Le 5 décembre 2008
Votre lettre du 23 novembre 2008
Monsieur Manuel Valls
Député
Courriel :
Monsieur,
J’accuse réception de votre lettre du 26 novembre dernier, en réponse à la mienne
datée du 23 (*) et comprenant une copie du courrier adressé à Nicolas Sarkozy, le 18 septembre dernier.
Je vous remercie d’avoir pris la peine de répondre aussi longuement, et surtout
sans « langue de bois ». Je note avec beaucoup de satisfaction votre renoncement clair et net aux dogmes idéologiques visant à transposer l’Idéal dans le quotidien, à
terme, c’est-à-dire toujours DEMAIN et seulement DEMAIN, ce qui ne peut donner que plus de crédit à la déclaration de Montand comparant la croyance idéologique et la croyance
religieuse, puisque fondées toutes deux sur la Foi, et nullement sur la Raison : « Ils croient au socialisme d’une manière religieuse, comme j’y ai cru moi-même d’une manière
religieuse. »
Votre prise de position courageuse redore, à mon sens, le blason bien terni du
Parti socialiste après le congrès de Reims, et elle peut s’apparenter au « big bang intellectuel » annoncé ; et ce d’autant plus, si vous parvenez à faire entrer vos idées dans les
faits. Or, comme il y a toujours bien loin de la théorie à la pratique, en l’occurrence de l’Idéal proposé à la réalité quotidienne, il vous reste à convaincre une large fraction des dirigeants,
des militants et des sympathisants de votre mouvement, ce qui n’est pas gagné, tellement est grande la divergence des opinions sur le fond comme sur d’éventuelles
alliances.
En tout cas, je tiens à vous faire part de ma grande satisfaction de ce retour à
la Raison, en lieu et place de la « croyance au miracle ». Votre vérité relative d’aujourd’hui, sans jamais devenir absolue pour autant, a néanmoins tout à gagner face à
d’autres vérité relatives, lorsque celles-ci deviennent partisanes, aveugles, voire sciemment mensongères, par « absolutisation fictive du relatif » dans le
seul souci de convaincre pour en tirer des avantages de toutes sortes, électoraux notamment.
Toutefois, un effort de pédagogie et un simple changement de comportement envers
les tenants de visions idéologiques opposées, fut-ce à l’intérieur d’un même mouvement, peuvent suffire à améliorer quelque peu le climat ambiant, et agir ainsi favorablement sur l’évolution de
la société et de son économie. Agir à hue et à dia, pratiquer l’obstruction systématique, voire refuser un texte seulement parce qu’il et présenté par l’autre camp, ne sont pas les moyens les
plus propices pour embellir la situation générale. Mais il est vrai que le soi-disant « intérêt général », dont on nous rebat sans cesse les oreilles au nom de l’Idéal, n’est qu’un
conglomérat d’intérêts égoïstes particuliers forcément contradictoires.
C’est pourquoi je profite de l’occasion pour dénoncer aussi la lâcheté et la
malhonnêteté intellectuelle des principales centrales syndicales (CGT, FO, CFDT, CFTC et FSU), ainsi que mon courrier l’atteste, en raison de leur refus de confronter leurs vérités relatives
partisanes, parce que égoïstement intéressées, à LA Vérité UNE, Unique, sans contradiction ou incohérence d’aucune sorte.
Elles s’autoproclament les défenseurs de l’intérêt général, en dépit de leurs
divergences et au mépris de LA Vérité, puisque, dans des situations bien concrètes, leur terrorisme, pas seulement intellectuel avec leurs milliers, centaines de milliers, voire millions
d’otages, s’est toujours contenté de présenter les inconvénients des mesures proposées, qu’il s’agisse du CPE, de la réforme de l’Université ou des retraites des régimes spéciaux, etc. sans
jamais en montrer les avantages.
Pour ce qui est de la malhonnêteté intellectuelle, il faut dire que ces
organisations syndicales ont été à bonne école avec des responsable politiques, de soi-disant intellectuels et prétendus philosophes, ou encore de vertueuses associations
moralisatrices à sens unique, qui ont été capables de faire croire jusqu’au plus haut sommet de l’Etat et de ses institutions qu’une quelconque chose humaine, fut-ce la période
coloniale, pouvait comporter exclusivement des inconvénients – dans un monde, où tout est relatif et rien n’est absolu !
Vous avez encore énormément de travail pédagogique devant vous pour faire revenir
vos partisans et vos soutiens à la RAISON, au détriment de leurs « croyances au miracle », car il ne sont pas seulement, comme vous l’écrivez : « quelques aveugles
attendant qu’une avant-garde éclairée ne découvre le chemin du bonheur universel » - ils sont des dizaines de millions, ici, et des milliards dans le
monde !
Toutefois, je suis forcément ravi de vous voir reprendre à votre compte la teneur
de ma lettre, puisque vous écrivez :
« Vous soulignez également, dans votre courrier, la nécessité pour le Parti
socialiste de renoncer à « ses dogmes », « ses mensonges » et « sa croyance au miracle ». Je peux vous assurer que je partage, pour une
bonne part, cette exigence. »
Et vous ajoutez :
« Je pense, en effet, que le Parti socialiste doit s’astreindre, en
permanence, à l‘obligation de vérité pour retrouver la confiance des Français. Erodée par trop de promesses non tenues et trop de propositions peu plausibles, notre crédibilité est aujourd’hui
trop faible pour convaincre nos concitoyens de la justesse de nos luttes. Ce déficit de crédibilité est aggravé, reconnaissons le, par la déconsidération générale dont souffre l’engagement
politique. »
Si celle-ci tient précisément à l‘énormité du décalage entre des promesses faites
depuis des décennies, voire deux siècles, et la réalité constatée au quotidien, elle devrait inciter les femmes et hommes politiques responsables « à la jouer modeste », et surtout à
disqualifier définitivement dans l’opinion les prêcheurs de révolution, par ailleurs assez habiles pour manipuler et tromper les masses, puisque les êtres humains sont davantage
portés par nature à croire, à imiter et à répéter, qu’a penser vraiment, c’est-à-dire à réfléchir tout simplement.
C’est pourquoi un homme sensé ne pourrait que vous approuver, lorsque vous
écrivez :
« Pour surmonter ce désarroi et ranimer l’espérance, il n’est d’autres choix
que ceux du courage et de la lucidité. Le PS doit désormais, en toute circonstance, être inspiré par une « éthique de la responsabilité ». Il ne peut plus garder pour seuls viatiques
des certitudes idéologiques qui sont, en réalité, autant d’œillères. C’est en se confrontant à la réalité et non en cultivant des illusions qu’il retrouvera des marges pour l’action.
Car, comme l’expliquait déjà Albert Camus, « aussi longtemps que […] la vérité sera acceptée pour ce qu’elle
est et telle qu’elle est, il y aura place pour l’espoir. »
Ce devoir de vérité suppose que le PS refuse – une fois pour toute – de subir la
pression de l’extrême gauche. De tout temps, les chimères de l’extrême gauche n’ont conduit qu’à des voies sans issue. Le PS doit préférer les chemins plus humbles et plus féconds de
l’ « optimisme du possible ». Basé sur une exigence fondamentale d’honnêteté intellectuelle, « l’optimisme du possible » consiste à expliquer les contraintes qui pèsent sur
l‘action publique tout en dégageant des perspectives de changement. Il préfère miser sur l’intelligence que sur les passions collectives. C’est le pari que faisait – en son temps – Pierre
Mendès-France. C’est le pari que nous voulons faire aujourd’hui : croire suffisamment en la démocratie pour voir dans la politique une pédagogie. » [Fin de
citation]
Je ne peux qu’acquiescer à vos propos, puisque vous remisez au rancard toutes les
vieilles lunes promettant de transposer l’Idéal dans le quotidien, alors que votre formule « l’optimisme du possible », sauf à revenir au passé en période électorale,
laisse espérer sans rêver à l’impossible – reste néanmoins à en convaincre Martine Aubry et Benoît Hamon ainsi que leurs partisans, mais la bataille d’idées sera
rude !
Je ne trouve rien à redire non plus, en théorie, sur l’objectif historique que
vous avancez, sauf que, en pratique, « garantir à chaque individu les conditions de son émancipation, quelle que soit son origine sociale », c’est limite « domaine du
rêve » d’égalité absolue ou idéale, et là on retombe dans la « croyance au miracle ». Je conçois aisément toutefois que vous avez à fixer un cap au Parti
socialiste – certes, mais à condition qu’il ne renvoie pas à l’Idéal !
C’est toute la difficulté de la politique de trouver un équilibre entre ce qui
est souhaité, sans être idéalisé, et ce qui est possible – à vous de trouver ce chemin de « l’optimisme du possible », en évitant de le laisser confondre avec l’Idéal,
définitivement inconnaissable en soi, et à jamais hors de portée de notre monde…
Pour terminer, je voudrais épiloguer sur votre dernier vœu, lorsque vous écrivez,
en substance :
« Il est indispensable que le Parti socialiste devienne plus représentatif
de la diversité de la population française en s’ouvrant à ces jeunes des milieux populaires qui ont voté massivement pour Ségolène Royal en 2007. »
C’est votre problème de socialiste de vouloir instaurer la diversité au sein de
votre mouvement, mais je vous fais remarquer au passage que « forcer l’opinion », en imposant Malek Boutih en Charente, par exemple, ne suffit pas pour instaurer la diversité
élective.
Ceci me conduit à revenir sur la superstition moraliste, qui sous-tend
cette question. Dans votre propos et dans votre esprit, en effet, il s’agit seulement de la diversité ethnique, et là commencent les mensonges sur le passé et le présent !
Comme je m’en suis amplement expliqué dans le courrier adressé à Nicolas Sarkozy, dont vous avez pris connaissance, je vous invite à relire le très long passage, de la page 9 à la page 15, où je
dénonce les deux premières fictions du moralisme [Morale et condamnations moralisatrices des Autres au nom de LA morale : LAQUELLE ?], sur lesquelles continuent de
fonctionner la communauté humaine en général, et la société française en particulier.
Toutefois, je ne refuse pas de reprendre le débat sur ce point, car la
superstition moraliste « pourrit » la vie de la société française d’aujourd’hui, avec ses prétendus bons et mauvais, gentils et méchants,
« vertueux » et « salauds », en clair les racistes et les antiracistes. Aussi longtemps que vous, les socialistes et gens de gauche en général, ne crèverez
pas l’abcès de ce mensonge, vous continuerez à tromper l’opinion dans vos jugements moralisateurs partisans - très « juteux », certes, je n’en disconviens pas,
mais contraires à la Parole de vérité éternelle du Christ, dénonçant cette fable dans la parabole de la paille et de la poutre ! Vos condamnations moralisatrices
partisanes, pour des considérations électoralistes et autres, ont même donné l’occasion à Jacques Vergès de déclarer : « La gauche est moralisatrice, et c’est au nom de la
morale qu’elle lance ses anathèmes. »
Alors, au lieu d’acheter la paix civile, par manque de courage politique et refus de dire LA Vérité, voire de couvrir des émeutes en jetant de l’huile sur le feu, tant qu’à donner des leçons de
morale aux Autres, que les censeurs de gauche autoproclamés commencent à se regarder lucidement et « honnêtement », et à balayer devant leur porte ! Mais surtout qu’ils n’étouffent
pas le débat sur LA Morale avec son catéchisme prétendument universel d’aujourd’hui, qui est une insulte à LA Vérité éternelle absolue, du seul fait d’ « absolutiser
le relatif », ce qui est précisément la marque du penser superstitieux humain !
Aurez-vous donc également le courage intellectuel nécessaire pour dénoncer la
culpabilisation à sens unique d’aujourd’hui, notamment au nom d’un passé révolu de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles, profitable à des individus et à des groupes,
TOUS critères d’appartenance confondus, dont aucun n’est réellement irréprochable ? Forcément, puisque, face à l’Idéal, chacun est nécessairement coupable,
coupable de crime de lèse-Idéal !
Le jour, où votre parti et les gens de gauche en général auront le courage et
l’honnêteté intellectuelle de le dire publiquement et d’en tenir compte dans le quotidien, la politique et la société auront véritablement changé – là, je dois sûrement croire aussi au
« miracle » !
Mais tant qu’à parler de diversité, pourquoi s’en tenir à promouvoir la diversité
ethnique, puisque c’est créer ainsi de la discrimination dans la discrimination ? Pourquoi pas les mêmes quotas en fonction de l’âge, du handicap etc., puisque la parité entre sexes a été
promulguée, tout en montrant, d’ailleurs, que des lois ne suffisent pas ? Et je vous laisse imaginer la complexité, s’il faut également tenir compte de la diversité entre membres de
communautés, dont le racisme mutuel est manifeste !
La lâcheté des dirigeants politiques d’aujourd’hui, face aux pressions
communautaristes, est avérée, et leur responsabilité partagée, depuis 1981, pour avoir renoncé au principe d’intégration en vigueur jusque là, et qui n’avait pas conduit les Arméniens, les
Polonais, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, etc. à exiger des postes pour s’intégrer à la République ! Et leur lâcheté est à son comble, quand on laisse impunément violer les
frontières, et pire laisser des associations bafouer allègrement les lois, en toute impunité, au seul motif charitable de vouloir gagner le ciel ! Toutefois, nous reparlerons de Droit et de
Morale, quand vous le voudrez bien….
En conclusion, je vous remercie d’autant plus de votre courrier que vous êtes le
seul responsable politique, et même la seule personne publique parmi les soi-disant élites faiseuses d’opinion, tous milieux confondus, qui ait eu, à ce jour, le courage intellectuel de débattre,
comme vous l’aviez déjà fait à propos de l’islam entre juin 2003 et février 2004, de même que vos prises de position courageuses sur des mesures de droite, allant à contre-courant du dogmatisme
de gauche, avaient montré que vous êtes « tout sauf sectaire », et donc capable de faire de la politique « autrement qu’à couteaux tirés ».
Il vous reste à faire renoncer Ségolène Royal à son idéal d’ « ordre juste », dont j’ai établi, dans un abondant courrier toujours sans réponse à ce jour, qu’il s’agit
d’une « aberration intellectuelle et philosophique mensongère - hélas, elle n’a ni votre courage ni votre honnêteté intellectuelle !
Je vous remercie de votre attention et vous prie d’agréer, Monsieur, mes
salutations distinguées.
(*) Cf. Lettre « Vous disiez : "Big bang intellectuel" ? », publiée le 23 novembre
2008