement discuter les représentants de quelque 170 pays, doit servir de base aux négociations sur le climat qui se dérouleront à Bali en décembre, lorsque les pays membres du Protocole de Kyoto se réuniront pour, notamment, décider des moyens d'agir contre le réchauffement après l'expiration du protocole en 2012. En clair, ce "résumé" va ni plus ni moins servir de boussole pour l'avenir de la planète.

 

Questions: comment un si petit texte peut-il revêtir une telle importance? Quel est ce Giec dont il est l'émanation? De quel consensus est-il porteur ? Pour comprendre, il faut replonger vingt ans en arrière. Très précisément en 1985, dans la petite ville autrichienne de Villach, où des chercheurs du monde entier s'étaient retrouvés pour discuter de l'impact des gaz à effet de serre. Cela sous les auspices de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et du Programme  des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Surprise: à l'issue de cette rencontre, et pour la première fois dans l'histoire scientifique internationale, les chercheurs tirent collectivement le signal d'alarme : " Nous pensons désormais que l'augmentation des quantités de gaz à effet de pourrait amener dans la première partie du XXIe siècle une augmentation de la température globale moyenne supérieure à celle qu'a connue l'humanité dans son histoire."

 

Un coup de tonnerre dans un ciel serein. Dans la foulée, l'OMM et le PNUE décident de confier des études plus détaillées à un groupe de travail. Oui, mais "au début de l'année 1988, raconte James Bruce, un chercheur canadien qui a dirigé l'une des branches du Giec, plusieurs pays, sous l'impulsion des Etats-Unis, ont commencé à s'inquiéter du fait que l'on confie de telles analyses, laissant entrevoir de graves conséquences pour les économies nationales et internationales, à un petit groupe de scientifiques indépendants, aussi éminents soient-ils. C'est à ce moment qu'a émergé l'idée de créer un groupe intergouvernemental plus important pour gérer les évaluations scientifiques sur les changements climatiques." Ainsi naît le Giec, en 1988, sous l'autorité du PNUE et de l'OMM.

 

Une naissance dans l'urgence. "Il fallait absolument fournir une première évaluation avant 1990 pour qu'elle puisse être examinée lors de la Deuxième conférence mondiale sur le climat, qui [était] déjà planifiée, se souvient James Bruce. Laquelle devait à son tour servir de préambule au Sommet de la Terre [H'] prévue en 1992, à Rio de Janeiro".

 

Problème: la question du réchauffement climatique est si complexe qu'elle nécessite l'expertise de spécialistes aussi divers que climatologues, océanographes, glaciologues, économistes, vétérinaires, etc. Or, les agences de l'ONU font très vite "savoir qu'elles disposent de ressources limitées pour financer des évaluations approfondies. Une situation qui va amener le Giec à prendre une décision essentielle: il n'entreprendra par lui-même aucun travail de recherche ni ne fera aucune mesure, de température ou de pluviométrie; il basera ses travaux exclusivement sur les études déjà publiées.

 

Concrètement, la tâche est répartie en trois grands "groupes de travail." Le premier évalue les mécanismes de l'évolution du climat; le deuxième s'occupe des conséquences du réchauffement; le troisième évalue les solutions pour éviter le réchauffement. Chaque groupe produit un rapport divisé en chapitres confiés chacun à un spécialiste éminent du domaine animant une petite équipe de son choix. A partir de là un texte est écrit, puis soumis à la critique des confrères pour aboutir à une deuxième version, validée de manière collective. Résultat : publié en 2007, le dernier rapport du Giec -le quatrième donc - a mobilisé 2 500 scientifiques de 130 pays. Et voilà bien la grande originalité du Giec : il s'agit de l'un des travaux collectifs les plus importants de l'histoire de la science. Collectif et essentiellement bénévole ! De fait, les chercheurs impliqués ne font pas réellement partie du Giec: ils effectuent leur travail en plus de leurs occupations habituelles. Tel Hervé Le Treut, directeur du laboratoire de météorologie dynamique du CNRS et responsable du premier chapitre du rapport du premier groupe: "La phase de rédaction m'a demandé environ deux cents heures sur deux ans. Mais sans prendre sur mon temps de travail: j'ai fait ça les nuits et les week-ends, comme mes collègues d'ailleurs. " Et puisque tous ces chercheurs ne font pas partie du Giec, l'organisme peut fonctionner avec un personnel très réduit: il ne compte qu'un secrétariat d'une dizaine de personnes basé à Genève.

 

DES RAPPORTS "HONNÊTES"

 

Ces rapports, de mille pages environ, ne ressemblent pas à une synthèse classique:

ils font le point sur les connaissances, mais aussi sur les zones d'ombre et les inconnues. Ils soulignent les désaccords et les sujets de débat. Prenons l'exemplede l'un des sujets les plus discutés, en particulier depuis Katrina: le lien entre réchauffement climatique et cyclones. En ouverture du chapitre du Giec qui y est consacré, on peut lire: "Un certain nombre d'études récentes suggèrent que l'activité cyclonique au-dessus des deux hémisphères a changé au cours de la seconde moitié du XXe siècle". Or, il est précisé un peu plus loin qu'"il existe toutefois certaines incertitudes concernant ces analyses; certaines études suggèrent que l'activité cyclonique mesurée n'est pas plus intense que celle d'avant 1950." Et un peu plus loin encore: "Des différences majeures entre [deux types de mesures] posent un doute sérieux sur l'amplitude de l'augmentation de l'activité cyclonique, particulièrement sur le Pacifique" ... On le voit, on est ici au coeur du travail scientifique, tissé de doutes et de certitudes raisonnables. Ce qui n'empêche pas les débats d'être parfois très vifs! 

Ainsi Chris Landsea, l'un des coresponsables du chapitre, a-t-il démissionné avec fracas de ses responsabilités au Giec en janvier 2005. Au prétexte que les débats seraient "motivés par des idées préconçues" En fait, il reprochait à l'un de ses collègues d'être sorti, lors d'une conférence de presse, de la neutralité scientifique. Ici, Landsea touche du doigt un point aussi essentiel que délicat de la machine Giec: le fait que ses travaux soient officiellement dédiés aux politiques. Ce mélange des genres ne fausse-t-il pas le processus scientifique ? Jusqu'où les chercheurs peuvent-ils sans dommage sortir de leur tour d'ivoire ? Pour prendre un exemple dans u autre domaine, qui ne jugerait saugrenu que des milliers de chercheurs se réunissent pour décider qui de la physique quantique ou de la théorie des cordes est la meilleure...

 

Toutefois, Amy Dahan, directrice de recherche en histoire des sciences Alexandre-Koyré à Paris, plaide ici que la démarche du Giec prend  justement son sens dans un processus destiné aux politiques.. . Et puis ajoute-t-elle, " la prise de conscience du politique et la demande sociale ont stimulé la recherche."Et de citer l'exemple du Royaume -Uni, où le gouvernement a soutenu avec beaucoup de vigueur des chercheurs et des pôles d'excellence.

 

A SUIVRE... 


[Les défauts de présentation, changement importun de la police des caractères, sont indépendants de ma volonté] 

 

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