Avant-propos
Les défauts de présentation, espacements en particulier, sont totalement indépendants de ma volonté.
Ce texte de présentation de la « vraie philosophie », inspiré par la pensée de Spinoza et de Constantin Brunner, son héritier spirituel, entend préciser le sens donné à cette expression par Spinoza pour la distinguer radicalement de la Superstition.
Pour le dire brièvement, la vraie philosophie est la voie et la voix de l’Absolu
UN, unique, tandis que la Superstition se caractérise, dans son expression religieuse et métaphysique, par la coexistence de « deux » absolus. Ceci peut
être établi à partir de l’analyse détaillée des facultés ou genres de connaissance de notre entendement humain, puisque seule la confusion de ces facultés, leur emploi inapproprié, est à
l’origine du penser superstitieux prenant pour absolu ce qui n’est que relatif. A ce sujet, Brunner dénonce constamment dans son œuvre ce péché capital
de l’entendement humain, et il le nomme « absolutisation du relatif ».
L'analyse des facultés de notre entendement humain, établie par le philosophe juif allemand
Constantin Brunner (1862-1937), complète et développe celle de Spinoza dans Éthique II, proposition XL, scolie II. Brunner distingue trois genres de connaissance :
- l'entendement pratique ou imaginatio et ratio,
- le penser spirituel ou penser de l’Esprit = intuitio,
- le penser superstitieux ou penser de Analogon de l'Esprit
A ces trois facultés de l'entendement humain correspondent trois sortes de « vérités » -
ou réalités – pensées spécifiquement par chacun de ces genres de connaissance. Les vérités de notre monde humain sont respectivement :
- la vérité « relative » de l'entendement pratique
- la Vérité « absolue » du penser spirituel
- la vérité « superstitieuse » de l'Analogon de l'Esprit, ou vérité relative
fictivement « absolutisée », c’est-à-dire présentée artificiellement comme étant absolue.
Notre entendement pratique a pour unique objet de nous orienter dans notre monde des choses, en le
connaissant de mieux en mieux grâce au penser scientifique. Il comprend le penser en images représentatives de l'expérience des sens, ou imaginatio spinoziste, à l’origine des
concepts génériques (Homme, femme, cheval, maison, égalité, justice, etc.), et le penser des Abstractions (langage, causalité, mathématiques et autres constructions auxiliaires - théorie
atomique, par exemple), appelé ratio par Spinoza. Ce penser sert assurément à la pratique de notre vie, mais il n’est d’aucune utilité pour « philosopher » !
En effet, l’entendement pratique parvient seulement à établir des « vérités relatives »,
y compris les théories et les hypothèses scientifiques concernant notre monde, lequel est par ailleurs seulement « relatif » à ce premier genre de connaissance. Il faut
entendre par-là que, en dehors dupenser pratique qui le pense, « notre » monde n'a aucune existence véritable, aucune réalité absolue, mais seulement
une existence relative à notre penser.
Pour ôter à notre monde tout caractère d’ « absoluité », il suffit de le mettre
en rapport avec l’infinité des autres entendements infinis. Chacun d’entre eux, différent du nôtre et distinct de l’un à l’autre, a également son propre monde
« relatif » à son entendement particulier. Ainsi coexistent tous ces infinis mondes relatifs, les uns à côté des autres, dans l‘ignorance la plus totale, c’est-à-dire sans
jamais rien savoir du monde du voisin. Notre monde ne saurait avoir de réalité absolue, ne peut pas exister « absolument », du seul fait que ses choses
constitutives, à commencer par nous-mêmes, sont en perpétuel mouvement, donc en constant changement : seul, ce qui est « immuable » peut-être à la fois
absolu.
Le monde humain est assurément « le » monde pour nous les humains, mais il n’est pas
« LE » monde, au sens d'un monde unique pensable de manière identique par l'infinité des entendements infinis - ou attributs spinozistes, en tant
que définis comme ce que chaque entendement saisit de la substance à travers son monde propre (cf. Éthique I, définition IV, et Éthique II, proposition
VII) : la Substance se révèle à nous les humains par notre monde, comme elle se manifeste à chaque entendement singulier par son monde spécifique.
Ainsi notre entendement pratique pense notre « relativité » humaine, une parmi
l’infinité des autres relativités infinies avec leurs infinis autres mondes infinis. Notre monde humain n’est que du « pensé », le contenu pensé par nous humains dans et
sur (à propos de) notre monde ; notre monde des choses humaines et « sa » matière n'ont pas de « réalité absolue », pas de matérialité, pas de
substantialité absolue : ils n'existent que « relativement », c’est-à-dire seulement en relation à notre entendement pratique
spécifique humain.
Toutefois, considéré dans la globalité de ses trois genres de connaissance [Pour plus de
précisions, cf. « Les trois facultés du penser », dans Brunner I], il se trouve que notre entendement ne se limite pas à penser notre monde dans sa « relativité » humaine,
mais dans sa relation à l’Absolu ou substance spinoziste. Dès lors, l’entendement pratique, commun à tous les humains sans exception, bifurque soit vers le penser de
l’Esprit véritable, ou penser spirituel, soit vers le penser superstitieux, ou Analogon de l’Esprit.
Il se tourne vers l’Esprit véritable à la condition expresse que notre monde des choses soit
considéré comme une réalité seulement « relative » à notre entendement pratique sur la base de l'expérience des sens, laquelle confère assurément une réalité « perceptible »,
mais en aucun cas absolue ! Il bifurque vers l’Analogon de l’Esprit, ou penser superstitieux, si notre monde est pris pour une réalité absolue,
c’est-à-dire existant « absolument » ; dans ce cas, le penser superstitieux conduit forcément au « dualisme » des absolus, à savoir un créateur ou un principe créateur,
et sa création ou production.
L’ « absolutisation » de notre monde – niant ipso facto sa
réalité relative - est à l‘origine de la superstition religieuse et de la superstition métaphysique [Philosophie theologico-scolastique ou spiritualisme de Descartes ou de Kant
notamment, ainsi que matérialisme d’Aristote, entre autre, et du scientisme contemporain, positivistes inclus. Avec leurs deux absolus, ces modes d’expression de la
superstition sont contraints de rechercher un commencement absolu, une prétendue « cause première » susceptible d’expliquer l’origine de notre monde pour justifier son
existence, puisqu’il est bel et bien là pour nous…
Par ailleurs, pour être convaincu de la réalité relative de notre monde, il suffit à chacun d’entre
nous de constater la finitude de sa propre existence comme celle de toutes les choses, et ceci devrait suffire à attester que les choses de notre monde n'ont pas de réalité
absolue. L’existence des choses terrestres est « finie », elle a des limites - un commencement et une fin -, tandis que l'Absolu se caractérise
précisément par l'existence éternelle : il EST - il existe - de toute éternité, c’est-à-dire « sans commencement ni fin ». Certes, ce dernier point pose un problème
insurmontable à notre « raison », mais précisément celle-ci n’a pas vocation à philosopher – et encore moins avec notre appareillage sensoriel !
La science elle-même témoigne que la matière n'a pas de réalité absolue, pas de
« substantialité » absolue, puisqu'elle dissout les choses en mouvement, mais sans répondre pour autant à la question : mouvement de quoi, qu'est-ce qui se
meut réellement, puisqu’il n’y a pas de matière absolue..? Ce mouvement sans substrat réellement « absolu » ne peut donc être la réalité ou Vérité
absolue ; le mouvement universel des choses n'est que l'idée ultime, seulement le concept suprême, de notre entendement pratique, et il appartient donc au domaine du
« relatif », à notre contenu pensé « relatif ».
Le penser spirituel ou intuitio spinoziste, voie d’accès au UN
absolu, s'exprime dans la mystique authentique [Cf. le Bouddha et le Christ dans leur Parole non pervertie par la superstition religieuse qui a usurpé leur nom], dans la
« vraie » philosophie [Ménippe, Epictète, Plotin, Sénèque, Marc Aurèle, Socrate, Platon, Bruno, Spinoza, Brunner, etc.], et dans l'art véritable inspiré par l’Esprit. Seul le penser
spirituel, ou penser de l'Esprit véritable qui n’est pas le Saint-Esprit, ouvre la voie vers la réalité absolue, vers ce qui est « absolument » réel, tout en
demeurant inconnaissable « en soi » pour notre entendement pratique.
C’est d’ailleurs un paradoxe de notre penser de croire, à la manière de saint Thomas, que
ce qui est perçu par l’expérience des sens est « absolument » réel, et a contrario de nier l’Absolu, la réalité « absolue », du fait de ne pas le
percevoir comme il en va de nos choses humaines ! Il est certain, en tout cas, puisque nous en avons la « preuve », que l’opinion de saint Thomas est démentie par la raison,
laquelle corrige l’expérience des sens. Ceux-ci, en effet, nous donnent à voir le soleil se levant à l’est et se couchant à l’ouest, donc en mouvement autour d’une planète immobile, alors que la
raison, le penser scientifique, nous indique le contraire. Ce qui se présente à la conscience de notre entendement humain ou de n’importe lequel des entendements infinis n’est donc pas
« absolument » réel ; seulement ce qui EST de toute éternité est la réalité ou Vérité absolue - indépendante des infinis entendements infinis qui pensent
leur monde spécifique seulement relatif.
L’Absolu est UN, malgré ses multiples appellations : « Substance »
ou Dieu, ou Nature chez Spinoza, Père chez le Christ, Idée des idées chez Platon, Pensant chez Brunner, Atman et Tao chez de grands
penseurs orientaux, etc. Ce quidabsolu, cet UN éternel et absolu, est dans une relation d'immanence - et non de transcendance ! - avec notre monde et les
mondes des infinis entendements infinis ou infinité des attributs « infinis en leur genre », au sein de l'UN, unité de la Nature naturante,
l’Absolu, et de la nature naturée, le relatif, à savoir la totalité des relativités infinies.
Une relation de transcendance se caractérise par l’extériorité d’un Dieu
extra-mondain, par des arrière-mondes aussi mystérieux que contradictoires, et elle conduit au « dualisme » des absolus, à la prétendue coexistence de « deux » absolus - cette
aberration philosophique par excellence ! -, à savoir premièrement, un Dieu-Créateur dans les religions monothéistes et le spiritualisme, ou un « principe créateur » dans la
doctrine matérialiste, et deuxièmement, la création ou la production résultant d’une relation de causalité « transitive » semblable à celle qui a cours dans notre monde, où une cause
produit logiquement un effet – sauf à croire qu’il peut y avoir des effets sans cause ! Philosophiquement parlant, non seulement tout dualisme des absolus est une « impossibilité
absolue » par définition, mais une substance ne peut pas produire une autre substance, comme démontré more geometrico dans Éthique I.
La relation d’ « immanence » connaît seulement l’UN absolu,
nécessairement unique - Esprit, souffle, âme universelle -, lequel nous « inspire » notre monde, comme en témoignent nos idéaux du Bien, du Beau et du Vrai au point que
nous ne pouvons pas penser un seul concept sans penser à la fois l’idéal du concept pensé [par exemple : femme et femme idéale, justice, égalité, démocratie, et justice,
égalité et démocratie idéales] Chacun peut pourtant réaliser combien son idéal personnel inhérent à n’importe quel concept pensé est seulement relatif, puisque
différent d’un individu à l’autre, sans être jamais l’Idéal « en soi » ! D’où nous viendraient nos idéaux, sinon, sans une inspiration quelconque ?
De « rien » ? ! Ou alors, des explications superstitieuses du matérialisme et de l’idéalisme, affirmant respectivement que la matière produit la pensée, comme le foie
secrète la bile, ou que la pensée a le pouvoir de créer la matière ?